The Walking Dead, analyse 2eme partie

Nous continuons ici l'analyse de la série à succès d'Amc...

Des Zombies ??

La figure du zombie telle qu'elle se dessine dès le premier épisode de Walking Dead , se situe dans une veine traditionnelle d'un monstre au visage humain entre pitié et terreur. Qu'il s'agisse de ce mort rampant, amputé des deux jambes ou de ce père de famille qui reconnaît sa femme hagarde au milieu de la meute de revenants, ces quelques images incarnent un mort-vivant clairement pathétique. La nuance dans la représentation de la créature, découlera du hiatus entre le groupe et l'individu. D'un côté la horde menaçante (un personnage prévient d'ailleurs le héros que si seuls ils semblent désarmés, en groupe ils sont redoutables), réagissant au moindre bruit prête à dévorer les malheureux se trouvant sur sa route, et de l'autre, des âmes errantes, dont on décèle qu'elles furent humaines il y a plus ou moins longtemps. Cette dualité, que la série exploite intelligemment, quoique sans la pousser à bout à l'instar de Romero dans Le Jour des Morts-vivants par exemple, dégage déjà le zombie de son simple rôle de créature d'épouvante. Ce qui n'empêche nullement quelques trouvailles pour accentuer leur pouvoir d'effroi, comme l'idée que le son les attire, à commencer par celui des armes à feu. Une bonne manière de créer du suspense (les protagonistes doivent se montrer silencieux) et déjouer le programme tant de fois resservi de l'abattage de zombies à grands coups de joyeuses rafales de plomb. La masse des revenants, telle que Darabont, puis ses successeurs la mette en scène, évoque une présence continuelle de la mort, une puissante image de l'apocalypse, omniprésente. Rompant la plupart du temps, avec les nouveaux standards dans le traitement de l'agressivité des zombies, qui tablent sur un découpage nerveux au service de la vélocité des assaillants (avec le risque de l'illisibilité à la 28 semaines plus tard ), les réalisateurs offrent des apparitions plus calmes qui reviennent à l'inexorable créature avançant sur sa victime comme dans les opus de Georges Romero. A dire vrai, pour la poignée de survivants qui se débattent dans ce monde à l'abandon, l'omniprésence des rôdeurs, rend la fuite absurde, sans issue, et surtout les monstres leur tendent un miroir de leur devenir, tout autant que de leur être. Des morts en sursis qui occupent un territoire désert. L'excellente idée d'un des épisodes, qui veut que des humains doivent s'imbiber des viscères d'un mort-vivant afin de s'échapper parmi les autres zombies, au-delà de la belle trouvaille de scénario, donne à voir cette frontière bien mince entre les deux camps.

Et Des hommes ??

Le groupe d'humains apparaît beaucoup moins homogène que le groupe composé par leurs assaillants. L'enjeu d'un pareil récit est souvent multiple. Délivrer une fable sur l'homme dans une situation désespérée. Signer une réflexion critique politique telle telle que l'a initiée Romero avec Zombie . Le tableau de la société, peint peu à peu dans cette première saison, est bien entendu contrasté, de sorte à générer des conflits susceptibles de permettre au scénario d'avancer, voire de gagner en ampleur. Le triangle amoureux, placé sous le signe de la culpabilité, manque de profondeur, tournant vite en rond, ne débouchant comme on l'a dit précédemment sur une aucune situation réellement intéressante ou forte. Malgré tout il témoigne du dysfonctionnement de ce groupe. Lequel évoque au travers des dissensions qui le minent, qu'elles soient raciales (le personnage de Michael Rooker et de son frère, deux fieffés racistes) ou individuels, avec ces conflits sur la marche à suivre. On peut voir dans cette équipe la difficulté à reconstruire un monde qu'ils ne dirigent plus. Des rapports tendus entre les hommes découleront justement les situations les plus périlleuses, à l'instar de cette rencontre avec un autre groupe de survivants en charge de personnes âgées délaissées durant l'évacuation de la ville. Une micro organisation qui pour continuer à vivre doit adopter un comportement violent, cachant la nature généreuse de ceux qui l'animent. Désorientés les êtres humains réapprennent la vie en fixant au jour le jour leur règle. La structure de la série basée sur le nomadisme, comme le rappelle le dernier épisode illustre cette idée, via une fuite incertaine mais qui semble sur le moment le seul espoir de survie. Ce mouvement vers l'avant, et surtout vers l'inconnu paraît présider au système narratif. Ce qui permet de renouveler la série en faisant de la ville visitée par les héros, le moteur à une imagerie nouvelle porteuse d'enjeux scénaristiques nouveaux. Du moins dans l'idéal, dans les faits, jusqu'au cinquième épisode la série peine à exploiter cette possibilité, cherchant encore ses marques. Sur la scène de ce théâtre apocalyptique, se dessinent, à mesure que les héros avancent, de nouvelles données. Les vieilles tendances humaines à l'intolérance refont surface (découverte de Merle et son frère deux racistes patentés), la science n'apporte plus aucune solution (les deux épisodes avec le scientifique) et les amitiés se dissipent. ?

La Narration

Cette fuite en avant, à l'issue incertaine préside à la narration de la série. Chaque endroit visité par le groupe, permet de prendre la mesure de la situation. Le camp militaire laissé à l'abandon, complètement sinistré en est un bon exemple ou l'arrivée à Atlanta qui apporte aux dernières minutes du pilote une ampleur réjouissante. Cette structure sur laquelle reposait déjà la bande dessinée, offre de nombreuses possibilités de thèmes, d'atmosphères pour renouveler la série. L'impuissance de la science tout comme son visage le plus désespérément humain sont ainsi abordés dans les deux derniers épisodes où la tension émane à nouveau des rapports entre les individus plus que de la menace incarnée par les morts-vivants. On peut juste espérer que la prochaine saison délivrera davantage de rencontres surprenantes et exploitera plus le climat désespéré instauré dans les deux premiers épisodes. Corolaire à cette vie sédentaire forcée, l'autre axe narratif de la série repose sur les personnages, déracinés au sein de leur propre pays et qui auront pour but de retrouver une place dans dans ce monde soumis à une menace perpétuelle. A nouveau cet arc n'est pas pleinement investi par cette première saison, qui pose cependant plusieurs jalons, propices à d'intéressants noeuds dramatiques. On se doute que le triangle amoureux entre Rick, Shane et Lori jouera sans doute un rôle dans le sort du groupe, ce d'autant plus que depuis le début le premier incarne la stabilité et la justice, l'image parfaite du shérif, monture à l'appui. Les drames personnels, notamment celui vécu par le personnage incarné par Lori Holden devraient servir d'obstacle sur le chemin des héros. Par ailleurs, un peu comme Lost le fit, le passé des différents actants occupera une place importante dans la suite des événements, en tant que moteur de leurs motivations présentes et dans leur évolution. Malgré tout, vu le relatif statisme de cette première saison, difficile de pronostiquer sur le sort de la création d'AMC, qui recèle plus de possibles, que de faits accomplis. Espérons simplement que le meilleur reste à venir.

Et pour ceux qui auraient envie de découvrir les secrets de fabrication de quelques unes des images mémorables qui ponctuent cette saison initiale, voici un lien vers une vidéo riche d'enseignements .

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