Resident Evil 5, la Horde Sauvage

Analyse critique du célèbre jeu vidéo de Capcom, dont la sortie il y a deux ans avait suscité la polémique en raison de son cadre africain...
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Un remue ménages médiatique absurde, tant les créateurs ne cessent de rappeler, répliques univoques à l'appui, que la population africaine reste une victime d'Umbrella, firme fictive dont les méthodes évoquent, en exagérant à peine celles d'entreprises pharmaceutiques occidentales. D'autant que derrière ce complot, au doux parfum aryen (créer une race surhumaine pour régner sur terre en gros), ironiquement situé dans le Berceau du monde, se trouve une société spécialisée dans la pharmaceutique, Tricell. Ce qui enlève toute idée raciste du jeu, et lui ajoute au passage une légère coloration politique, très vite noyée sous le feu d'artifices que propose l'aventure. Cela dit si tuer des zombies noirs relève du racisme, on répondra que présenter virus qui épargnerait miraculeusement toute population noire, tiendrait quant à lui d'un joli phénomène de discrimination positive, au moins aussi embarrassant.

Une polémique déplacée

Hormis cette légère dimension politiquement incorrecte, le cadre géographique confère aux premiers chapitres du jeu une ambiance particulière, noyée de soleil, collant avec la frénésie des combats. Fidèle à la brèche ouverte par le précédent opus (nous y reviendrons) qui avait su réorienter la saga vers une peur panique liée à l'abondance d'ennemis véloces, ce nouvel opus, repose sur une action non stop, alignant les morceaux de bravoure barbares. Impossible de jouer dix minutes sans faire un carnage face à des ennemis en surnombre, à la morphologie et à l'agressivité évolutive. Loin de l'angoisse diffuse des deux premiers épisodes, Resident Evil 5 mise tout sur la pure adrénaline, la fuite ne constitue qu'un cas de figure rare pour le joueur, invité à se comporter en seigneur de guerre durant la quasi totalité du jeu. A sa disposition un arsenal impressionnant, qui comme dans l'aventure précédente s'acquiert en gagnant de l'argent.

Malheureusement à mi parcours, le contexte africain se voit abandonné pour laisser place aux structures souterraines et autres labos scientifiques démesurés tant prisés par la saga. Ce qui laisse un arrière goût de frustration dans la bouche du joueur, qui aurait aimer mieux profiter de ce décor atypique. Lequel finalement n'interfère que peu avec la narration, n'offrant quasiment aucun débouché dramaturgique (au-delà de l'évocation de sa population interchangeable avec celle du précédent épisode). Une première lacune, révélatrice de la principale limite de ce Resident Evil , à savoir l'héritage écrasant de son prédécesseur.

Un remake et une suite

Héritage que les créateurs de cet opus n'essaient jamais de transcender ou de pousser plus loin. Simplement le moteur graphique, console nouvelle génération oblige, propose des environnements et des textures d'une beauté affolante, alors que le système de jeu n'a pour ainsi dire quasiment pas pas évolué. Les adversaires sont presque les mêmes, on en retrouve même certains directement issus de Resident Evil 4 . Proche d'un remake réactualisé pour les nouveaux standards visuels HD, cet épisode ne s'affirme en tant que suite, que dans l'ampleur que prend la conspiration ourdie par Umbrella, prolongement des aventures précédentes. Le goût de la démesure habite d'ailleurs l'aventure, fréquentée par des créatures gigantesques, qui engagent des combats acharnés, où l'influence de Dead Space , sorti quelques mois plus tôt se fait sentir, notamment dans la propension des affrontements avec les boss en plusieurs parties rappelant beaucoup le survival spatial d'E.A.

Malgré tout, difficile de bouder son plaisir, tant la beauté des décors saute aux yeux, et tant le déroulement de l'intrigue reste haletant. Le personnage a beau se montrer lourdaud à manier, il n'empêche qu'on le prend vite en mains, tout fier d'accumuler les trophées en éliminant méthodiquement des cohortes de contaminés agressifs. Un peu répétitive, jusqu'à en devenir un tantinet lassante, l'action continue offerte par le titre de Capcom maintient cependant le joueur en perpétuel état d'attente. Ce d'autant plus que chaque chapitre recèle sa propre esthétique, du très beau jardin souterrain à la mine, sans compter la carrière à ciel ouvert réellement impressionnante. D'autre part, si comme il a été évoqué le risque de la lassitude pointe parfois son nez, de réguliers morceaux de bravoure viennent immédiatement relancer l'intérêt du jouer. On signalera par exemple ce passage très intense où l'on passe à proximité des cages des lickers, avec l'interdiction de faire trop de bruit au risque d'attirer leur attention. Un moment qui renoue avec la terreur propre aux débuts de la saga, qui se conclut sur un duel dans un suspense allant grandissant. Si les instants de ce calibre n'abondent pas nécessairement, les autres temps forts, s'avèrent suffisamment nombreux pour maintenir le cap d'un opus prenant, parfois saisissant, qui en tant que transition pour une éventuelle nouvelle révolution digne du quatrième, vaut largement le détour.

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