Real Madrid - Barcelone : 0-2, le triomphe du jeu

Gangrénée par de nombreuses fautes, cette âpre demi-finale a logiquement accouché d'une victoire blaugrana, acquise grâce à des fondamentaux respectés.

S'il faut se satisfaire de quelque chose ce soir, c'est bien de la victoire du Barça. Loin d'avoir été un match inoubliable, cette demi-finale a sans doute pris un tournant avec l'expulsion stupide (à défaut d'un mot plus fort) de Pepe (61e). Celui qui avait été le grand artisan du succès madrilène en Coupe du Roi (1-0) s'est montré navrant d'agressivité superflue.

Une fois encore, le Real Madrid n'a pas terminé la rencontre à 11. Ce soir, le club aux 9 Ligues des Champions (ou équivalent) aurait même dû finir à 9, consécutivement à la claque d'Adebayor (qui ne fait décidément pas partie de la caste des gentlemen). L'attitude de Sergio Ramos, elle aussi, fut insultante pour le football et ses supporters.

Madrid, comme prévu

Cruyff et Di Stefano, respectivement apôtres des Blaugranas et des Merengues, avaient tiré dans le même sens en critiquant Mourinho et sa façon de jouer (contre le Barça, précisons). Trop rugueuse, pas assez léchée, abusivement défensive. Quand on a vu les deux bonhommes évoluer sur un terrain et les équipes dans lesquelles ils ont œuvré, on peut en effet les comprendre.

Comme les Pays-Bas face à l'Espagne lors de la finale du dernier Mondial, les troupes du président Florentino Perez ont donc, malgré leurs noms ronflants, décidé de jouer l'intimidation face à la plus belle équipe du monde. Un pari risqué, mais la claque du mois de novembre (0-5, au Camp Nou) était encore dans les mémoires. La victoire à l'arraché du 21 avril également. Et puis, comme l'a dit Mourinho à plusieurs reprises, l'important n'est-il pas de l'emporter, quels que soient les moyens déployés?

Un Lionel Messi sidérant

Le résultat? Une leçon de football donnée au pragmatique coach lusitanien. Car même amputé de certains joueurs (Iniesta, Abidal...), même en phase de doute, le Barça reste le Barça. Et comme un signe, c'est le meilleur joueur du monde qui a terrassé le monstre madrilène. Sacré Messi ; un but réaliste, suite à un service précis d'Afellay (76e, avec un Marcelo incroyablement lent sur ce débordement) et un second qui ne doit rien à personne (87e minute). Sa percée laisse pantois trois défenseurs du Real. Peut-être pas Maradona, mais on s'en approche!

Ailleurs, sur la planète Barcelone, Xavi a également livré un match impressionnant. Comme souvent avec cette fabuleuse machine, difficile d'extraire d'autres individualités. Keita a peut-être été un tantinet inférieur, gêné par une technique limitée. Le reste oscille entre bon, très bon et excellent. A noter que Valdès s'est montré précieux en première mi-temps, en détournant une frappe flottante de Ronaldo (de façon peu académique, il est vrai), suivie d'une banderille d'Özil (45e+1).

Côté Real, Lassana Diarra est sorti du lot, récupérant un nombre conséquent de ballons et enrayant le mécanisme barcelonais, surtout avant l'entracte. Ronaldo fut trop peu épaulé et Di Maria s'est perdu dans la masse bleue et grenat. Casillas a fait office de mur sur ce tir dans la surface de Xavi (25e) et sur la frappe de Villa (68e). Il n'est cependant pas exempt de tout reproche sur les deux réalisations (but entre les jambes sur le premier et sortie un brin tardive pour le deuxième).

La culture du beau jeu

Au final, alors que ses joueurs auraient pu lui permettre de mettre en place un système de jeu plus reluisant, le Real a fait insulte à son histoire. Cette demi-finale, rendez-vous planétaire, a été bâclée. La tradition offensive: bafouée. Sans faire une rencontre exceptionnelle, le Barça s'est pratiquement qualifié pour la finale (sûrement face à Manchester United d'ailleurs, pour un remake de la session 2008-2009). Les hommes de Guardiola ont simplement fait honneur à leur culture, à cette philosophie de jeu insufflée dès l'âge le plus tendre à La Masìa.

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