Art contemporain et tubes fluorescents: les oeuvres de Dan Flavin

Les tubes fluorescents, en tant qu'objets industriels et publicitaires, intéressèrent de nombreux artistes contemporains, tel que Dan Flavin.
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En 1963, Dan Flavin, artiste américain, réalisa sa première œuvre en utilisant un tube fluorescent, The diagonal of may 25 (to Constantin Brancusi) . Par la suite, il consacra ses recherches plastiques, jusqu’à sa mort en 1996, à l’utilisation de ce matériau qu’il déclina de différentes manières, selon l’espace architectural auquel l’œuvre devait s’intégrer afin d’en modifier la perception.

Par la simplicité de ses installations, Dan Flavin fut rattaché au mouvement de l’art minimal.

Art minimal et minimalisme

L’expression « art minimal » fut employée pour la première fois aux Etats-Unis par le philosophe de l’art Richard Wollheim, en 1965, afin de désigner le travail de cinq artistes : Carl André, Donald Judd, Dan Flavin, Sol LeWitt et Robert Morris. Même si ces artistes avaient des démarches très différentes, leur travail avait pour point commun des réalisations plastiques d’une grande simplicité utilisant des matériaux issus de la vie quotidienne et incluant parfois des procédés de sérialité, voire d’industrialisation (Donald Judd).

Par la suite, l’art minimal donna naissance au minimalisme pour désigner tous travaux d’artistes en trois dimensions, à l’expression plastique sobre et dépouillée, ne cherchant pas à rendre les objets esthétiques, mais à les rendre présents aux travers de mises en scènes dans l’espace qu’ils occupent et dans lequel ils s’intègrent.

C’est cette intégration de l’objet à l’espace architectural qui caractérise essentiellement l’œuvre de Dan Flavin. Ces installations, en effet, sont conçues pour un environnement précis, celui de l’espace d’exposition. Le visiteur est invité à voyager aux travers de jeux de lumière qui modifient sa perception de l’espace dans lequel il s’aventure. Ne pouvant saisir la matérialité de l’œuvre, le spectateur devient contemplatif devant ses tubes fluorescents blancs ou de couleurs, qui font penser à des peintures de lumières.

Les installations de Dan Flavin : création d’espaces emplis de lumières

Dans l’œuvre The nominal Three (to William Ockham) , réalisée en 1963, Dan Flavin expose un arrangement de trois groupes de tubes fluorescents blancs espacés sur la même paroi de la pièce et équidistants des uns des autres. Dans cette installation, il s’approprie le principe de sérialité. Le nombre 3 est, en effet, le plus petit dénominateur requis pour la définition de série, et la répartition des néons est une application plastique de la suite algébrique 1+(1+1)+(1+1+1). A chaque nouveau groupe de tubes fluorescents, il en ajoute un, ce qui donne de gauche à droite : un tube fluorescent seul, puis deux, puis trois. De cette manière, il illustre l’énoncé selon lequel « les entités ne doivent pas être multipliées au-delà de ce qui est nécessaire », qui est attribué au philosophe nominaliste du XIVe siècle, William Ockham (ou Occam), essentiellement connu pour le « Rasoir d’Ockham ». C’est pour cette raison que l’œuvre est dédiée à ce philosophe.

Devant cette œuvre, le spectateur est baigné dans une lumière blanche qu’il ne peut fixer. Son regard se porte dans l’ensemble de l’espace dont la perception est modifiée devant ces flux lumineux et rendant la sculpture impalpable.

Ce jeu de perception est présent dans toutes les installations de Dan Flavin, qu’il décline de différentes façons suivant les lieux d’exposition. L’œuvre peut être une barrière de lumière empêchant le spectateur de traverser la pièce comme dans Greens crossing greens (to Piet Mondrian who lacked green) de 1966, ou bien être fixée sur le mur à proximité d’un angle afin d’en modifier la perception, comme dans Monument 4 those who have been killed in ambush (to P.K. who reminded me about death) de 1966.

Dans ces installations, Dan Flavin explorait les diverses possibilités de composition que permettait l’emploi des tubes fluorescents. Il jouait aussi sur les des différentes couleurs d’éclairage de ce médium. Ces œuvres pouvaient être composées de tubes fluorescents blancs, rouges, roses, verts ou encore bleus. Ces mélanges de couleur renforçaient les jeux de lumière intervenant dans la modification de la perception de l’espace architectural.

Dans chaque titre d’œuvre, Dan Flavin rendait hommage à des historiens d’art, des philosophes, des galeristes ou des artistes. Sa première œuvre, The Diagonal of may 25 (to Constantin Brancusi) , il la dédia au sculpteur Constantin Brancusi (1876-1957) dont il admirait les sculptures, notamment celles qu’il avait intitulées La colonne sans fin (1918-1938). Un autre artiste influença aussi le travail de Flavin, ce fut Vladimir Tatline. Il associa d’ailleurs le nom de cet artiste à plusieurs titres d’œuvres, dans lesquelles il s’inspirait du Monument à la IIIe internationale réalisé par Tatline en 1921.

L’œuvre de Dan Flavin est riche de références diverses allant de la philosophie médiévale au constructivisme russe, en passant par l’abstraction de la peinture américaine (Robert Motherwell, Barnett Newman), mais il sut créer une œuvre personnelle, où la lumière occupe l’espace entier en déstabilisant le spectateur qui voit son environnement architectural modifié. Les installations de Dan Flavin sont impalpables. Elles plongent le visiteur dans une contemplation silencieuse où la lumière le transporte au-delà des murs de l’espace d’exposition.

A lire et à voir aussi :

- Marzona Daniel, Art minimal , Taschen, Cologne, 2004

- MEYER James, Minimalisme , Phaidon, Paris, 2005

Pour découvrir les œuvres de Dan Flavin en images : http://www.davidzwirner.com/danflavin/ , rubrique image gallery

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