La Conquête de Plassans 3: Hérédité et religion

Le personnage de Marthe créé par Émile Zola soutient entièrement l'étude de l'hérédité développée par l'auteur dans le cycle des Rougon-Macquart.

La première caractéristique suggérant une dysfonction chez le personnage de Marthe est son mariage avec François Mouret, son cousin. Marthe insiste sur le fait qu’elle et son mari tiennent tous deux de leur grand-mère, Adélaïde Fouque, maintenant enfermée aux Tulettes, asile de Plassans.

Rougon + Mouret

Le personnage de Marthe est très légèrement abordé dans le premier roman de la série, La Fortune des Rougon, mais seulement pour démontrer à quel point Pierre et Félicité Rougon voulaient se débarrasser du poids d’une de leur fille : « Les époux accueillirent mal les deux dernières venues; les filles, quand les dots manquent, deviennent de terribles embarras. » ( La Fortune des Rougon, Folio Classique, p. 119). Heureusement, les parent arrivent à marier Marthe à François Mouret, et le couple tient un magasin à Marseille, laissant les parents satisfaits de leur départ. Marthe est une Rougon, fille de Pierre et Félicité. Quant à François Mouret, il est du mariage de sa mère Ursule Macquart avec Mouret. « Le plus singulier, reprit-elle pour cacher son embarras, c’est que nous ressemblons tous les deux à notre grand-mère. La mère de mon mari lui a transmis cette ressemblance, tandis que, chez moi, elle s’est reproduite à distance. On dirait qu’elle a sauté par-dessus mon père. » ( La Conquête de Plassans , Folio Classique, p. 113)

Adélaïde

Adélaïde, ou tante Dide, est le personnage central de l’œuvre de Zola, puisque c’est à partir de sa liaison avec un Rougon, et ensuite avec un Macquart, qu’est enclenchée cette grande fresque, cette étude exhaustive sur l’hérédité. Tante Dide est un personnage de la folie – ce trait est explicitement décrit dans l’introduction de l’œuvre, La Fortune des Rougon : « (…) non pas qu’elle fût folle, ainsi que le prétendaient les gens du faubourg, mais il y avait en elle un manque d’équilibre entre le sang et les nerfs, une sorte de détraquement du cerveau et du cœur, qui la faisait vivre en dehors de la vie ordinaire, autrement que tout le monde. » ( La Fortune des Rougon, Folio Classique, p. 100). Lorsque Marthe fait référence à ses origines, elle met celles de son père de côté pour ne considérer que celles de Tante Dide.

Marthe et la religion

La vie de Marthe est calme et structurée. Elle reste à la maison avec les enfants et ne se mêle pas aux bandes politiques de Plassans, de peur de réveiller une folie longtemps refoulée. Le calme de son quotidien est organisé dans une perspective de répression de la folie. « Je ne pouvais seulement pas lire un roman, sans avoir des migraines affreuses; pendant trois nuits, tous les personnages me dansaient dans la cervelle (…). Je reste chez moi, pour éviter tous ces bruits du dehors, ces commérages, ces niaiseries qui me fatiguent. » ( La Conquête de Plassans, Folio Classique, p. 114) Lorsque l’abbé Faujas entre dans sa vie, elle sera poussée vers la religion et son dévouement extraordinaire réveillera la maladie d’abord de façon physique, et ensuite de façon mentale – ce qui la réconcilie avec le caractère de Tante Dide. C’est le nouveau souffle religieux, ainsi que son amour pour l’abbé Faujas, qui renversera la nature calme de Marthe. Sa nervosité endormie depuis longtemps est soudainement réveillée par la ferveur qu’elle emploie à ses prières. « Toute une nouvelle femme grandissait en Marthe. Elle était affinée par la vie nerveuse qu’elle menait. Son épaisseur bourgeoise, cette paix lourde acquise par quinze années de somnolence derrière un comptoit, semblait se fondre dans la flamme de sa dévotion. » ( La Conquête de Plassans, Folio Classique, p. 277) Notons que la prière et les activités religieuses de Marthe activent et entretiennent la folie, mais le caractère nerveux de la folie est inné chez elle, et n’attend que le déclencheur pour raviver la flamme longtemps éteinte. Un autre indice de cette hérédité de la folie est le personnage de Désirée, jeune fille de quatorze ans, mais ayant le rire d’une fillette de cinq ans. Ce trait héréditaire se passe de mère en fille, ou alors saute une génération et passe de la grand-mère à la petite fille. Dans ce cas-ci, même si Marthe est issue de la branche des Rougon, sa folie démontre que son nom n’est pas une protection contre l’hérédité. Son père étant entièrement Rougon, et sa mère n’ayant aucun lien du sang avec la famille, Marthe obtient tout de même la nature de sa grand-mère. « Toujours, j’ai eu l’épouvante de la folie. Quand j’étais jeune, il me semblait qu’on m’enlevait le crâne et que ma tête se vidait. J’avais comme un bloc de glace dans le front. » ( La Conquête de Plassans, Folio Classique, p. 369) Zola montre avec le personnage de Marthe que personne, lié de près ou de loin avec Tante Dide, n’est protégé contre sa nature nerveuse, son détraquement du cerveau et du cœur.

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