Ru de Kim Thúy : un livre poignant et poétique

Ru est le premier roman de Kim Thúy. Dans ce livre, l'auteur nous parle d'exil et d'enracinement.

Après avoir exercé diverses professions, telle que avocate, et avoir tenu un restaurant La rú de Nam , Kim Thúy écrit son premier roman Ru . D’abord paru au Québec, il a été traduit dans dix-sept pays et a obtenu le Grand Prix RTL Lire en 2010.

Dans cet ouvrage, l’auteur nous mêle ses souvenirs à ceux de sa famille et de personnes rencontrées. Ils ont tous comme point commun l’exil et l’enracinement.

Kim Thúy a quitté le Vietnam avec sa famille à la suite de la montée du communisme et, pour fuir, ils ont dû embarquer dans un boat people qui les a emmenés dans un camp de réfugiés en Malaisie, avant de pouvoir partir pour le Québec.

Une conversation avec le lecteur

Le livre se construit comme une conversation. Un mot en amène un autre. Un souvenir en appelle un autre. Souvenirs personnels ou de personnes rencontrées, les mots se mêlent pour former un récit captivant, qui nous dévoile un pan de l’histoire du Vietnam que l’on ne peut connaître au travers des manuels d’histoire.

Avec beaucoup de pudeur, de justesse et sans misérabilisme, l’auteur nous livre la dure réalité des camps de réfugiés, où ils sont deux mille alors que le camp ne pouvait en accueillir que deux cents : « La nuit, nous dormions tellement collés les uns contre les autres que nous n’avions jamais froid, même sans couverture. Le jour, la chaleur absorbée par la toile bleue rendait l’air de notre cabane suffocant. Les jours et les nuits de pluie, la toile laissait l’eau couler à travers les trous percés par les feuilles, les brindilles, les tiges, que nous avions ajoutées pour rafraîchir. »

Un récit fort et délicat

Les descriptions sont sobres et poignantes. En quelques mots, elle arrive à nous décrire des images percutantes qui nous permettent de comprendre ce que les exilés du Vietnam ont pu vivre et ressentir : « Le paradis et l’enfer s’étaient enlacés dans le ventre de notre bateau. », « Nous ne fermions plus les yeux quand le pipi du petit à la tête galeuse nous arrosait. Nous ne pincions plus le nez devant le vomi de nos voisins. Nous étions engourdis, emprisonnés par les épaules des uns, les jambes des autres et la peur de chacun. Nous étions paralysés. ».

Elle nous permet de comprendre des décisions difficiles qu’ont pu prendre certaines personnes, n’ayant que peu de choix devant la réalité qui les attendait, notamment la décision de son père de tuer ses enfants à l’aide de capsules de cyanure, si jamais ils étaient arrêtés par les communistes ou les pirates lorsqu’ils étaient à bord du boat people.

Sans relater de date, le lecteur est plongé dans ce tourbillon de pensées et de souvenirs qui le transporte du Vietnam au Québec, en passant par la Malaisie et Hanoi.

En quelques lignes, elle témoigne des paradoxes de la guerre et de la paix : « Et pourtant, j’ai vécu dans la paix pendant que le Vietnam était en feu, et j’ai eu connaissance de la guerre seulement après que le Vietnam eut rangé les armes. »

Mais quelques soient les épreuves traversées, Kim Thúy témoigne de la gratitude aux rencontres qui lui ont permis de construire une identité qui lui est propre, de devenir elle-même malgré l’exil, et d’avoir pu replanter ses racines au Québec.

Pratique :

Kim Thúy, Ru , éditions Liana Levi, 2010, 7€.

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