La Faute de l'abbé Mouret 1: roman en trois parties

Le cinquième roman de la série des Rougon-Macquart se divise en trois parties, faisant part de la faute de l'abbé Mouret à trois niveaux.
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La première faute : la dévotion

Il y a d’abord l’introduction du roman, le premier livre, qui décrit la vie aux Artaud ainsi que le quotidien particulier de l’abbé Mouret. Celui-ci partage sa maison avec la Teuse, femme en charge de la nourriture, de la propreté de l’église ainsi que de la santé physique de Serge. Il y a aussi Désirée, jeune sœur de Serge, amoureuse des animaux. Désirée est « simple d’esprit » et cette caractéristique l’excluait de la société dans le roman La Conquête de Plassans . Aux Artaud, elle est rendue à la nature et aux bêtes et atteint un bonheur « animal »; ce rapprochement entre la bête et la jeune fille est présent tout au long du roman, opposant ainsi l’intelligence à la nature originelle de l’homme. Très peu de personnages forment La Faute de l’abbé Mouret , et le premier livre est une courte introduction à la vie de village, mais surtout à la ferveur religieuse de Serge.

Les habitants des Artaud se moquent de la religion et Serge en arrive à laisser dépérir son église au profit de ses longues prières en solitaire. La première faute de Serge est sa dévotion pour la Vierge Marie, qu’il considère comme la seule et unique femme parfaite, la compagne ultime. « Souvent, le Frère (Archangias) lui reprochait cette dévotion particulière à la Vierge qu’il disait être un véritable vol à la dévotion de Dieu. » Cet amour pour la Vierge Marie le pousse dans une rêverie, une transe, où Serge imagine la Vierge dans une robe de fiancée – il attend la venue de Marie. Dans un excès de prières, de jeûne et de ferveur religieuse, Serge sombre dans la folie et perd conscience. Le premier livre montre comment la dévotion religieuse de Serge le mène vers la maladie.

La deuxième faute : la femme

Le deuxième livre s’ouvre avec la reprise de conscience de Serge, qui se trouve maintenant au Paradou, jardin privé d’Albine, jeune sauvage du village. Celle-ci se trouve au chevet de Serge lors de son réveil. Cette deuxième partie du roman se détache complètement de la première. Serge ne pense pas ou ne parle ni de la Teuse, ni de Désirée, ni du Frère Archangias et ni de sa chère église (et même de sa religion). Au Paradou, il n’est plus l’abbé Mouret, il est Serge : enfant, libre, nouveau-né. Albine lui apprendra à marcher et à découvrir les splendeurs de la nature. Évidemment cette réclusion totale et secrète de Serge sera le moment idéal pour se détourner des lois de la prêtrise et goûter, enfin, les joies de la nature et surtout de la chair. Une histoire d’amour timide, mais bouleversante pour Serge et Albine, prend place. Au Paradou, à l’abri de son passé, Serge peut enfin suivre ses instincts et vivre au rythme de la nature. Jusqu’au jour où il se retrouve face à une brèche dans le mur du Paradou, lui rappelant soudainement sa vie religieuse. Sa deuxième faute est le déni de son passé, de sa fonction de prêtre, et de son péché psychologique et physique avec la jeune Albine.

La troisième faute : le déni

Le troisième et dernier livre de La Faute de l’abbé Mouret fait un retour à l’église des Artaud, où Serge marie deux habitants du village. Il est complètement replongé dans sa vie de rituels et de certitude religieuse. Un seul changement, très important : il change sa dévotion de la Vierge Marie pour celle de Jésus sur la croix. La culpabilité de son amour pour la jeune Albine hante Serge et le pousse, encore une fois, dans une folie vécue dans la prière, le jeûne et les hallucinations. Déchiré entre son église et Albine, Serge tente d’étouffer sa lutte intérieure par des travaux manuels. C’est ainsi qu’il redonne un nouveau souffle à son église en faisant des réparations diverses. Par cela, il gagne les habitants des Artaud qui se ruent à l’église pour prendre part à ce renouveau. D’une part, l’abbé Mouret gagne en fidèles, mais de l’autre il perd son amour, sa foi. Au Paradou, Albine est souffrante du départ de Serge. Les multiples tentatives pour l’amener à son chevet sont vaines, et Albine meurt de cet amour, portant en elle l’enfant de Serge, seule preuve de leur liaison. La troisième faute de Serge est son entêtement, son trop grand désir d’oublier son amour pour Albine. Sa faute provoquera la mort de cette dernière et de sa progéniture, et Zola propose une réflexion sur l’intensité de la ferveur religieuse. Faut-il nier la nature de l’homme pour éviter le péché?

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