Les passionnés de Japon dans le Nord - Pas de Calais

Explorateurs ou voyageurs en chambre, les érudits nordistes se sont passionnés pour le lointain Japon au XIXe siècle et au début du XXe siècle
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Fait peu connu, le Nord peut se targuer d’être le berceau des études japonaises en France, grâce à la figure haute en couleurs de Léon de Rosny, (Loos-Lez-Lille, 1837 - Fontenay aux Roses, 1914). Contemporain du japonisme, il dédaigne cette tendance qu’il juge superficielle et s’attache à l’étude de la langue et des religions nippones, sans cependant jamais faire le voyage au Japon. Premier japonologue français, il crée la chaire de japonais de l’Ecole des langues orientales, mais ses méthodes d’enseignement étant rapidement jugées obsolètes, il n’aura pas de véritables disciples. L’érudit a fait don à la Ville de Lille de cinq cents ouvrages chinois et trois cents ouvrages japonais, sous condition qu’ils ne quittent pas la bibliothèque municipale, où ils se trouvent toujours.

Des voyageurs imaginaires aux explorateurs, une même passion pour le Japon

A l’instar de Rosny, les amateurs nordistes de culture japonaise de la fin du XIXe siècle appartiennent surtout au petit monde des hommes de cabinet, ne voyageant que par la pensée. Les musées et bibliothèques de la région sont riches en collections d’estampes réunies par ces amateurs éclairés : le peintre Henri Pluchart (1835-1898) et l’avocat et homme politique Alfred Louis Joseph Girard (1837-1910) pour la Bibliothèque de Valenciennes ; l’artiste Prosper Alphonse Isaac (1858-1924) pour le Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle de Calais ; le docteur Eugène Pley (1863-1932) au Musée de Saint-Omer…

D’autres collectionneurs régionaux sont cependant des marins et explorateurs qui, sans forcément aller jusqu’en Asie, amassent des pièces extrême-orientales au cours de leurs pérégrinations ; tandis que les accès portuaires de la région et la proximité des Pays-Bas, interlocuteurs privilégiés du shôgunat pendant la période Edo, favorisent aussi l’arrivée d’objets asiatiques dans le Nord.

Alphonse Moillet (1812-1850) parcourt l’Europe et l’Afrique, réunissant au gré de ses voyages une collection importante et parfois surprenante. La donation Moillet sert de fondement à la création d’une section autonome du Palais des Beaux-Arts en 1899 ; elle est maintenant conservée au Musée Municipal d’Histoire Naturelle et au Musée des Beaux-Arts de Lille. Louis Dépret décrit ainsi le musée Moillet : «C’est le Japon qui ouvre la marche […] représenté tout entier par ses porte-parfums et ses naïfs fusils, par les robes de ses femmes, les costumes de ses magistrats et l’armure de ses guerriers […] Je passe sous silence une profusion de menus objets dont la seule énumération remplirait ces pages ».

Les oeuvres japonaises du Musée de Dunkerque, principalement de belles petites pièces en ivoire, proviennent surtout de la famille Beck, qui a fait fortune par la pêche et le commerce maritime.

L’élan des collectionneurs locaux d’art japonais connaît cependant un essoufflement comparable, et sans doute lié, à celui qui provoque la fin du japonisme : lassitude et découverte d’autres horizons (Afrique), hausse trop importante de la valeur marchande des œuvres, rupture de la guerre … Mais, après la seconde guerre mondiale, le Japon bénéficie d’un regain d’intérêt de la part de l’Occident. Fondé cette fois sur un système d’échanges à double sens facilité par le développement des transports et moyens de communication, il s’est sensiblement affirmé depuis la fin du XXe siècle.

Pour en savoir plus :

Claude STEEN/ Chantal TARDIF : Ivoires de Chine et du Japon , Musée des Beaux-Arts de Dunkerque, 1999.

Catalogue de l'exposition Plaisirs d’Edo , aux Editions Gourcuff Gradenigo, 2007.

Luc CHAILLEU, Léon de Rosny, première figure des études japonaises en France, Eléments de bio-bibliographie , maîtrise de Sociologie sous la direction de Daniel Defert, Paris VIII, 1986 et Leon de Rosny et La connaissance du Japon en France (Elements d’une archéologie du « savoir japonologique » français) , in l’ Ethnographie , Société d’Ethnographie de Paris, T. LXXXVI, 2, 1990, N° 108, pages 85-107.

Sur le legs de Rosny à la bibliothèque de Lille : http://www.ccfr.bnf.fr/rnbcd_visu/FondetailServlet?NoList=null&provenance=bib&num=237

Sur la donation Moillet/Musée d’Histoire Naturelle de Lille : http://www.culture.gouv.fr/culture/nllefce/fr/mu_59000/index.htm

http://www.musenor.com

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