La parenthèse d'Elodie Durand : une BD bouleversante

Agée d'un peu plus de vingt ans, une jeune fille apprend qu'elle est malade. Sa mémoire, fragile, lui échappe. Elle se bat pour récupérer ses souvenirs.

La parenthèse est le premier long récit d’ Élodie Durand . Prix Révélation à Angoulême et prix des lecteurs de Libération en 2011, ce livre est un témoignage troublant, sur un épisode douloureux de la vie de l’auteur, celui d’un drame dont elle a cru ne pouvoir réchapper : il s’agit de la maladie, d’une tumeur au cerveau ravageant sa mémoire et ses capacités intellectuelles.

Un témoignage émouvant

Le récit débute comme une lettre ouverte à sa mère, dans laquelle elle lui demande de l’aider à reconstituer ses souvenirs manquants. L’histoire suit le court de la maladie, elle commence avec les malaises de la narratrice. Son entourage inquiet lui signale ses malaises à répétition, mais elle n’en garde aucun souvenir. Elle va consulter par la suite un neurologue dont elle refusera le diagnostique : des crises d’épilepsies. Puis, devant les changements inexpliqués de son comportement, elle retournera voir le médecin et acceptera le traitement avec ses effets secondaires.

Tout au long du récit, l’auteur décrit simplement, avec des mots et des images, les faits relatifs à la maladie. Elle ne se plaint jamais. Elle refuse de se voir malade et se bat pour rattraper sa mémoire qui lui échappe. Très vite, la maladie progresse et révèle une tumeur au cerveau, un astrocytome. On découvre son quotidien, la perte de ses capacités intellectuelles : elle ne connaît plus l’alphabet.

Avec beaucoup d’humour, l’auteur relate ses journées en se glissant dans la peau de Judith. Ses heures de veille se font rares au quotidien et sa vie s’alterne entre l’hôpital, la pharmacie, les traitements et son lit. Malgré l’épuisement lié à la maladie et aux médicaments, elle se battra jusqu’à sa guérison complète.

Un graphisme épuré

Le graphisme en noir et blanc donne toute sa force à l’histoire. La sobriété et l’expressivité du trait permet au lecteur de comprendre, dès le premier regard, ce qu’a pu ressentir l’auteur au cours de cette douloureuse parenthèse. Des dessins datant de cette époque viennent, en effet, s’intercaler dans le récit. Ces croquis vifs dévoilent ce que des mots ne peuvent décrire : la détresse engendrée par la perte de soi, de sa mémoire.

Ces intermèdes mêlés à la bande dessinée mettent en évidence la fragilité de la mémoire. Les dessins fragmentent les souvenirs retrouvés, notamment, grâce à l’aide de sa mère. Durant la durée de la maladie, des carnets seront remplis de ces dessins.

Ce livre bouleversant est un rare témoignage sur la maladie et le quotidien des malades. Sans aucun pathos et avec humour, Élodie Durand réussit à nous faire part de ses souffrances et de ses joies pendant ce dur combat. Ce récit est avant tout l’histoire d’une guérison, un message d’espoir qui donne envie de croquer la vie à pleine dent.

Informations pratiques :

Durand Élodie, La parenthèse , Delcourt, 2011. 14,95 €.

Site de l’auteur : http://elodiedurand.ultra-book.com/portfolio

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