Yûzô SAEKI, une fulgurante et tragique quête expressive

Le bref et dramatique parcours de Saeki lui a valu de devenir une personnification japonaise de l'artiste maudit, sorte de Van Gogh national
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Né en 1898 à Ôsaka, Yûzô Saeki intègre, à l’âge de vingt ans, la section de peinture à l’huile de l'école des Beaux-Arts de Tôkyô. Diplômé en 1923, il décide de partir s’installer à Paris avec sa femme Yoneko Ikeda, elle-même artiste, et sa fille.

Une rencontre décisive avec Maurice de Vlaminck

Une fois dans la capitale française, Saeki étudie d'abord à l'Académie de la Grande Chaumière, mais il fait, en 1924, une rencontre décisive en la personne du peintre fauve Maurice de Vlaminck (1876-1958), qui critique brutalement l’académisme dans lequel est englué l’enseignement de la Grande Chaumière et enjoint le jeune artiste japonais à trouver son propre style. Profondément bouleversé par cette rencontre, Saeki quitte alors les classes d'art pour travailler seul, dans la capitale et ses environs. Il peint les rues du Paris populaire, ou encore des vues de paysages enneigés, dans un style expressionniste révélateur de la lutte interne qu'il traverse dans sa quête fiévreuse d'un art personnel. Outre l’influence appuyée des Fauves, les œuvres de Saeki portent dans leurs choix thématiques l'empreinte de Maurice Utrillo (1883-1955), plus évidente encore chez les artistes japonais qui seront les disciples de Saeki, comme Takanori Oguiss (1901-1986). Enfin, son sens de la construction géométrique témoigne également de la part de Saeki d'une étude des nouveautés apportées par Cézanne (1839-1906). Le jeune artiste japonais fera par ailleurs montre, dans ses œuvres, d'un intérêt marqué pour les affiches des murs parisiens et pour la lettre. Deux éléments qu'allaient reprendre à leur compte bon nombre de Japonais de Paris, sans toujours toutefois accorder au geste calligraphique et à la qualité plastique des signes alphabétiques la même attention que leur aîné.

Un retour douloureux au pays natal

Favorablement reçu au Salon d'Automne de 1925, Saeki regagne cependant le Japon l'année suivante, dans un état presque dépressif. De retour dans son pays natal, il est l’un des fondateurs du groupe «1930», qui tente d’asseoir le fauvisme contre les tendances plus académiques ou impressionnistes. Saeki remporte un prix lors du salon indépendant de la Nika en 1926, mais son travail peine cependant à être largement reconnu. En outre, se sentant incapable d'intégrer les caractéristiques de la lumière et du paysage japonais à l'art qu'il avait élaboré en France, l’artiste ne parviendra jamais à se sentir satisfait de ses créations.

Sa fin dramatique fait de Saeki un «Van Gogh japonais»

Déçu par ses échecs, Saeki revient finalement en 1927 à Paris, toujours accompagné de sa famille. Le succès commence enfin à se manifester, mais l'artiste, atteint de longue date de la tuberculose, est d’une santé très fragile; il ne se remettra jamais des faiblesses de son état nerveux. Il meurt en 1928 dans un hôpital parisien, des suites d'une tentative de suicide. Sa veuve repart pour le Japon avec ses travaux et y découvre l'aura grandissante qu’a acquis Saeki dans son pays natal. Son parcours semé de doutes et de difficultés, et sa mort tragique alors qu’il n’est âgé que de trente ans, ont fait de cet artiste une personnification du créateur maudit au Japon, sorte de «Van Gogh national». Depuis, il est considéré comme un artiste majeur du XXe siècle, alors qu’il est relativement ignoré en Occident.

Pour en savoir plus :

Paris in Japan, The Japanese Encounter with European Painting , Shûji Takashina, J. Thomas Rimer, Gerald D. Bolas, Japan Foundation, Tôkyô/ Université de Saint-Louis, Washington, 1987.

http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/fa20070301a1.html

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