New Deal à La Havane

Face à la crise internationale, l'économie cubaine est en pleine restructuration, mais les principes communistes de l'Etat ne sont pas remis en cause.
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La France et Cuba ont repris, le 1er décembre 2010, une coopération bilatérale, avec la signature, à La Havane, d'une déclaration par Dagoberto Rodriguez, vice-ministre des relations extérieures, et Jean Mendelson, ambassadeur de France.

La France a participé à la 28e Foire internationale de La Havane et accentué sa présence dans la vente d'automobiles, d'équipements pour l'industrie lourde et l'énergie, ainsi que pour la fourniture d'aliments.

Un vaste débat national

Le 1er décembre, s'est aussi ouvert à Cuba un vaste débat, dans les cellules de base du Parti communiste, qui va se poursuivre dans toutes les organisations et les communes du pays.

En avril 2011, un congrès du Parti clôturera ce débat général.

Jusqu'au 28 février 2011, date-butoir du débat, c'est un grand challenge pour cette petite île soumise au blocus américain, car c'est toute sa politique économique et sociale qui est en jeu, dans un contexte de crise internationale.

Toutes les opinions sont appelées à s'exprimer, mais le caractère communiste du système ne pourra pas être remis en cause.

Déjà, le 8 novembre, Raul Castro, qui a succédé à son frère, avait insisté sur l'ouverture de la discussion à toute la population en convoquant le Congrès du Parti.

Un document de 20 pages, publié dans l'organe de presse officiel Granma, a été distribué à 500 000 exemplaires.

Des adaptations du système communiste de l'emploi

De nouvelles mesures économiques sont en préparation.

La Centrale des travailleurs cubains avait annoncé, le 13 septembre, la suppression de 500 000 emplois publics (soit 1/8e du total) et le redéploiement de postes excédentaires vers des secteurs où la main-d'oeuvre est déficitaire et les besoins importants.

On compte actuellement plus de 20% de travailleurs surnuméraires dans le secteur public.

Cuba n'a pas assez de logements, et pourtant, l'organisme d'Etat en charge de la construction dirige 8 000 maçons et 12 000 salariés affectés à la garde des dépôts des entreprises de construction.

Raul Castro avait déclaré : "Nous devons effacer l'image selon laquelle Cuba est le seul pays au monde où l'on peut vivre sans travailler".

Ceux et celles qui verront leur poste supprimé auront trois propositions de reclassement. S'ils les refusent , ils devront trouver un travail par leurs propres moyens, mais verront le maintien de leurs droits sociaux (médecine gratuite par exemple).

L'Etat cubain a beaucoup investi dans le secteur pétrolier, la construction, la biotechnologie, l'industrie pharmaceutique et le tourisme.

L'augmentation des autorisations de travailler à son compte, avec du personnel qui n'appartient pas uniquement à la famille, est également à l'ordre du jour.

Ces autorisations étaient bloquées depuis plusieurs années, ce qui n'empêchait pas les installations illégales et les revenus non déclarés.

La nouvelle Libreta

La "Libreta", carte d'approvisionnement avec des produits subventionnés par l'Etat, ne sera plus universelle.

Elle sera réservée à ceux qui en ont réellement besoin, les conditions de vie ayant changé à Cuba, permettant à beaucoup de subvenir à leurs besoins, avec des salaires suffisants (par exemple dans le tourisme).

La double monnaie

Cuba a deux monnaies : le peso convertible (CUC) instauré en 1995, qui est la monnaie, entre autre, touristique, et le peso cubain ("moneda nacional") de valeur faible. Le dollar américain a vu sa circulation interdite depuis 2004. Il est prévu de supprimer le peso convertible et d'augmenter la valeur du peso cubain, pour n'avoir qu'une seule monnaie.

Depuis 2008, qualité et quantité du travail mises en avant

Toutes ces dispositions nouvelles s'ajoutent aux mesures prises dès 2008, comme l'augmentation de salaires dans l'Education, l'introduction de la rémunération selon la qualité et la quantité de travail, la possibilité d'exercer deux emplois, les emplois étudiants autorisés.

Exit l'URSS

Les dirigeants cubains se préoccupent fortement de l'avenir de l'île, car le système mis en place souffre.

L'économie cubaine actuelle est encore, dans des secteurs importants, l'héritière de l'ex URSS, avec sa planification, son hypercentralisation. Ce modèle a vécu.

Les dirigeants sont conscients des dysfonctionnements et des absurdités du système.

50 % de la surface agricole n'est pas cultivée (le pays importe ainsi les 4/5èmes de sa consommation).

Un tiers de la récolte est perdu par absence de coordination entre les coopératives agricoles, les entreprises qui conditionnent, les transports. Les salons de coiffure sont propriété de l'Etat.

Le personnel politique est convaincu qu'il faut d'abord produire, améliorer la production, car, sinon, il n'y a rien à redistribuer. Tout l'enjeu du débat national est là. Question de survie...

Note :

informations officielles

www.granma.cubaweb.cu

www.cubadebate.cu

www.cubagob.cu

www.bohemia.cu

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