Toussaint et Samain : que reste-il des fêtes celtes ?

C'est en célébrant «ceux que Dieu a sanctifié» que l'Eglise a voulu écraser une vieille coutume celte: le Samain, nouvel an druidique et fête des morts.

Le Samain ou Samonios, inscrit sur le calendrier celte de Coligny, était le nouvel an druidique. Fêté à la première pleine lune après le 1er novembre, il symbolise le commencement de la saison sombre, la maturité, et terminait le cycle d’une année comme le cycle d’une vie. Ainsi, les celtes célébraient la mort et leurs morts, non comme un culte morbide caricaturé aujourd’hui par le folklore anglo-saxon d’Halloween, mais comme l’aboutissement naturel d’une vie, la fin d’un cycle laissant place au renouveau.

La fête catholique de la Toussaint, la christianisation

Le Samain était l’une des plus importantes célébrations païennes, et selon Robert Fery, lors de l’évangélisation de la Gaule, les moines irlandais auraient eu bien du mal à éradiquer ces coutumes. C’est dans ce contexte que Kathwulf, un ecclésiatique anglo-saxon, aurait écrit à Charlemagne, en lui demandant d’instaurer à la même date «la fête de tous les saints». Venant de l’Eglise d’Orient, la Toussaint était à l’origine fêtée le 13 mai.

Aujourd’hui c’est donc la Toussaint qui est inscrite sur notre calendrier le 1er novembre. Cette fête célèbre tous ceux que Dieu a sanctifiés. Cependant, le Samain a lui aussi laissé sa marque puisque la fête des défunts reste inscrite sur le calendrier le 2 novembre. On peut d’ailleurs constater aisément de grandes similitudes entre Toussaint et Samain, compte tenu de l’idée de proximité entre vivants et morts, entre (les) Dieu(x) et les hommes.

Les anges, un aspect polythéiste

Dans son ouvrage, intitulé Les fêtes chrétiennes en Occident , Philippe Rouillard fait part d’une enquête réalisée en France, en 1961, selon laquelle la célébration de la Toussaint réunissait la plus forte assistance de l’année avec celle des Rameaux. Un constat qui souligne notamment l’importance des saints dans la religion catholique.

Cet aspect du Dieu multiple dans un christianisme pourtant monothéiste, que l'on retrouve également dans la Trinité (Père, Fils et Saint-Esprit) peut être considéré comme une forme d’adaptation aux croyances polythéistes des peuples hyperboréens lors de la christianisation de l’Europe. C’est ainsi que la déesse Brighid, trinité celte des guérisseurs, poètes et forgerons, appraît dans la religion catholique comme sainte Brigitte, sage-femme de la vierge Marie.

Du gui pour l’an neuf !

Une autre trace du Samain semble avoir perduré: le gui. Comme beaucoup de symboles végétaux liés aux fêtes, la tradition du baiser sous le gui à la Saint-Sylvestre est d’origine celtique. Plante parasite de certains arbres, les druides voyaient en elle une manifestation divine et lui accordaient des vertus médicinales comme celle d’assurer la fertilité des femmes. Elle était donc cueillie le jour du nouvel an druidique pour être distribuée aux jeunes filles.

Le terme Samain, ou Samonios, a aujourd’hui complètement disparu de notre vocabulaire et ses symboles ont été largement dénaturés, mais son souvenir semble perdurer à la saison sombre.

Plus d’informations :

  • Yann Brékilien, La Mythologie celtique, Monaco, Editions du Rocher, 1994.
  • Christian-J. Guyonvarch et Françoise Le Roux, Les Druides, Rennes, Editions Ouest-France, 2001.

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