Sucker Punch, l'imagination au pouvoir

A la découverte hier en avant-première de Sucker Punch difficile de donner raison aux échos mitigés que suscitent ce spectacle total.

Accusée à tort du meurtre de sa sœur, suite à une machination de son cupide père, Badydoll (Emily Browing) se retrouve enfermée dans un terrible hôpital psychiatrique le Lennox House. Là-bas, elle fait la connaissance, de Sweet Pea (Abbie Cornish), Rocket (Jena Malone), Blondie (Vanessa Hudgens) et Amber (Jamie Hung) quatre jeunes filles aux caractères bien trempées. Promise à une lobotomie, Babydoll les convainc de la suivre dans un plan d’évasion reposant sur son imaginaire peuplé de menaces renvoyant à celles qu’elles affrontent dans la réalité…

Un spectacle virtuose

Les résultats mitigés du film au box-office américain (autour de 19 millions pour son premier week end), où il se retrouve à une deuxième place augurant un échec public, ainsi que l’accueil glacial d’une partie de la critique, ne mettait guère en confiance quant au dernier ouvrage du talentueux Zack Snyder. A l’arrivée force est de constater que Sucker Punch, tient toutes les promesses entrevues dans la bande annonce, à savoir un spectacle débridé à l’imagerie foisonnante. Dont le scénario minimaliste prétexte à une accumulation de séquences d’actions souvent monumentales chorégraphiées au cordeau, tire le long métrage vers une forme de radicalisme, présent jusque dans ses partis pris de mise en scène. En effet, la dramaturgie du film est réduite à peau de chagrin, on ne tremble quasiment jamais pour les héroïnes dont les caractères archétypaux ne sont qu’esquissés. Seul le personnage central au regard triste et combatif possède un magnétisme allant au-delà de ses performances physiques. Les premières apparitions de ce commando de femmes aux tenues sexy, donnent l’impression de naviguer dans l’esprit bicéphale d’un hétéro beauf doublé d’un artiste au talent hors normes. Finalement c’est cette seconde proposition qui s’impose. Non seulement car, Zack Snyder, se garde bien de filmer son groupe de filles avec un œil concupiscent ne s’attardant jamais trop sur leurs formes avantageuses, ensuite car avec ce script limité il parvient à livrer une œuvre puissamment sensible et hybride. Dès les premières minutes, le cinéaste pose les jalons essentiels de son œuvre et à faire accepter ses codes particuliers. L’introduction rythmée par une reprise de Sweet Dreams des Eurythmics (le nom de l’hôpital n’est autre que celui de la chanteuse du groupe), ouvre sur cet univers à la construction opératique, où la musique, véritable moyen d’évasion d’une réalité sordide donne naissance à des images baroques, à la beauté soufflante. En cela Sucker Punch dépasse la simple appellation de clip géant que certains ne manqueront pas de lui accoler, puisque morceaux musicaux et images se nourrissent mutuellement, ce au-delà de la simple illustration. Les scènes d’action dantesques, découpées avec une maîtrise forçant le respect, pousse l’hybridation avec le jeu vidéo encore plus loin que dans le très beau Scott Pilgrim vs the world , en reprenant par exemple les notions de tutoriel (le premier monde parallèle avec les samouraïs) et d’objectifs énoncés à chaque introduction dans l’univers investi par Babydoll et ses comparses. Bien entendu la simple idée d’un monde parallèle où les héroïnes se créent des avatars évoque le principe même du jeu vidéo, et Snyder reprend des éléments visuels à certains titres phares combinant de la sorte Wolfeinstein , World of Warcraft et Modern Warfare pour créer un univers riche et cohérent.

Femmes d'action

Evoluant dans une réalité marquée par une oppression masculine, qui s’incarne sous les traits d’un père vénal et meurtrier, d’un administratif corrompu ou d’un cuisinier libidineux au couteau phallique, Babydoll trouve dans ce monde alternatif une vision déformée de chacune de ces figures. Les fantasmes dans lesquels elle évolue propose un renversement du pouvoir, ne serait-ce dans le réinvestissement un sous-genre typiquement masculin, le men in mission (dont le modèle séminal reste Les Douze Salopards ) et dans le remplacement des hommes sur les champs de batailles qu’il s’agisse de la première guerre mondiale ou de la féodalité. En contrepoint de toutes ces figures masculines violentes, Scott Glenn incarne à la fois une figure tutélaire du cinéma d’action (il a été le héros de nombreux séries B d’action), ainsi que, surtout un père de substitution bienveillant. Dont l’équivalent dans le monde réel serait à chercher du côté du côté du personnage campé par Carla Gugino, mère putative de ces filles perdues. Cette dimension féministe, bien que traitée sous un mode fantasmatique, apporte un peu de profondeur à un film, tout entier dévoué à un spectacle total dont la seule limite se situe dans une absence d’ancrage émotionnel, compensé par un dénouement assez émouvant, dont la noirceur évoque celle du Brazil de Terry Gilliam.

En attendant la suite

De l’héroïsme guerrier au goût des armes à feu, en passant par des héros volontiers icônisés, Sucker Punch propose une compilation exhaustive des traits centraux du cinéma de Zack Snyder, augurant semble-t-il l’annonce une nouvelle période dans son œuvre que pourrait initier son Superman : The Man of Steel . En attendant, espérons que le public français réservera l'accueil qu'il mérite à ce sérieux postulant au titre de film d'action de l'année.

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