Anaïs Barbeau-Lavalette – Je voudrais qu'on m'efface

Le premier roman de l'auteure québécoise frappe par la réalité des enfants qu'elle met en scène; petites tragédies dans un quartier défavorisé montréalais.
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Le roman se déroule dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, et met en scène Roxane, Mélissa et Kevin, trois jeunes de douze ans devant faire face à une réalité d’adulte à l’aube de leur adolescence. Anaïs Barbeau-Lavalette ne fait pas dans le romantique, ni dans l’idéalisme : elle se cogne à la réalité de ces jeunes, entre en collision avec leur désespoir, leur tristesse mais aussi avec leur courage. Dans un quartier défavorisé de la ville, ces trois enfants passeront un hiver de transition : passage de l’enfance à l’adolescence, ou alors passage direct de l’enfance à l’âge adulte.

Roxane

Roxane prend l’autobus jaune pour les « débiles », elle est aussi dans une classe pour les « débiles ». Rêveuse, elle ne cherche qu’un peu de calme pour s’évader, dans sa tête. Partir loin de sa mère qui n’arrive jamais à mettre le pied en dehors de l’appartement, loin de son beau-père qui frappe sa mère lorsqu’il boit. Loin de son père qui chute et rechute dans son alcoolisme trop prenant. Roxane rêve de Russie, elle s’invente une vie, une amie imaginaire et tapisse les murs de sa chambre de paysages russes, d’hiver lointains.

Mélissa

Le quotidien de Mélissa est la conséquence du quotidien de sa mère Meg. Dans une salle d’audience, une juge interdit à Meg de s’approcher de sa fille jusqu'à preuve de réhabilitation. Dans cette salle, le destin de Mélissa est complètement bouleversé. Meg, « Maganée. Encore plus maigre que la dernière fois. Dopée jusqu’aux tripes. », ne pourra plus retourner chez elle. Mélissa devra renoncer à la vie telle qu’elle la connaissait; le jugement la propulse directement à l’âge adulte. Elle prendra la charge de ses petits frères, de la nourriture, du loyer, et, de loin, de Meg. Elle ne retournera plus à l’école; du jour au lendemain, la fille devient femme. La fille devient mère.

Kevin

Kevin l’hyperactif vit avec son père dans le même immeuble que Roxane et Mélissa. Il aime les jeux vidéos, les jeux de guerre. Il aime la bagarre et lorsqu’il en a la permission, il assiste aux combats de lutte dans le sous-sol de l’église du quartier. Le plus grand lutteur de la ligue est son père, Steve. Celui-ci travaille dans un garage la semaine, et lutte le vendredi soir. Steve est le héros de Kevin et travaille d’arrache-pied pour conserver son titre de héros. Lorsqu’il perd son emploi, c’est la réalité de Kevin qui est chamboulée. Steve devra vendre l’écran géant, chercher un emploi dans le journal, faire le tour du quartier pour se trouver des « jobines ». Déprimé, Steve boit, prend du poids, entre difficilement dans son costume de lutteur, perd un match de lutte. Il passe de héros à zéro aux yeux de Kevin. Mais au-delà de la défaite, Kevin continue à s’accrocher à son père; sa bouée de sauvetage, son meilleur ami, le seul lui permettant d’être Kevin.

L’amour plus fort que tout

Je voudrais qu’on m’efface présente trois jeunes qui perdent leurs repères, qui voient leur réalité renversée. Trois jeunes qui doivent affronter la vie en solitaire, qui doivent apprendre à être forts et courageux lorsque leurs parents ne peuvent plus l’être pour eux. C’est un roman sur l’apprentissage forcé de l’âge adulte et sur l’immense désir de ces jeunes d’y échapper. Anaïs Barbeau-Lavalette écrit sur l’amour plus fort que tout, sur l’amour qui va au-delà des faiblesses des adultes. L’amour inconditionnel de Kevin pour Steve, ou alors le besoin de Mélissa de savoir que sa mère va bien, même si elle est dans la rue. L’amour de Roxane pour son père en rechute, et pour sa mère qui la laisse tomber encore une fois. De l’amour « tout croche » mais auquel ces jeunes s’accrochent à tout prix. Je voudrais qu’on m’efface est un roman qu’on lit d’un coup parce qu’on s’attache aux personnages, parce qu’on ne veut pas les laisser tomber. Parce qu’on a espoir que tout ira bien, que le roman se terminera en « happy end ».

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