Le "Bunraku", théâtre de marionnettes traditionnel japonais

Partez à la rencontre du "Bunraku", le théâtre de marionnettes traditionnel japonais, et découvrez son histoire et son fonctionnement.
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Le théâtre de marionnettes est quasiment aussi vieux que l’humanité. Surtout, il a existé (et existe toujours) sur les cinq continents, que ce soit en Afrique, en Asie du Sud-Est, en Europe ou en Amérique du Sud. Parmi ces traditions, le "Bunraku" japonais tient une place particulière.

Une longue tradition, une maturation récente

Le théâtre de marionnettes existe au Japon depuis au moins la période Heian (784-1185). A l’époque, il était l'oeuvre de montreurs itinérants (les "Airaishi" ou "Kugutsumawashi"). Ce divertissement était alors considéré comme vulgaire par les hautes classes de la société.

Cependant, celui-ci va progressivement devenir l'un des vecteurs de transmission privilégiés des enseignements bouddhistes au peuple. Les "Airaishi" vont donc se trouver de plus en plus souvent attachés aux temples, remplissant une fonction quasi sacrée.

C’est à la fin du XVIIe siècle que le "Bunraku", d’abord appelé "Ningyo-Jôruri" (littéralement "poupée-récit"), va définitivement acquérir ses lettres de noblesse. L’impulsion de trois hommes est déterminante : Takemoto Gidayu (1651-1714) le manipulateur, Chikamatsu Monzaemon (1653-1724) le dramaturge et Takeda Izumo ( ?-1747) le régisseur. Ensemble, ils créent à Osaka une troupe de "Ningyo-Jôruri" qui remporte un immense succès et fonde définitivement le style.

Le nom de "Bunraku", qui remplace celui de "Ningyo-Jôruri", vient en fait du nom du théâtre "Bunrakuza" fondé au XIXe siècle par Uemura Bunrakuken. Le "Bunraku" est classé "Bien culturel immatériel important" depuis 1955 et figure sur la liste du patrimoine oral et immatériel de l’humanité de l’Unesco depuis le mois de novembre 2003.

Les éléments du "Bunraku"

La salle du "Bunraku" se divise en deux parties. Tout d’abord une grande scène avec un rebord arrivant à peu près à la taille et permettant aux marionnettistes de manipuler leurs marionnettes et aux décors de se mettre en place. Sur la droite de cette scène se trouve ensuite une estrade sur laquelle prennent place le récitant et l’accompagnateur musical.

Cachée de la vue du public, une petite salle surélevée accueille un petit orchestre traditionnel. Cet orchestre est là pour poser le décor sonore ambiant : musiques d’introduction, effets de climat, bruits d’animaux, etc. L’accompagnateur musical est en effet uniquement chargé de rendre l’état d’esprit intérieur des protagonistes de la pièce.

Les hommes du "Bunraku"

Ils sont nombreux et ont tous un rôle bien précis:

  • Les marionnettistes : chaque marionnette, qui mesure entre 120 cm et 150 cm et qui est contrôlée par un système de baguettes, nécessite trois manipulateurs. Celui de plus haut rang, l’"Omozukai", contrôle la tête et le bras droit. L'"Hidarizukai" contrôle le bras gauche et l’"Ashizukai" les jambes. Les manipulateurs sont habillés de noir. Une coiffe et un voile dissimulent entièrement leurs traits. Cette disposition est empruntée au "Kabuki" et par convention, on considère donc qu’ils sont invisibles. Seuls les "Omozukai" de grand talent officient parfois à visage découvert. Cette triple manipulation et l’articulation des marionnettes permettent d’obtenir un résultat très vivant.
  • Le récitant ("Taiyu") : il se charge de la narration dans son intégralité, à savoir qu’il narre les éléments de la pièce mais joue aussi physiquement tous les rôles. Il doit ainsi constamment moduler sa voix pour passer d’un rôle masculin à un rôle féminin et alterne donc jeu théâtral et déclamation chantée. Il surjoue tous les rôles, de manière à bien différencier les personnages et susciter l’émotion du public.
  • L'accompagnant musical : jouant exclusivement du "Shamisen", plus particulièrement du "Futo-zao shamisen", l’instrument le plus grave de la famille, il est là pour souligner l’état d’esprit des personnages joués par le "Taiyu". Son but n’est donc pas de produire de la musique, mais de compléter au mieux la narration.

Certains marionnettistes, "Taiyu" et joueurs de "Shamisen" ont le titre de "Trésor national vivant" qui reconnaît leur extrême degré de maîtrise de leur art (ce titre est aussi décerné à d’autres artistes et artisans, tels que les potiers, les calligraphes, les acteurs de "Nô" ou de "Kabuki", etc.)

Le "Bunraku" et le tourisme

La principale difficulté à laquelle doit faire face le "Bunraku" actuellement est la désaffection de la part des jeunes générations pour cet art, surtout parce que les pièces sont en ancien japonais, difficile à comprendre désormais.

Cependant, le "Bunraku" a su s’ouvrir aux touristes étrangers intéressés par cet aspect de la culture du Japon : les programmes, résumant l’intrigue des pièces, sont disponibles en plusieurs langues et, surtout, des audio-guides en langue étrangère sont disponibles notamment dans les théâtres nationaux (Osaka ou Tôkyô par exemple). Ils expliquent les tenants et les aboutissants de la technique du "Bunraku" et les principaux moments de la pièce, tout en évitant de la polluer.

Pour en savoir plus ou pour acheter des tickets, voir le site du Théâtre national du Japon (en anglais).

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