Le rakugo, art comique japonais

A côté du "Nô" ou du "Kabuki", théâtre dramatique, les formes comiques traditionnelles du théâtre japonais savent s'épanouir, comme dans le "rakugo".

Les Japonais ont une image très policée et très discrète, surtout dans leurs rapports avec les étrangers. Cependant, ils ne dédaignent pas l’humour, bien au contraire. Le "rakugo" en est une des formes traditionnelles.

Simplicité et codification de la forme

Le "rakugo" n’est autre que l’une des formes de la "stand-up comedy", du "one-man show" à la japonaise, à côté du "manzai". Le raconteur de "rakugo", ou "rakugoka", est en effet seul face à son public.

Il est installé sur une scène, voire sur une simple estrade, mais toujours en position dominante par rapport à son public, de manière à ce qu’on puisse le voir sans difficulté. On appelle d’ailleurs cette scène le "Kôza", ce qui signifie littéralement "le siège haut". Il y est assis en position "seiza", la position assise traditionnelle utilisée pour toute occasion officielle, avec les jambes repliées sous soi; il est habillé d’un kimono léger et d’une surveste, dont il peut se débarrasser en cours de spectacle.

Pour tout accessoire, le "rakugoka" ne dispose que d’un petit éventail en papier et un petit morceau de tissu, d’une taille équivalente à un mouchoir.

L’art de la diction et de la personnification

Tout l’art du "rakugoka" est contenu dans sa voix. C’est par sa diction qu’il va interpréter physiquement tous les personnages de son histoire, tant au niveau du timbre de sa voix que du rythme, du phrasé de sa narration. Le but est de créer des personnages suffisamment marqués pour que le spectateur comprenne tout de suite auquel il a affaire. Bien entendu, le surjeu et l’exagération font partie du répertoire naturel du "rakugoka".

En dehors de sa voix, le "rakugoka" s’aide naturellement de sa gestuelle et de son expression faciale. Cela nécessite un gros travail car, pour la gestuelle, il faut parvenir à représenter des mouvements aussi extrêmes que la course, la démarche nonchalante, la démarche hésitante des personnes âgées, tout cela sans trop bouger de la position de seiza.

Un monde de tradition

Comme beaucoup d’arts japonais, le "rakugo" a une longue histoire. Le plus vieux recueil d’histoires de "rakugo" est daté entre 1213 et 1218. Le "rakugo" fut d’abord un divertissement de cour, destiné au daimyo et à son entourage.

Ce n’est qu’à l’époque d’Edo (1603-1867) que le "rakugo", avec l’essor de la classe des marchands urbains (ou "chônin"), se répand dans les classes inférieures. C’est alors que de nombreuses troupes se forment et qu’on imprime les premiers recueils de textes de "rakugo".

Le mot "rakugo" n’apparaît cependant qu’au milieu de l’ère Meiji (1867-1912) et il ne devient d’usage courant que pendant l’ère suivante, l’ère Shôwa (1926-1989).

Lorsqu’on choisit la carrière de "rakugoka", on entre généralement dans une troupe et on prend un nom de scène qui correspond à la troupe. Les noms de scène se transmettent ainsi de génération en génération, comme d’ailleurs dans le "Kabuki" ou le "Nô".

Un certain nombre de comiques télévisuels japonais contemporains ont d’ailleurs fait leurs premières armes dans le "rakugo", avant de s’orienter vers la télévision. Certains, très connus, ont d’ailleurs gardé leur nom de scène de "rakugo", comme Akashiya Sanma ou Shôfukutei Tsurube, et sont connus de tous.

Le "rakugo" peut sembler difficile d’accès, principalement à cause de la barrière de la langue. Néanmoins, de nombreuses représentations de "rakugo" traduit ou adapté ont lieu notamment dans les maisons japonaises de la culture un peu partout dans le monde; on s’aperçoit alors que les thèmes employés sont universels, que la compréhension en est aisée et que l’humour survit souvent à la traduction. Une expérience à tenter! A noter que le "rakugo" de Tokyo et celui d'Osaka diffèrent grandement dans leur manière de raconter l'histoire et d'incarner les personnages.

Sur le même sujet