The Walking Dead, analyse 1ere Partie

Alors que la très courte première saison a suscité un engouement tant critique que public, voici la première partie d'une analyse de la série événement.
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Profitant de l'engouement suscité par le mythe du mort-vivant, remis au goût du jour par l'excellent 28 j ours plus tard , et durablement réinstallé sur les écrans par L'Armée des morts ainsi que les dernières oeuvres de Romero, The Walking Dead a vu sa première et courte saison couronné d'un plébiscite tant critique que public. Pour preuve la bande dessinée dont il s'inspire, ne s'est jamais aussi bien vendue, en témoigne sa réédition et les nombreux lecteurs qu'on peut croiser dans les transports en commun. Après cette première courte saison , initialisée par un pilote d'une durée avoisinant l'heure et demie, puis poursuivie par cinq épisodes de quarante-cinq minutes, qui a vu Frank Darabont licencié son pool de scénaristes à la mi-saison (nous en reparlerons ultérieurement), il se murmure déjà que Stephen King pourrait signer un segment de la deuxième saison. Un juste retour des choses vis-à-vis de Darabont, qui aura adapté trois de ses oeuvres au cinéma. Sans révolutionner l'imagerie inhérente aux revenants, cette première livraison propose cependant un angle particulier, très humain finalement et tire un maximum parti du temps particulier de la narration télévisuelle.Ce qui n'exclut malheureusement pas quelques égarements...

L'Apocalyspe calme

Le pilote, de loin le meilleur épisode, pose les jalons de cette apocalypse consommée et vécue au quotidien. Les premières séquences où le héros, Rick Grimes, campé avec talent par Andrew Lincoln traverse un ensemble de zones désertées, jonchées de cadavres et de véhicules à l'abandon offre la vision simple quoique saisissante d'une civilisation tombée en ruines. Le monde semble avoir arrêté de tourner et le parallèle avec les derniers moments de Rick et de son collègue Shane (Jon Bernthal) qui sont évoqués ensuite, accentuent le contraste entre un monde vivant, à la violence humaine (Rick est blessé durant une fusillade) et la vision déshumanisée d'un monde rendue aux morts qui marchent. Cette idée, d'une quotidienneté parmi les zombies n'est certes pas nouvelle, puisque Romero l'a explorée dans Zombie justement, mais il usait d'une narration elliptique, se servait de la vie de tous les jours pour insuffler une portée satirique (le supermarché comme imitation/exagération utopique de la vie) et finalement l'exceptionnel reprenait ses droits avec l'arrivée dans le troisième acte du gang de motards. Il faudrait ajouter que dans leur acception littérale les titres des oeuvres du cinéaste, bien que métaphoriques, pointent une durée précise et délimitée, qu'il s'agisse de la nuit, de l'aube ou du jour. Par exemple, avec Le Jour des morts-vivants on entre dans un monde également soumis à la prolifération des morts, mais sa quotidienneté vole en éclats au profit de l'action et de la fuite, vers un ailleurs idéalement soumis à d'autres règles, offrant un quotidien moins déréglé. The Walking Dea d, à de nombreux moments, et en particulier dans les instants au camp ou ceux partagés avec le père et son fils, donne l'impression que la nuit des morts-vivants s'est éternisée pour devenir, des semaines, voire des mois. Le bref séjour dans une maison où un père survit avec son enfant constitue l'une des meilleures, sinon la meilleure illustration de ce parti-pris. On entrevoit à quel point une situation pareille, acceptée dans sa fatalité pourrait être angoissante. La narration fleuve induite par une série télévisée, quant bien même les saisons se veulent plus courtes que la norme, offre cette particularité qu'on aimerait voir prendre de l'ampleur. Voici sans doute ce qui nous attend dans la suite et la promesse laissée par un final, un poil déceptif. Lequel s'achève sur une fuite, que les héros pressentent comme sans issue. Leur route devrait en toute logique, pour réaliser la promesse induite par la saison initiale, les amener à tenter de reconstruire une vie sous le joug d'une menace permanente.

Un Pilote au-dessus du lot

Hormis cette idée de tirer parti-pris de la durée spécifique à une série télé déclinée sur plusieurs saisons, propice à déboucher à la fois sur un traitement épique, ici entrevu (un monde fini à oublier et reconstruire, l'exode) et une vision quotidienne de la fin du monde, The Walking Dead , devra tenir les promesses de son pilote. Celui-ci, exceptionnel à bien des égards, portait la barre peut-être un peu trop haut pour la suite du show. Bien qu'imparfait, voire même raté, The Mis t confirmait cependant le talent de cinéaste de Frank Darabont, en particulier lors d'un final à la noirceur précieuse en ces temps joliment consensuels. Abandonnant la mise en scène saccadée de son précédent opus, le réalisateur profite de cet épisode fondateur pour revenir à ce qu'il fait sans doute le mieux, à savoir une mise en images classique, et précise. La découverte du premier " walker " (surnoms des zombies), une fillette propose une petite leçon de cinéma dans l'art et la manière d'entretenir le suspense. Le découpage, qui procède par des gros plans sur les pieds des personnages vus sous une voiture, sèment le doute et entretient la tension. Jusqu'au bout on ne sait face à qui se trouve le héros. Quand la jeune mort-vivante se retourne le malaise vient de la manière dont ce visage tuméfié se donne à voir, simplement, sans détour. La mise à mort qui suit, la première de tout le show, est forte, ce d'autant qu'en plaçant dès l'ouverture cet instant toujours tabou que représente la mort d'un enfant à l'écran, le réalisateur annonce clairement son intention de livrer une série qui n'hésiterait pas à abattre la carte de la transgression. Malheureusement on ne peut pas dire que la suite réserve des moments aussi forts, excepté peut-être l'attaque surprise du refuge durant la nuit, à la brutalité réjouissante mettant fin à un quatrième épisode déséquilibré. Celui-ci oscille entre la tentative de quelques membres du refuge de secourir le personnage de Michael Rooker qui s'est auto-amputé à Atlanta, où aura lieu une belle rencontre avec un autre groupe de survivants à la situation tout aussi désespérée que la leur; et la vie dans les bois relativement soporifique. A dire vrai une fois passé le pilote qui délivre une quantité d'idées géniales, telle que cette mère mort-vivante attirée par son ancien foyer dont elle tourne la poignée de la porte (détournement habile du schéma à la Roméro des morts revenant vers leurs lieux de prédilection) ou encore l'enfermement dans le char d'assaut, qui se conclut sur un travelling zénithal vertigineux. La manière dont est traitée le triangle amoureux, mou du genou, sans dramatisation autre que les consciences tourmentées de la femme de Rick et de son collègue, participe de cette stagnation, et la dispute violente du sixième épisode ne débouche en définitive sur aucun réel conflit. Nul ne doute, que comme dans le comic cette partie sera amenée à prendre de l'ampleur et à agir comme élément perturbateur au sein de la communauté. En l'état elle offre juste un antagonisme latent entre les deux hommes, doublé il est vrai d'une description psychologique solide du personnage de Shane qui gagne en épaisseur dramatique. Reste qu'en l'état ce trio illustre bien dans son traitement prudent, voire statique, la stagnation d'une série qui cherche encore ses marques, presque écrasée par les trop lourdes promesses de son premier épisode. Faut-il attribuer à cette progression pataude le licenciement d'une partie de l'équipe de scénaristes ? Peut-être, mais leur départ après le troisième épisode ne change pas grand chose. Il pourrait juste être symptomatique d'une série qui se cherche. Malgré tout on ne lui enlèvera pas ses beaux moments souvent puissants quoique trop délayés et ponctuels. En l'état la première fournée n'offre que des trouées puissantes au sein d'une narration un poil figée, peinant à susciter l'angoisse lancinante et l'effroi brutal des débuts.

Dans la partie suivante nous évoquerons la figure du mort-vivant, la place qu'occupe The Walking Dead dans la représentation de ce mythe ainsi que les notions de communautés au coeur de l'histoire.

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