Le concept d'humanitude en institution gériatrique

L'humanitude est un ensemble de concepts et de pratiques qui ont pour but de maintenir le lien entre les personnes âgées dépendantes et leur entourage.
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L’humanitude est un concept popularisé par Yves Gineste et Rosette Marescotti dont les particularités sont : la verticalité, le regard échangé, l’intelligence, la capacité de toucher l’autre, le sourire et le rire, le regroupement familial, le repas etc…. Les soins situés dans cette approche deviennent appel d’humanitude, reconnaissance de l’humanité de l’autre et mise en place de moyens de conservation de ces qualités d’homme.Il s'agit bien d'une "Philosophie de soins", dont l'objectif est de rapprocher le soignant et le soigné, améloirer la prise en charge et respecter l'autonomie de la personne dépendente.

Dans les établissements hospitaliers pour des personnes dépendentes, la souffrance existe dans les soins, du côté des clients, mais également du côté du personnel. Comment répondre aux besoins ? Comment faire des soins de qualité sans tomber dans l’automatisme ? Comment effectuer une toilette de qualité ? Comment répondre aux désorientés ? Comment faire en sorte que le patient soit traité avec dignité et protéger le soignant ?

L’humanitude décrit en l’homme ce qu’il y a d’humain : la verticalité, le regard, la parole et le toucher.

La verticalité

L’homme se tient debout. Or, en institution, très souvent pour des raisons pratiques ou de temps, les clients ne sont pas levés assez longtemps ou assez souvent ; cela réduit leurs capacités et la fixation de calcium par les os. Il est pourtant possible de profiter des rares moments où ils pourraient être debout, comme lors de la toilette (donc ne pas préférer la toilette au lit quand la personne peut être verticalisée), lors de l’accompagnement en salle à manger (ne pas choisir le fauteuil roulant quand cela est possible).

Le regard

Un constat a été fait : plus une personne est dépendante, moins elle est regardée. Des toilettes de 20 min ont été filmés au cours desquels les soignants de regardaient pas une seule fois le client. Pour éviter les comportements agressifs, il faut tout d’abord entrer en contact avec la personne par le regard.

  • Le regard doit être horizontal (donc face à la personne, pour éviter qu’elle se sente en position d’infériorité), axial (regard droit dans les yeux pour l’aider à comprendre ce que nous avons à lui dire) et empreint de tendresse.
  • Il faut toujours aborder une personne démente face à elle, donc ne pas commencer à lui parler lorsqu’elle ne vous voit pas. En effet, le champ d’une personne atteinte par la maladie d’Alzheimer se rétrécit peu à peu. Un lit ne s’aborde, donc, jamais sur le coté, mais par le pied. A défaut, l’agent surprend le patient qui prend peur et peu devenir agressif.
  • Le regard doit être proche et prolongé.
  • Un soin se fait toujours du côté où le regard est plus facile à capter. Si la tête de la personne est tournée à droite, le soignant doit commencer le soin à droite.

La parole

On a pu remarqué que sur une journée de 24h, les soignants (médecins et infirmiers) n’ont adressé la parole au patient que pendant 120 secondes. Alors qu'on devrait annoncer le soin et de le décrire ensuite.

Le toucher

Malgré les apparences, jamais la communication n’est rompue avec celui dont l’intelligence disparaît peu à peu. Elle ne passe peut être plus par la parole, mais par les gestes et les comportements, dont il faut apprendre à décoder le sens. Toutefois, le toucher en maison de retraite devient trop souvent un toucher technique (pour lui faire la toilette ou lui prodiguer des soins infirmiers…) et les soignants en oublient les gestes communicants. Lorsqu’on parle d’humanitude on utilise le terme de toucher tendresse.

Ainsi, en rendant à ces personnes leur humanité, en leur faisant comprendre qu’ils comptent toujours aux yeux de la société et du soignant qui les aide, ils sortent petit à petit du monde dans lequel ils s’étaient enfermés pour redevenir attentif à ce qui les entoure.

Des résultats ?

Depuis la mise en place de ce protocole (capter le regard de la personne désorientée, annoncer le soin, utiliser le toucher tendresse et privilegier la posture debout) dans une maison de retraite à Rennes, on a constaté qu’en quelques années plusieurs résultats positifs ont été constatés :

  • le nombre de refus exprimé des toilettes est passé de 13 à 3 ;
  • le nombre de toilettes au lit est passé de 35 à 20 ;
  • avant la formation 17 agents se trouvaient stressés, leur nombre est de 8 maintenant ;
  • harmonisation des pratiques ;
  • motivation des équipes accrues par la revalorisation du travail qui est plus pensé et moins routinier.

cec-formation.net

www.planete-maison-de-retraite.fr

www.agevillagepro.com

www.futura-sciences.com

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