Controverse autour des voyages de la Dame à l'hermine.

Les déplacements trop fréquents du chef-d'œuvre de Leonard de Vinci suscitent une grande controverse dans les milieux artistiques.

La Dame à l'hermine (appelée également parfois Dame à la belette, puisque l'identité de l'animal n'est pas sûre) est un chef d'œuvre de Léonard de Vinci datant entre 1483 et 1490 et l'un des quatre portraits de femmes réalisés par celui-ci. Ceci signifie qu'elle est de près de 20 ans plus ancienne que Mona Lisa. Le tableau, huile sur bois de 54.7 cm par 40.3 cm, se trouve au Musée Czartoryski à Cracovie, en Pologne.

Cecilia Gallerani et son histoire.

Le tableau représente Cecilia Gallerani (née en 1473), la jeune maîtresse de Ludovic Sforza, duc de Milan, qui commanda le tableau auprès de Léonard de Vinci. Cecilia est alors enceinte du fils naturel de Sforza, César, ce qui est judicieusement masqué par l'animal qu'elle tient dans ses bras. Le duc étant sur le point de conclure le mariage avec Béatrice d'Este, le maître ne peut pas représenter les amants ensemble. L'une des théories stipule cependant que l'hermine symbolise précisément Ludovic Sforza dans les bras de la jeune fille, ce dernier étant chevalier de l'Ordre de l'hermine (appelé de ce fait "il Ermellino").

Peu après son mariage, le duc met fin à la relation avec Cecilia et l'installe dans l'un de ses châteaux. Elle finit par épouser le comte Bergamini dont elle aura quatre autres enfants.

Ayant reçu une éducation très soignée et parlant couramment le latin et le grec, elle s'est fait connaître comme une mécène d'art et poète, avant mourir en 1536.

Les pérégrinations européennes de la Dame à l'hermine.

Le tableau, achevé en 1490, a connu - comme beaucoup d'œuvres - une histoire tumultueuse. Ce que l'on sait précisément sur son histoire, c'est qu'en 1798 il a été acquis par le comte Adam Jerzy Czartoryski qui en a fait ensuite cadeau à sa mère Izabela Czartoryska pour sa collection d'art. Il est d'abord présenté à la Maison Gothique dans le domaine des Czartoryski à Pulawy, en Pologne. Après l'échec de l'Insurrection de Novembre en 1830, le tableau part pour Paris pour passer plus de 40 ans à l'Hôtel Lambert, propriété des Czartoryski et cœur de l'émigration politique polonaise. Vers 1880 l'œuvre retourne en Pologne pour être exposée dans le fraîchement ouvert Musée Czartoryski de Cracovie. De 1914 à 1920 le tableau est déposé à Dresde. Ce n'est pas son dernier séjour en Allemagne puisqu'en 1939 les Nazis l'envoient à Berlin. En 1940 c'est Hans Frank, le gouverneur général de la Pologne, ayant fait du château royal de Cracovie sa résidence, qui fait venir le tableau pour en décorer son bureau. La Dame finit la guerre dans la maison de Frank en Bavière où elle sera découverte par les Alliés. Définitivement rapatriée en 1946, elle est depuis exposée au Musée Czartoryski.

La conservation du tableau.

Bien que le tableau soit bien conservé, comparé aux autres œuvres de de Vinci, les conservateurs s'accordent pour dire que des voyages trop fréquents sont à éviter. Cependant la Dame à l'hermine voyage souvent depuis quelque temps: avant 2002 elle a été aux Etats-Unis et au Japon, suite à quoi elle s'est "reposée" pendants 7 ans au Musée, en 2010 elle a été prêtée au musée de Budapest pour une exposition temporaire, ensuite, pendant les travaux de rénovation du Musée Czartoryski, elle a du être placée au château royal de Varsovie et actuellement la Fondation Czartoryski annonce son souhait de la prêter en 2011 au musée de Berlin pour une exposition sur les chefs d'œuvre de la Renaissance, puis à la National Gallery de Londres pour une exposition consacrée à Léonard de Vinci.

Le conservateur national ainsi que le Musée National de Pologne, qui est le dépositaire de l'œuvre ainsi que de toute la collection Czartoryski, sont opposés à cette idée et ne veulent pas être tenus responsables d'éventuelles détériorations du tableau. D'après le conservateur, le moindre déplacement, la moindre secousse, un atterrissage d'avion un peu violent peuvent s'avérer fatals. D'ici quelques jours nous devrions connaître la décision définitive du Conseil des conservateurs quant aux déplacements de l'illustre Dame.

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