La psychologie du tennis

La naissance du tennis, l'évolution des règles, ses divers avantages pour les enfants et la manière dont Freud s'en est servi pour analyser ses patients.
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Le tennis naît en février 1874 grâce au Major Wingfield, qui le fait breveter à la Chambre des métiers de Londres sous le nom de Sphairistiké (art de la balle), puis en 1877 sous le nom de Lawn Tennis. Quatre raquettes de paume légères, un filet avec ses piquets et des bandes pour tracer le terrain. Une surface en gazon est indispensable pour installer le terrain à l’époque en forme de sablier. En 1877, le terrain devient rectangulaire. En France, il apparaît d’abord dans les clubs du Havre et de Dinard.

Les règles ont peu changé depuis 1877 avec juste quelques petites modifications :1970 tie-break à 8/8 sauf au dernier set. En 1973, tie-break à 6 jeux partout et en 1989 en Coupe Davis. En 1994, repos de dix minutes à la fin du troisième mais plus en Coupe Davis. En 2000, suppression du repos après le premier jeu. En revanche, repos de deux minutes à la fin de chaque set, même si le jeu est pair. Ce qui a beaucoup changé, en revanche, c’est le matériel. Au début, on joue avec des raquettes en bois, qui disparaissent en 1984. À présent, les raquettes sont très sophistiquées et permettent de taper très fort. Le Musée de Roland Garros montre d’ailleurs bien l’évolution du matériel.

L'apprentissage du tennis chez les enfants

Les enfants peuvent commencer le tennis vers 4, 5 ans avec le mini-tennis. Le materiel est adapté et le terrain aussi. On ne leur montre pas tellement les gestes, ils les font plutôt d’instinct. On leur indique simplement qu’il faut faire une petite boucle, et on leur fait faire des jeux leur permettant de découvrir les gestes par eux-mêmes. Ce sport développe de nombreuses qualités mentales chez les enfants, et il n’est jamais dangereux. La richesse des capacités physiques, motrices et cognitives nécessaire au tennis peut être utilisée pour l’éducation globale de l’enfant. Les actions motrices de plus en plus complexes permettent à l’enfant de maîtriser son corps. Le tennis développe la notion d’espace et de temps, de stratégie, de socialisation, d’évaluation de soi, des autres.

Une bonne leçon de vie pour les enfants

Sport individuel, il oblige à se responsabiliser. Aujourd’hui, on est un peu dans un monde d’assistés et le sport individuel apprend à résoudre les problèmes, à se sortir des difficultés seul. Il apprend également à respecter des règles, à savoir le respect de l’adversaire, et du matériel. L’arbitre est là aussi pour imposer certaines règles. Et puis la notion d’adaptabilité est très importante (soleil, pluie, jeu de l’adversaire, surface...). La structure du jeu représente donc une forme d’éducation, d’apprentissage de la vie avec la domination de soi, la vie en société, l’apprentissage du contact avec les autres. Stratégiquement, il amène à réfléchir sur soi-même et sur les autres. Il faut se connaître sur le plan physique, psychologique, connaître l’adversaire, ses points forts, faibles, ce qui développe les facultés liées à l’observation et à l’analyse. Autre avantage important: c’est un sport qui se pratique facilement en famille.

Le tennis: une manière de se connaître

Il n’est pas indispensable d’être un athlète d’exception pour réussir. Les qualités techniques, la coordination, l’adresse compensent les faiblesses physiques. On peut donc jouer à tout âge et avoir une marge de progression. Il existe le plaisir de faire de beaux gestes; c’est un jeu amusant où la concentration est importante et permet l’évasion de l’esprit. Il permet aussi un bon défoulement, et c'est un moyen de diminuer le stress quotidien. Le plaisir du contact, et de la discussion autour d’un verre après une partie, n’est pas négligeable non plus... Et puis, c’est un bon moyen de se connaître, de progresser sur soi. Freud, qui a fondé l’Institut de psychanalyse du tennis en 1906, une clinique clandestine consacrée à l’étude de la Tennis-névrose, en était convaincu. Les patients ont droit à leur partie de tennis quotidienne.

Freud et ses rêves

Grâce à l’analyse de ses propres rêveries, Freud découvre que les rêves liés au tennis se rapportent à ses expériences infantiles marquantes. "Je voyais un petit garçon debout dans un couloir de double, tandis que deux spectres vêtus de blanc caracolaient non loin de moi. Je venais à peine de me reconnaître dans cet enfant observant ses parents entrain de jouer au tennis, qu’une terreur m’envahit m’empêchant de franchir la ligne de côté. Lorsque je m’éveillai en sursaut, je sus immédiatement que j’avais fait une découverte prodigieuse.". Il s’aperçoit également que le tennis prend peu à peu la place du sexe dans son usine à rêves personnelle.

Le tennis révélateur de vérités cachées

Il déclare que les vérités du tennis sont omniprésentes, et sont l’essence de l’existence: refoulement des conflits incestueux procédant du jeu au filet, facteurs oedipiens responsables des double-fautes, homosexualité refoulée associée à une faiblesse congénitale du revers. En 1922, un intérêt nécrophile pour l’incinération s’empara de l’Autriche. Beaucoup de mélancoliques du tennis souhaitèrent qu’après leur mort leurs cendres soient dispersées sur les courts. Freud et les autorités mirent un terme à ce phénomène en prétendant que cela créait des bosses et des faux-rebonds.

Freud se consacra entièrement à l’étude des comportements aberrants sur les courts de tennis et écrivit quelques œuvres clandestines: "Quelques perversions sexuelles révélées par le revers à deux mains", "le lob défensif ne vient pas seulement compenser la petitesse du pénis, il en est peut-être aussi la cause". Il considère que le tennis est son divan. Grâce à ce sport, il analyse les frustrations et les traumatismes subis en fonction des diverses raquettes utilisées, du cordage, du poids, de la tension, de la tenue vestimentaire, des partenaires, des sensations sur le court.

Des champions de tennis dans le cabinet de Freud

"Le seul moyen de connaître vraiment ses patients est de jouer avec eux", affirme t-il. Un de ses patients manquait systématiquement sa femme et pénétrait la taie d’oreiller. S’appuyant sur le fait que le filet est toujours plus bas au centre que sur les côtés, il conseilla à son patient de fantasmer sur un filet mal tendu chaque fois qu’il entrait en action. "Non seulement cela vous excitera mais ça améliorera la précision de votre tir." Et ce fut fini. Il déclare aussi que les femmes qui peuvent satisfaire leur envie du pénis grâce à des substituts masturbatoires ont souvent recours au lob.

Il écrit Complément à la théorie du rêve de tennis en 1925: c’est à l’occasion de ce travail qu’il introduit le service-volée. Jusqu’alors, même les champions se contentaient de renvoyer la balle en volée du fond du court. Les 5 ans d’analyse de Bill Tilden firent le lien entre les accidents "sphynctériens" de la petite enfance et l’apparition à l’âge adulte d’une répulsion à courir au filet. La guérison miraculeuse de ce super champion amena au cabinet de Freud une flopée de joueurs de haut niveau. En 1928, Freud déclare qu’on peut atteindre le nirvana avec deux heures de tennis et un bon cigare. Il passe le virus à sa fille, qui devient dépressive car on ne trouve plus de balles de tennis au moment de la Première Guerre mondiale. Il est obligé de jouer des parties imaginaires avec elle…

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