Premiers échanges entre l'Europe et le Japon, l'art namban

Avec l'arrivée au Japon des marchands et missionnaires européens, une nouvelle forme d'art pictural voit le jour, le namban-e.
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En 1541, des marchands portugais sont les premiers Européens à pénétrer au Japon. La date officiellement retenue est celle de 1543, lorsque commencent des échanges réguliers. Au XVIIe siècle, les Portugais, et les Espagnols qui les ont rejoints, sont concurrencés, dans leurs relations commerciales avec le Japon, par les Hollandais et les Anglais. Les Européens apportent dans l'archipel leurs armes à feu, une innovation qui intéresse d’emblée les chefs de clans nippons, et explique probablement en grande partie l’accueil favorable qu’ils témoignent aux Européens et leur empressement à adopter la religion chrétienne.

Les missionnaires et la diffusion du catholicisme

Les missionnaires arrivent en effet peu après les marchands, des jésuites surtout menés par saint François-Xavier (1506-1552), qui débarque le 15 août 1549 à Kagoshima (Kyûshû) et séjourne deux ans environ au Japon. Au début du XVIIe siècle, on compte déjà près de trois cent mille convertis japonais, surtout localisés dans les ports de Kyûshû (en particulier Nagasaki), d'où sont organisés les échanges avec l'étranger.

En 1582, une ambassade composée de quatre jeunes nobles convertis se rend en Europe. Elle visite l'Espagne, le Portugal et les Royaumes Italiens avant d’être reçue dans la capitale italienne par le pape Grégoire XIII (1502-1585). L’ambassade regagne le Japon en 1590; elle améliore considérablement les connaissances japonaises sur le reste du monde et favorisant l’engouement des classes aisées pour les choses européennes.

Premiers échanges franco-japonais

Lors de leur séjour à Rome, les jeunes japonais ont également l’occasion de rencontrer des représentants du roi de France Henri III (1551-1589 (règne de 1574 à 1589)). Mais les premiers Japonais à poser le pied sur le sol français sont les membres d’une autre mission, envoyée à Rome par le seigneur de Sendaï, Date Masamune (1566-1636), et forcée de faire halte à Saint-Tropez au cours d’une tempête, en 1615. Dans l’autre sens, le premier Français à être parvenu au Japon serait un moine dominicain, Guillaume Courtet (1590-1637).

Naissance de l’art namban

Avec le développement des échanges et du goût japonais pour les cultures occidentales, les namban-e se multiplient, attirant même l’intérêt d’une clientèle européenne. Ces «images des Barbares du Sud», représentent les Européens (presque uniquement des Portugais) et leurs navires, sur des supports variés, en particulier des paravents ( namban-byôbu ). Ces représentations sont fréquemment accompagnées de cartes du Japon et du monde. Les Européens (Portugais et Espagnols) sont surnommés les «Barbares du Sud» parce qu’ils abordent le Japon par son extrémité méridionale et sont le plus souvent accompagnés de guides malais. L’art namban mêle manières japonaise et occidentale. Les artistes jouent de la perspective, des ombres et du modelé des figures, mais ne suivent pas les méthodes de composition européenne, s’inspirant plutôt des successions de petites scènes typiques de la peinture japonaise. Les couleurs sont vives et les contours sont encrés comme dans la peinture chinoise.

Cet art namban témoigne donc d’une rencontre entre les techniques picturales occidentales et extrême-orientales. En effet, avec l’arrivée des Européens, les insulaires ont découvert des techniques de représentation réaliste tels que la perspective linéaire, le rendu exact de l’ombre, ou la peinture à l’huile. Ces outils créatifs sont surtout adoptés par les élèves des missionnaires. Les peintures apportées par ces derniers attisent l’intérêt des Japonais et la demande d’images de dévotion allant en augmentant, l’offre devient vite insuffisante. Les missionnaires créent donc des écoles d’art où ils forment de jeunes japonais. Les premières œuvres sont généralement de bonne facture, mais la production s’intensifiant, la qualité diminue. Ces œuvres religieuses, souvent intégrées à l’art namban , peuvent cependant parfois aussi être réalisées avec des pigments minéraux sur papier, selon les méthodes purement japonaises. D’autres sujets sont également abordés, batailles destinées à signifier la toute puissance de la chrétienté sur les infidèles ou scènes profanes évoquant avec plus ou moins de réalisme les mœurs d’Europe.

L’interdiction du catholicisme en 1612-1614 et la fermeture du pays en 1641 freineront la production de ces œuvres, comme de l’art namban , et provoqueront la destruction d’une grande partie d’entre elles, suite aux persécutions menées contre les chrétiens.

Pour en savoir plus, voir notamment Namban Art of Japan ? Yoshitomo Okamoto, collection Art of Japan , Editions Shibundô, Tôkyô, 1965/ Weatherhill, New York, 1972; Namban ou de l’européisme japonais XVIe–XVIIe siècles , Suzuki Susumu, Tadao Takamizawa et Kaoru Tanno, Musée Cernuschi (18/10–14/12/1980), et http://www.euronet.nl/users/artnv/nanban.html

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