Les Petits Mouchoirs, les bobos font du ski nautique

Retour derrière la caméra pour Guillaume Canet qui accouche d'une oeuvre faussement généreuse, mais réellement mal dégrossie.
24

Alors que Ludo (Jean Dujardin) l'un de leurs meilleurs amis se trouve entre la vie et la mort suite à un accident de scooter, un groupe d'amis décide tout de même de partir comme chaque année en vacances au Cap Ferret...

Deux heures et demi de film pour pas grand chose

Qu'à à offrir Les Petits Mouchoirs , au-delà de son très beau plan séquence initial justifié tant d'un point de vue formel (on passe des lumières artificielles de la boîte de nuit, à la lumière froide du jour qui se lève) que sémantique (la coupe viendra avec l'accident marquant la rupture)? Pas grand chose, ce malgré une durée avoisinant les deux heures et demi de projection. A l'image de l'intrigue opposant le personnage de Magimel (très bon) à celui de Cluzet (exaspérant) dont il est amoureux, sans cesse répétée sur le même mode, les personnages n'évoluent pas d'un pouce. Le portrait de ce groupe d'amis, qui parfois ne manque pas d'une certaine justesse, manque cependant d'incarnation. Aucun des protagonistes ne se détache, tous stéréotypés ils évoquent des clichés ambulants, allant du copain volage avec quand même le coeur sur la main, à la femme délaissée par son mari en passant par le bourgeois autocentré à tendance maniaque. Les péripéties qu'ils vivent ne servent que de révélateurs à la vacuité profonde de leur écriture (voir le passage où Gilles Lellouche tente de reconquérir la femme qu'il a trahi, mièvre à souhait) et ne débouchent quasiment que sur du vide, n'alimentant pas le récit central, ni le drame sous-jacent parallèle à l'intrigue. La mort imminente du personnage de Dujardin ne sert qu'à une morale sur la vraie amitié et les apparences, assénée en fin de film avec une grossièreté embarrassante. Après s'être axé sur son groupe de bobos dont la médiocrité aurait pu donner une belle satire sociale, qu'il se contente d'effleurer du bout des doigts, Guillaume Canet, laisse à un maraîcher aux problèmes financiers qui sonnent creux, le soin de délivrer un discours hallucinant de naïveté sur la modération et les choses vraies. Et surtout il y a la malhonnêteté condescendante du chantre de la bourgeoisie qui laisse à l'ouvrier la parole pour faire de lui l'apôtre de la simplicité. Suite à son laïus les acteurs s'effondrent en larmes, jouant à qui pleurera le plus fort, dans un moment qui ressemble à une parodie de performance à Césars.

Ce discours factice, semble en lien direct avec les tares dont souffre ce troisième film, à savoir un manque de générosité flagrant. Incapable de tirer de la dramaturgie des micros actions qui se déroulent dans son décor ensoleillé, Guillaume Canet, délivre un long métrage où l'ennuie règne en maître. Les dialogues qui se veulent naturalistes, manquent de force et d'humour. Les vannes tombant à plat, les échanges se limitant à ce que les anglo-saxons du small talk où l'anecdote l'emporte sur le sens ou la dramaturgie. Canet qui cite à la fois Les Copains d'abord (film au scénario justement très écrit et aux péripéties faussement anecdotiques car renseignant toujours sur les personnages, leurs modes de vie et leurs relations), et les oeuvres de Sautet et Cassevetes, semble avoir oublié que ces deux là, au sein de films d'hommes ouverts sur la réalité de la vie, savaient discrètement introduire du vrai drame fictionnel. Il suffit de revoir le premier comme le dernier quart d'heure d' Husbands pour s'en convaincre. Canet, lui quand il veut amener une situation un peu forte, à connotation réelle, sort l'artillerie lourde de la nana (Cotillard) sentimentalement instable qui accumule les mecs sans savoir quoi leur dire une fois l'acte sexuel consommé. Plus tard quand Magimel a du mal à faire l'amour à sa femme, parce que son attirance pour son ami le turlupine, le scénariste nous sert le coup de la bourgeoise qui dégaine la tenue sexy pour exciter son mari qu'elle retrouve endormi. Du déjà vu, en mieux amené et en plus drôle en somme. Quitte à se vouloir un brin corrosif, Guillaume Canet aurait pu imaginer un moment déviant où l'homme fait l'amour à sa femme en pensant à son copain pour stimuler sa libido. Malheureusement le la bonne tenue qui préside à l'ensemble lui interdit. Ce politiquement correct se ramasse tout entier dans un dialogue embarrassant où Vincent (Magimel) intime à son fils de respecter les homosexuels " car deux hommes qui s'aiment c'est pas grave, c'est de l'amour ". Un bel écart, pour une œuvre qui en compte quelques uns mémorables, ainsi de ce " t'es une belle personne " lancée par Cotillard sur un gros plan de Dujardin défiguré. Une maladresse à l'effet comique certain, par ailleurs raillée aux Césars. La fin de l'enterrement où l'ostréiculteur débarque avec son sac de sable et ses gros sabots est savoureuse dans sa manière de vouloir forcer l'émotion. Sans tomber dans le débat de la critique qui ne fut pas toujours tendre avec ces Petits Mouchoirs et du public qui répondit massivement présent, ce succès est tout de même étonnant, quand on réfléchit à l'image beauf et antipathique que renvoient presque tous les personnages du film.

Fiche technique

Réalisation et scénario: Guillaume Canet. Avec: François Cluzet, Benoît Magimel, Gilles Lellouche, Marion Cotillard... Photographie: Christophe Offenstein. Musique: Artistes divers.

Sur le même sujet