L'art en France et les Gender Studies, un mariage contre nature ?

Contrairement à nos voisins européens, la France universitaire est en retard en matière de représentation historiographique des Gender Studies

L’origine américaine des gender studies serait-elle la première cause du barrage ?

En questionnant le masculin autant que le féminin, les gender studies se rapprochent des cultural studies en rapport avec la question de la race et du post-colonialisme. Quant aux queer studies elles vont plus loin et apportent une lecture déconstructiviste de l’hétéro-sexualité normative.

Indispensable à une remise en question épistémologique du savoir normalisé et complexe des sciences humaines, tous ces points de vue, véritables outils critiques d’analyse, apportent une approche systématique positive et permettent une dénaturalisation du rapport à l’autre.

Les sciences humaines travaillées par la question du genre

L’histoire, l’anthropologie, la philosophie, la sociologie ou encore la psychanalyse ont effectué des travaux suffisamment engagés sur le questionnement du genre dans les rapports sociaux, pour que l’on relativise un certain manque d’intérêt en histoire de l’art. Citons Michelle Perrot et Georges Duby avec L’histoire des femmes en Occident de l’Antiquité à nos jours , Geneviève Fraisse et Michel Foucault, ou encore les critiques de Françoise Collin sur les grands philosophes.

Quid de l’histoire de l’art ?

L’INHA devrait s’interroger et justifier un tel état de fait. Force est de constater que cette absence ne se limite pas aux gender studies , mais s’étend à tous les domaines à travers un manque d’activités et de nouveautés dans les discours. Les habitudes de travail formalistes et positivistes qui sectionnent l’art en périodes historiques strictes, interdisent l’approche d’une vision transdisciplinaire. Comment parler « d’art ancien » en utilisant des méthodes « contemporaines » tels la psychanalyse ou les gender studies ? De la même façon et pour les mêmes raisons, sont exclus des recherches, les arts du spectacle, la mode et la publicité.

De la nouveauté

Mais, si des universitaires italiens, pays latin aussi traditionaliste que la France, peuvent voir aujourd’hui dans le portrait de la Joconde la représentation de Salai, disciple-amant de Leonard de Vinci, si les critiques d’art ont pu donner ses lettres de noblesse à l’Art d’un Picasso catalogué peu “classique” et dont certaines peintures faisaient de larges emprunts à l’art “nègre”, il est évident qu’une barrière historique est tombée, et que la vision de l’art ne sera plus jamais monolithique. Peu importe que Gian Giacomo Caprotti, dit Salai, ait été ou non le modèle de la Joconde et l’amant de Leonard de Vinci, des chercheurs en Art, italiens de surcroît, ont “osé” explorer une voie différente et combien impensable dans un passé même récent.

Dans ce contexte, il apparait que les historiens de l’art français n’auront de choix, à l’avenir, que d’utiliser ou de subir les outils d’analyse des gender studies , “qui (ouvriront) une perspective différente de la vision de l’image”... et dont “le bénéfice (pour une) nouvelle interprétation dans l’histoire de l’art (sera) alors mis en évidence”.

source : Anne Creissels et Giovanna Zapperi, Revue PERSPECTIVE – INHA – 2007 - N° 4

Étude de genre et histoire de l’art - page 710-715

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