Voile route du Rhum 2010 : Les premiers ralentissent fort

Cette 7e journée a été riche en événements. Au dernier pointage, trois bateaux n'ont pas été localisés en Ultimes, Imoca 60 pieds et en Class multi 50
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À l’approche de l’arrivée, les leaders voient leurs progressions freinées sérieusement. Le vent manque cruellement, mais Franck Cammas garde le cap bifurquant légèrement sur une route sud-ouest vers Puerto-Rico, à 12 nœuds de moyenne. Ce qui lui permet d’accroître un peu plus son avance. Son arrivée à Pointe à Pitre devrait intervenir lundi soir (dans la nuit de lundi à mardi en France). Celui qui peine le plus reste néanmoins Thomas Coville. Son Sodeb’O fait du surplace puisqu’il a parcouru moins de 10 milles entre 16 h et 20 h ce dimanche. A seulement 2,4 nœuds de moyenne ! Le vent fait défaut sur la fin du parcours.

Joyon: une nuit difficile

Francis Joyon reste toujours 3e, mais ne parvient toujours pas à revenir sur les deux échappés, après une nuit de samedi à dimanche quelque peu bousculée. C’est bien la pire nuit de cette 9e Route du Rhum que vient de vivre Francis Joyon.

Sa stratégie météo comportait - il en était conscient - de lourdes incertitudes. La faute à ce vaste magma orageux qu’il lui faut traverser pour avancer vers la Guadeloupe. Mais force est de constater qu’aucun fichier ou prévisionniste le plus averti ne pouvait anticiper les conditions dantesques rencontrées en pleine nuit par le Maxi Trimaran IDEC. Le vent, comme rendu fou, n’a cessé de virevolter, accélérer, s’affaisser, comme pour pousser Francis le colosse dans ses derniers retranchements moraux et physiques. De longues heures de "pétole" sous de lourds nuages noirs, n’ont été interrompues que par de brusques et violentes bourrasques, qui bousculaient la machine et plongeaient le skipper dans un abîme d’incertitude quant aux réglages à apporter.

Bilan de la nuit, une progression faible, un écart désormais conséquent avec le leader Cammas et, malgré tout, quelques atouts dans la main du skipper de Locmariaquer qui, après quelque repos, compte bien les utiliser jusqu’à la dernière carte. Beaucoup plus loin, Gitana 11 trouve que cette traversée est longue. Pour le 5e, Philippe Monnet (La Boite à Pizza), qui n’était pas localisé au dernier pointage, le retard sur le leader atteint désormais les 1100 milles. Pour l’heure, Servane Escoffier monte de deux places au classement après avoir dépassé Gilles Lamiré (Défi Cancale) et, peut-être, Philippe Monnet, non localisé au dernier pointage.

Imoca : dans la continuité

Roland Jourdain (Veolia Environnement) ne cesse de creuser doucement l’écart depuis les dernières 48 heures. Le leader possèdait 76 milles d’avance sur Vincent Riou (PRB) au pointage de 16 h. Il était suivi par Armel Le Cléac’h (Brit Air) et Marc Guillemot (Safran). Les conditions encore très sportives et humides, sévissaient encore, mais au pointage de 19 h 40 le leader n’était pas localisé et le classement était bouleversé avec Brit’Air qui pointait en tête, toujours devant l’éternel second, PRB, pour 1,9 milles d’écart.

Au sud, Michel Desjoyeaux (Foncia) et Arnaud Boissières (Akena Vérandas) ne cessent de perdre du terrain sur les leaders, à plus de 400 milles devant eux. À 1300 milles de l’arrivée, les premiers 60 pieds Imoca sont attendus jeudi en Guadeloupe.

Extrait des vacations de la journée

Roland Jourdain (Veolia Environnement) : « Ca va bien, on n’a pas à se plaindre mais les conditions sont sportives, il y toujours du vent et de la mer, une grosse belle mer ! Disons que ce n’est pas très jojo, je suis à moitié trempé, pas rasé, ce n’est pas joli comme image de sportif, heureusement qu’il n’y pas de webcam ! Il y a de la manœuvre, toute la garde-robe y est passée depuis hier. »

Vincent Riou (PRB) : « La météo va être complexe pour la suite, donc il va falloir être intelligent pour trouver la pression, et arriver en Guadeloupe en utilisant le peu de vent qu’il y a autour de la dépression. Ce sont des belles parties de poker, ça me convient mieux. Je vais prendre du plaisir dans cette partie compliquée. J’espère que par chance les 80 miles entre Bilou et moi vont diminuer. Il a bien navigué et il a été un peu plus vite que nous, mais il était dans une bonne dépression, je crois que c’est son truc ces conditions quand il faut allumer et fermer les yeux, contrairement à moi ! »

Class multi50: Crêpes Whaou est flashé à 29 nœuds dimanche matin… mais casse l’après midi

Si Crêpes Whaou avait repris une bonne avance sur Actual entre samedi et dimanche, avec des avancées à 29 nœuds en matinée, son skipper soulignait avoir un peu oublié de penser à lui. « Je suis en forme mais quand je regarde la glacière, je me dis qu’il va me rester la moitié de mes repas à l’arrivée !!! ». Malheureusement, Franck-Yves Escoffier a perdu son sourire à 15 h 30: l’étrave de la coque centrale de Crêpes Whaou s’est brisée juste en avant de la cadène de solent (en avant du balcon avant), sous l’effet d’un choc avec un objet flottant non identifié ou de la pression des vagues, alors que Franck-Yves naviguait sous grand-voile à 2 ris et ORC. Le morceau d’étrave d’environ un mètre de long se trouve plié à 90 degrés et freine considérablement le bateau.

Le marin a essayé de réparer en coupant les tissus qui retiennent le morceau brisé. Ensuite, il sanglera le moignon et tentera de le protéger avec un sac à voile afin de poursuivre sa route à petite vitesse vers la Guadeloupe.

Les conditions de mer actuelles rendent l’opération assez délicate et il était difficile de savoir quand et à quelle vitesse Franck-Yves pourra reprendre sa route. Joint à 19 h dimanche par le PC course Franck-Yves Escoffier confiait « C’est difficile à vivre, surtout que cette Route du Rhum représente de longs mois de préparation. Je ne comprends pas ce qui a pu se passer. Il n’y avait rien sur l’étrave car je n’étais pas sous gennaker. C’est sans doute sous la pression des paquets de mer reçus par le travers que l’étrave a fini par céder. J’ai terminé la réparation de fortune. Je progresse à 7 nœuds mais avec une étrave carrée, ce n’est pas très pratique. J’ai rempli le ballast arrière pour soulager l’avant du bateau. Il y a toujours quatre mètres de creux ».

Class40

Vers un nouveau départ ?

La bataille se poursuit à mi-Atlantique pour les 41 solitaires encore en course chez les Class 40, même si une hiérarchie assez stable se dessine en tête de flotte. Thomas Ruyant (Destination Dunkerque), toujours solidement accroché à son fauteuil de leader, continue d’imprimer un rythme soutenu après le passage d’un front qui a mis les hommes et les bateaux à rude épreuve.

"Sans compter que la météo n’a pas fini de pimenter cette grande régate à l’échelle océanique. Un risque de calmes au Nord, un regain des alizés au Sud : de l’avis de tous la course repart de plus belle dans l’attente du croisement, dans l’ouest de l’archipel des Açores, entre les deux groupes qui ont contourné le vaste anticyclone éponyme sur des routes radicalement divergentes", affirmait dimanche le site officiel de la course.

Catégorie Rhum

L’un des leaders contraint à l’escale technique

Toujours selon le site officiel de la course: "Grand animateur depuis le début de la course dans la catégorie Rhum, Pierre-Yves Chatelin rencontre, depuis hier, différents pépins techniques. Ce matin, le skipper de Destination Calais connait un problème de circuit de refroidissement persistant et ne voit pas d’autre solution que de faire une escale technique à Horta, aux Açores. Un pit-stop qui pourrait lui coûter sa place sur le podium mais jugé indispensable. En tête de flotte, la bagarre ne faiblit pas pour autant. Charlie Capelle (Acapella) et Andrea Mura (Vento di Sardegna), séparés de 250 milles en latéral, mais seulement 39 milles au classement en terme de distance au but ne lâchent rien."

Classement du 7 novembre à 19 h 40

Ultimes:

1 Franck Cammas, Groupama 3 à 433 milles de l’arrivée ;

2,Thomas Coville, Sodebo à 224,8 milles du leader

3. Francis Joyon Idec à 335,7

4. Yann Guichard ; Gitana 11 à 599, 6

5. Servanne Escoffier, Saint-Malo 2015, à 1497,6

Philippe Monnet, La Boite à Pizza (non localisé. Au pointage précédent à 15 h 40, il était 5e à 1159,7 milles de l'arrivée)

IMOCA

Roland Jourdain, Veolia Environnement (non localisé, au pointage de 15 h 40, il était 1335,2 milles de l’arrivée)

1 Armel Le Cléac’h, Brit Air à 1344,2 de l'arrivée

2.Vincent Riou, PRB à 1,9 du leader provisoire

3. Marc Guillemot Safran : 14,3

4. Jean-Pierre Dick, Virbac Paprec 3 à 63,4

5. Christopher Pratt DCNS 1000, à 130,4

Classe Multi 50

Franck-Yves Escoffier, Crêpes Whaou !, (non localisé depuis son avarie, au pointage de 15 h 40, il était à 1295,6 de l’arrivée)

1.Yves Le Blevec, Actual à 1314,6 milles de l'arrivée

2. Lalou Roucayrol, Région Aquitaine – Port Médoc, à 224,3 du leader

3. Philippe Laperche, La mer révèle nos sens à 231,5

Class40

1.Thomas Ruyant, Destination Dunkerque à 2017,1 milles de l'arrivée

2. Samuel Manuard, Vecteur Plus à 77,1 milles du leader,

3. .Yvan Noblet, Appart City à 78

Catégorie Rhum

1. Andrea Mura, Vento Di Sardegna à 2293 milles de l'arrivée

2. Charlie Capelle, Acapella à 39,9 du leader.

3.Pierre-Yves Chatelain, Destination Callais à 103,9.

Site officiel :

http://www.routedurhum-labanquepostale.com

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