Les échanges du Japon avec l'Occident durant l'époque Edo

Durant l'époque Edo (1603-1868), le Japon se replie sur lui-même mais les savoirs occidentaux s'y diffusent malgré tout, notamment dans les arts

Avec l’avènement du shôgunat Tokugawa, le Japon entre dans une longue période d’autarcie, l’époque d’Edo (1603-1868), qui doit son nom à la capitale politique et économique des dirigeants militaires: Edo, l’actuelle Tôkyô. Le christianisme est prohibé et, hormis les Chinois et les ambassades coréennes, seuls les Hollandais, qui se préoccupent moins de prosélytisme que de commerce, sont autorisés à poursuivre leurs rapports commerciaux avec le Japon, depuis l’île artificielle de Dejima, au large de Nagasaki, où ils sont assignés à résidence.

Les « études hollandaises » et la diffusion des savoirs occidentaux

La cité portuaire accueille de jeunes Japonais désireux d’étudier les arts et sciences occidentaux. On parle à ce propos d’études hollandaises, rangaku . La diffusion de ces savoirs venus de l’étranger s’accentue en 1720, l’importation de livres européens laïcs (généralement dans leur traduction hollandaise) et de peintures à l’huile étant de nouveau autorisée. L’influence occidentale retrouve un nouveau souffle, et l’on voit apparaître des kômô-ga (peintures de cheveux rouges) qui survivent jusqu’à la fin de l’époque Edo. Ces œuvres doivent leur étonnante dénomination à la couleur de cheveux généralement attribuée aux Hollandais par les artistes japonais. Ce courant reste toutefois fidèle aux techniques japonaises et n'adopte que les thématiques de l'Occident, comme l'art namban auparavant.

Une école dite yôfû-ga (à l'occidentale, à l'européenne) regroupe des artistes préoccupés par des problèmes techniques et optiques issus de la Renaissance européenne, comme la représentation illusionniste des trois dimensions. L’influence ne joue pas dans un seul sens. Les négociants hollandais introduisent en Europe des objets japonais ou chinois. Les Européens ne font guère la distinction et désignent sous le dénominatif commun de « chinoiseries » ces pièces qu’ils intègrent ou imitent dans le domaine décoratif. Ainsi, malgré le refus des gouvernants japonais de s’ouvrir largement à l’Occident, un réseau bilatéral d’échanges commerciaux et d'influences artistiques s’instaure à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, certaines exportations japonaises transitant aussi par le biais de la Chine.

La réouverture forcée du pays

L’isolement volontaire du Japon est définitivement mis à mal en 1853 avec l’arrivée en baie d’Edo des canonnières du Commodore Matthew Perry (1908-1855), envoyé par les Etats-Unis pour forcer le pays à s’ouvrir. En 1854, le shôgunat fonde le Yôgaku-Sho (Institut pour les Etudes Occidentales), afin de s’informer sur les puissances extérieures qui le menacent. Les techniques occidentales de peinture à l’huile et de dessin y sont enseignées, dans un but utilitaire et documentaire plutôt que créatif. L'institut prend en 1856 le nom de Bansho-Shirabe-sho (Institut pour l'Etude des Connaissances Occidentales). En 1862, il devient le Yôgaku-Shirabe-Sho puis, en 1863 le Kaisei-jo (Institut pour les Réformes), et sert de fondement à la future Université de Tôkyô, créée en 1877.

Sur le même sujet