La photographie peut-elle représenter le réel?

Suivant le mode de diffusion d'une photographie, plusieurs lectures peuvent en être faites. Quel réel entre donc en jeu dans une image photographique?
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La société d’aujourd’hui est une société de l’image. Que ce soit dans la rue, dans les transports en commun ou chez soi, notre regard est constamment sollicité. Publicités, médias, internet, télévision, projettent des images que nos yeux ne peuvent éviter. Avec l’évolution du numérique, chaque personne peut prendre une photographie avec un appareil de plus en plus performant ou bien avec son téléphone portable. Le développement d’internet et des réseaux sociaux a rendu possible la diffusion de l’image à grande échelle et de façon presque simultanée avec la prise de vue. Chaque appareil photographique regorge de nouvelles options permettant de retoucher l’image automatiquement. Mais, si chaque photographie présente des corrections optimisées, quelle lecture pouvons-nous avoir de celle-ci ? Peut-elle encore représenter le réel ?

La photographie comme représentation du réel

La photographie est une image prise par un photographe, par l’intermédiaire d’un appareil photographique, à un instant précis. Le photographe, ainsi, immortalise une scène, un objet, une personne, un événement ou un moment. Par sa rapidité d’exécution, la photographie devient un instantané de la réalité. En une fraction de seconde, une image est prise, et, avec le numérique, elle devient visible aussitôt. La précision de la prise de vue, les détails que l’on ne pouvait voir à l’œil nu, donnent l’impression que la photographie enferme le réel au sein de son image, alors qu’elle le représente. La photographie, en effet, est un fragment de réalité. Elle capture une scène précise à un moment donné, qu’elle sort aussitôt de son contexte. Le réel n’apparaît plus dans sa globalité, mais dans sa fragmentation. A travers la prise de vue et le cadrage, le photographe a glissé son regard subjectif. La photographie représente ce que désire dévoiler le photographe. Avant de diffuser les images obtenues, le photographe choisit de faire un tri dans celles-ci et ne montre au final que celles qu’il souhaite être vues.

La photographie comme document

La photographie devient, par conséquent, le témoignage du photographe. Celui-ci expose son regard, son point de vue, au travers de l’image montrée. Dans le cadre du photojournalisme et du reportage, l’image devient plus parlante que le texte et elle sert à appuyer une réflexion, un propos. Elle permet de révéler des détails qui nous échappent, d’attirer l’œil sur des objets auxquels nous ne faisons plus attention.

Dans ce travail d’information, la photographie assure un rôle révélateur de conscience. Elle nous livre un témoignage qui nous pousse à réfléchir. Cette démarche est notamment présente dans le travail des photojournalistes Robert Capa et Eugène William Smith, qui ont fait parti de l’agence Magnum. Dans le travail d’E.W. Smith, la photographie était le plus souvent accompagnée d’un texte, ce qui permettait au lecteur de la situer dans un contexte, afin de pouvoir connaître la réalité photographique dans sa globalité.

La photographie, par son efficacité descriptive, peut être aussi une source documentaire à elle seule. Elle révèle de nombreuses informations, et, dans le cas de monuments détruits par exemple, elle permet d’avoir une idée bien précise de ce qu’a été le bâtiment.

La photographie renseigne, témoigne et informe pour ceux qui savent la lire et la décrypter.

La photographie comme mise en scène

Par son cadrage, son tirage et son mode de diffusion, la photographie devient une mise en scène du réel. Une même photographie publiée sur internet dans le cadre de réseaux sociaux ou dans un journal d’informations, n’aura pas le même impact sur le spectateur.

Le contexte de diffusion change le regard de ce dernier. Les dimensions de l’image jouent aussi un rôle important sur la perception de la photographie. Nombreux artistes contemporains, comme Patrick Tosani, s’amusent sur les échelles des objets photographiés, en les agrandissant de manière exagérée.

D’autres se mettent directement en scène, telles que Cindy Sherman et Sophie Calle, en brouillant les pistes de la réalité observée. Ces artistes dévoilent une partie de leur intimité tout en maintenant une distance avec le spectateur, en le poussant à s’interroger sur l’image qu’il regarde.

La photographie est, dans tous les cas, source de réflexion et matière à penser. Elle est un point de départ, une entrée en matière pour élargir notre champ perceptif du réel. Elle ne cherche pas à ressembler à la réalité, mais à représenter celle-ci en en donnant une interprétation. La photographie devient alors émotion.

Pour aller plus loin :

POIVERT Michel, La photographie contemporaine , éditions Flammarion, Paris, 2002.

SOULAGES François, Esthétique de la photographie , Armand Colin Cinéma, Saint-Just-la-Pendue, 2005.

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