Une bronche artificielle a été greffée avec succès

Si les résultats restent satisfaisants, cette greffe pourrait être pratiquée sur 200 à 300 personnes par an en France et éviterait l'ablation du poumon...
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C'est une première mondiale qui vient d'être annoncée ce 3 mars 2011 lors d'une conférence de presse donnée à l'hôpital Avicenne à Bobigny: la première greffe d'une bronche artificielle sur un patient âgé de 78 ans et atteint d'un cancer du poumon non métastasé, le 28 octobre 2009.

Trois chirurgiens sont à l'origine de cette avancée spectaculaire: le professeur Emmanuel Martinod, mondialement connu pour ses travaux sur les bioprothèses valvulaires cardiaques, le professeur Dominique Valeyre, chef du pôle hémato-oncothorax, et Alain Carpentier, père du cœur artificiel. Ils espèrent pouvoir poursuivre cette pratique sur une vingtaine ou trentaine de patients dans quelques semaines et, si les résultats sont concluants, poursuivre leur greffe sur 200 à 300 patients par an (en fonction des pathologies) afin d'éviter des ablations complètes de poumon.

Ils ont attendu 18 mois avant de crier "victoire"

Les trois chirurgiens qui ont effectué des recherches pendant dix ans afin de mettre au point cette nouvelle greffe, ont attendu dix-mois mois avant d'annoncer cette réussite. Ils préféraient être sûr que leur patient soit en "bonne forme". Pour l'instant, il marche, se rend dans sa résidence secondaire à la campagne. Le professeur Martinod affirme que ce dernier "va bien, doit être suivi, faire des examens réguliers et des aérosols".

Une belle victoire sachant qu'en France, il y a 1000 à 2000 ablations de poumons par an, que le cancer du poumon est l'un des plus dur à soigner (37 000 nouveaux cas de cancer du poumon estimés en 2010) et il tue beaucoup (28 700 décès par cancer du poumon estimés en France en 2010, selon E-cancer ).

Une première en France

Ce patient traité était atteint d'une forme non métastasique du cancer du poumon dont la tumeur maligne bronchopulmonaire était située au niveau des deux lobes supérieurs du poumon droit. Seule une ablation complète du poumon droit était réalisable sachant qu'elle est à haut risque car le taux de mortalité est évalué à 26% à 90 jours.

Pour ce patient, les trois chirurgiens ont réalisé l'ablation des deux lobes atteint ce qui ne permettait plus la continuité du conduit respiratoire entre les voies aériennes supérieures et le lobe pulmonaire sain restant. Ils ont donc greffé une aorte (artère au diamètre le plus large) prélevée sur un donneur décédé (évite un traitement antirejet, contre-indiqué chez les malades du cancer) obtenue auprès d'une banque de tissus où les organes sont préservés grâce à la cryoconservation. Pour maintenir une certaine rigidité un stent métallique interne est installé.

Cette lourde intervention qui a duré 3 heures, elle est le résultat de longues recherches et malgré quelques difficultés postopératoires telles que l'arythmie supraventriculaire, l'œdème pulmonaire, un affaissement des alvéoles du lobe droit... elle reste un succès. A ce jour, le lobe pulmonaire restant joue son rôle et la bronche greffée ne montre aucun signe de complications suite à son séjour à de basses températures.

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