Tarô Okamoto, un retour aux sources de la culture japonaise

Cet artiste japonais provocateur a eu grande influence sur les générations de créateurs qui lui ont succédé.

Tarô Okamoto, né en 1911 à Kawasaki dans une famille d'artistes et de lettrés, séjourne en France dans les années 1930. Il y fréquente les Surréalistes et le groupe Abstraction-Création, tout en étudiant l’ethnologie et en se passionnant pour le mystère et l’occultisme. Son double intérêt pour la création de son temps et pour les racines de l’humanité explique probablement sa future conviction de la nécessité pour le Japon de voir naître un art national, qui soit à la fois représentatif des sources culturelles ancestrales du pays et à même de rivaliser avec les tendances les plus novatrices de la scène internationale.

Un retour à l’esthétique de l’époque Jômon

L’artiste prône un retour à l’esthétique «brute», «primitive» et «populaire» de l’époque Jômon (environ -10000/-400 à -250 av. J.-C.). Il veut retrouver les véritables origines de l’expression japonaise, loin des excès de raffinement qui ont selon lui fini par scléroser une création artistique devenu élitiste. L’art de Jômon, aux aspirations mystiques exprimées à l’aide de motifs abstraits, parait à Okamoto pouvoir fournir un modèle évident pour les créateurs japonais confrontés à de profondes interrogations après les drames de la guerre et de la bombe, puis de la Guerre Froide.

Le fait de mettre en avant cette période oubliée et mal aimée représente aussi pour lui une attaque directe contre la politique de manipulation intellectuelle menée par le gouvernement. Okamoto appelle ainsi les jeunes artistes japonais à faire table rase des conventions culturelles imposées par les instances officielles.

Un art «désagréable»

Okamoto applique ses préceptes dans ses créations plastiques. Son art, qui implique un fort engagement physique de l’artiste, se veut «désagréable» afin de choquer le spectateur, et dénué de toute notion traditionnelle de «beauté». Cette expression individuelle violente aura une influence considérable sur les courants anti-art, qui prôneront au cours des années 1960 l’abandon de la peinture de chevalet et un engagement social et politique virulent des artistes.

D’un tempérament provocateur et conscient du rôle croissant des médias, Tarô Okamoto apparait aussi dans maints shows télévisés, hurlant des slogans tels que « l’art est une explosion! ». Son comportement et son discours, parfois plus que ses œuvres elles-mêmes, marquent les esprits et encouragent ses cadets à se libérer des carcans.

La Tour du Soleil

La massive Tour du Soleil d’Okamoto, qui accueille les visiteurs à l’exposition universelle d’Ôsaka en 1970 sera critiquée par les intellectuels mais adoptée par le public, surtout par les enfants, dont certains deviendront des représentants importants des tendances créatives des années 1970. L’œuvre, primitiviste et drôlatique, volontairement anachronique au milieu des constructions futuristes du parc, déploie ses larges ailes de béton sur le site, qu’elle domine du haut de ses 70 mètres.

Sur les traces d’Okamoto à Kawasaki et Tôkyô

En 1999, trois ans après le décès de l’artiste, sa ville natale de Kawasaki inaugure un musée qui abrite trois cents œuvres offertes par Okamoto lui-même. En 2008, son œuvre murale Myth of Tomorrow , revient au Japon après avoir été installée pendant trente ans dans un hôtel mexicain. Elle orne désormais la gare de Shibuya à Tôkyô. L’atelier d’Okamoto, dans le quartier d’Aoyama à Tôkyô, est également ouvert au public.

Pour en savoir plus :

Le musée Okamoto Tarô :

http://www.taromuseum.jp/english/index_english.html

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