Récit d'enfance de Michel Tremblay: Les vues animées

Un collectif de récits sur le cinéma présenté sous forme d'anecdotes et de souvenirs, à la Michel Tremblay !
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Depuis ses toutes premières publications, Michel Tremblay se distingue par son emploi du joual – spécificité linguistique de la culture populaire québécoise – et par son humour toujours juste, vrai et franc. Tremblay s’intéresse au Québec et à sa culture populaire d’abord en écrivant Les belles-sœurs en 1965, pièce jouée en 1968 au Théâtre du Rideau Vert et obtenant un immense succès. L’univers de Tremblay se situe dans les quartiers pauvres de Montréal – principalement le Plateau Mont-Royal où il a grandi, et ses personnages sont plus souvent qu’autrement des travailleurs, des mères de familles ( La grosse femme d’à côté est enceinte ), et des artistes ( Le Cahier Noir, Le Cahier Rouge, Le Cahier Bleu ) dans une société où les métiers de l’art ne paient pas. Plus tard, l’auteur s’intéresse au night life de Montréal dans les années 60 ( Trilogie des Cahiers, Le trou dans le mur ). C’est la ville de Montréal et son histoire populaire qui est le centre des romans et des pièces de théâtre de Michel Tremblay.

Un premier choc

Dans Les vues animées , publié en 1990, Tremblay écrit l’histoire de son enfance jusqu’à l’âge adulte en centrant chaque chapitre sur un film l’ayant marqué. Il commence avec Orphée , film regardé avec sa mère sans rien comprendre sinon la beauté et l’importance de ce qu’il regarde; petit Michel ressent la force du cinéma, le grand art vu sur écran. « (…) c’était à la fois bon et inquiétant, bon au point de ne pas vouloir que ça finisse et inquiétant parce que j’étais convaincu que je pouvais en mourir . »

De Cendrillon aux films d’horreur

Par la suite, ce sont les classiques de Disney qui enchantent ou détruisent le jeune Michel. Cendrillon, Bambi, Blanche-Neige et les sept nains. Tremblay écrit sur ces films de l’enfance, et ensuite sur les films d’adultes qu’il essaie – parfois en vain - de comprendre. Cinéma français, québécois, anglais, Michel regarde toutes les « vues » qu’il peut. Amoureux des mauvais films d’horreur des années 50, il fait le récit de chacun d’eux à sa mère en rentrant du cinéma. « C’est de valeur que j’haïsse ça, ces vues-là, sinon j’irais avec toé… »

Du cinéma à la littérature

Chaque souvenir de Michel Tremblay est plus qu’une simple anecdote : c’est une histoire complète avec personnages, dialogues, introspections, etc. Le rassemblement de ces courts textes sur le cinéma n’est pas le seul ouvrage de Tremblay sur ses souvenirs d’enfance. Dans Un ange cornu avec des ailes de tôle , publié en 1994, l’auteur présentait son parcours de lecture depuis la Comtesse de Ségur jusqu’à Victor Hugo en passant par le grand Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy ainsi que par Agamemnon d’Eschyle. Ici encore, des histoires qui font éclater de rire, mettant en scène la très dramatique mère de Michel à l’imagination trop fertile. Un ange cornu avec des ailes de tôle est la porte d’entrée sur l’apprentissage littéraire de l’auteur et sur l’importance de l’émotion, de l’ amour pour un texte. Tremblay rappelle que l’art rejoint d’abord et avant tout le cœur et l’imagination – avant l’enseignement d’un message, ou alors la simple compréhension d’une œuvre.

Les vues animées et Un ange cornu avec des ailes de tôle sont de petits bijoux de l’œuvre de Michel Tremblay. Toujours sincère, dramatique, touchant, mais aussi hilarant, Tremblay est fidèle à lui-même et offre des récits vrais, très québécois, et où la famille et l’amour de l’art sont au premier plan.

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