Le monde effroyable et beau d'Otto Dix

Une exposition au Musée des Beaux Arts de Montréal, du 24 septembre 2010 au 2 janvier 2011.
10

Le Musée des Beaux Arts de Montréal présente une exposition axée sur l’histoire de l’artiste allemand Otto Dix, pour tenter d’expliquer, pour offrir des pistes de réflexion sur cette œuvre qui est traversée par la guerre, l’exil et l’isolement.

L’exposition des œuvres d’Otto Dix est la première en Amérique du Nord et rassemble plus de deux cents œuvres – dessins, peintures et encres. Plusieurs activités-concerts sont aussi organisés dans le cadre de cette exposition, au musée même. L’ouverture fut marquée par un concert donné par les petits-enfants de Hugo Simmons, avocat dont Otto Dix avait fait le portrait. Ce concert regroupait des musiques de Stravinski, ainsi que des compositions écrites dans les camps de concentration, ou alors venant de créateurs ayant trouvé la mort lors de la deuxième guerre mondiale.

La première guerre

Otto Dix a été vivement ébranlé par la première guerre mondiale, où il s’est enrôlé pour « vivre » la guerre, « voir » la guerre. Ses dessins illustrant ce désastre sont lourds, sombres, parfois confus. Souvent des montagnes de corps, aux couleurs tachées, ou alors les célèbres démembrés, aux visages défigurés. Il y a ensuite l’après-guerre, où les invalides envahissent le paysage et où les guerriers sont présentés au bordel, jouissant des femmes toujours nues ou presque, en passant par les crimes sadiques opérés sur ces prostituées, montrant une réalité choquante, d’une extrême violence après la guerre.

La deuxième guerre

Chez Otto Dix, il y a toujours les femmes, toujours cet art du portrait, et plus tard, lors de la deuxième guerre mondiale, le retrait de tout personnage sur les toiles, pour n’y laisser que les paysages. Après les scandales, la censure et la condamnation de ses œuvres, Dix s’exile à Hemmenhofen avec sa famille, d’où il pourra peindre en toute tranquillité.

Le Portrait de l’avocat Hugo Simmons

Le portrait d’Hugo Simmons a une signification particulière pour le Musée des Beaux Arts de Montréal. C’est en 1925 qu’Otto Dix fait le portrait de Simmons. En 1933, lorsque l’avocat doit fuir l’Allemagne nazie, il apporte le portrait avec lui à Montréal, où il trouve résidence. Cette toile d’Otto Dix fût oubliée jusqu’en 1993, lorsqu’une rétrospective de l’artiste est organisée en Europe. Comme beaucoup d’œuvres de Dix, le portrait d’Hugo Simmons semblait perdu. La toile, suite à sa « redécouverte », fait l’envie de nombreux acheteurs. Toutefois, la famille Simmons proposera au Musée des Beaux Arts de Montréal d’acheter la toile pour la moitié du prix offert par les autres musées. Une mobilisation des médias est alors opérée pour faire la demande d’une subvention au gouvernement fédéral canadien, pour permettre l’achat de la toile. Finalement, ce sera une collecte de fond qui assurera la plus grande partie de la somme demandée; le gouvernement canadien offrira le reste, pour ainsi assurer la résidence de la toile à Montréal, et en faire un patrimoine canadien . Le Portrait de l’avocat Hugo Simmons est présenté en fin de parcours de l’exposition, mettant en valeur la lumière de l’œuvre ainsi que sa charge de symbolisme : la guerre, l’exil, l’amitié et la bataille livrée par le musée pour garder cette magnifique toile.

L’exposition du Musée des Beaux Arts de Montréal est bien documentée et offre un parcours autant historique qu’artistique. Le chemin à travers les œuvres d’Otto Dix présente l’histoire complète de ce grand artiste allemand sans peur et sans restriction. Dix nous a donné à voir son regard sur l’histoire, sur sa vie et surtout sur sa réalité – aussi

Sur le même sujet