Disparition de Lucio Dalla, musicien et poète

Considéré comme un "mythe" par les Italiens, il a été enterré le jour de son anniversaire

Difficile pour les Français d'imaginer ce que représentait Lucio Dalla pour les Italiens. Un "mythe", à en croire les journaux transalpins qui lui rendent hommage depuis son décès à Montreux en Suisse le 1er mars dernier, à quelques jours seulement de son 69e anniversaire, jour où il a été finalement enterré, escorté à sa sortie de l'église de Bologne , sa ville natale, par une foule estimée à 50 000 admirateurs. Même le président de la République, Giorgio Napoletano, s'était fendu d'un communiqué saluant " un artiste aimé par tant d'Italiens appartenant à différentes générations ".

Une notoriété comparable à celle de Nougaro

En France, où l'on pourrait éventuellement comparer sa notoriété à celle d'un Nougaro, il reste, bien que peu le sachent, l'inoubliable créateur de la chanson Caruso (1986), en hommage au grand Enrico Caruso. Cette chanson a fait le tour du monde, grâce notamment à sa reprise par Luciano Pavarotti (pour laquelle elle avait été écrite, en fait), qui a fait oublié son auteur. Il est vrai que ce n'était pas la chanson dont Dalla était le plus fier. Trop commerciale (9 millions d'exemplaires vendus).

Dalla était avant tout un grand musicien, clarinettiste et pianiste, mais aussi un poète, depuis qu'il avait choisi d'écrire seul le texte de ses chansons et de se passer du travail du poète bolognais Roberto Roversi, pour s'apercevoir qu'il avait lui aussi le don de toucher avec les mots et pas seulement avec la musique. Né le 4 mars 1943, Dalla perd son père très jeune et est élevé par sa mère (à qui il voua une véritable admiration, celle-ci figure d'ailleurs sur l'album Cambio ). Il commence à jouer de la clarinette dans un groupe de jazz, le Reno Jazz Gang, mais c'est avec le groupe I Flipper qu'il fait ses débuts sur scène à Turin. Repéré par le directeur de la maison de disques RCA, il commence une carrière solo. Il sort un premier 45trs à 21 ans puis crée son propre groupe, Gli Idoli, avec lequel il sortira l'album 1999 . En 1971, il participe au festival de San Remo et présente pour la première fois sa chanson 4/3/43 – allusion à sa propre date de naissance – , dans laquelle il raconte en quelques mots l'enfance d'un garçon élevé par sa mère (" E ancora adesso che gioco a carte e bevo vino, per la gente del porto mi chiamo Gesu' bambino " : et encore aujourd'hui alors que je joue aux cartes et que je bois du vin, pour les gens du port je suis toujours l'Enfant Jésus...).

Un véritable touche-à-tout

En 1979, il sort un nouvel album, intitulé en toute simplicité Lucio Dalla , devient très populaire et commence une fructueuse collaboration avec Francesco De Gregori, notamment durant la tournée Banana Republic. Par la suite, il sortira des albums avec beaucoup de régularité : Viaggi Organizzati (1984), Dallamericaruso (1986) avec la fameuse chanson Caruso , mais aussi Balla Balla Ballerino , Futura , Stella di Mare , L'Anno che verrà et la très poétique Anna e Marco . On retrouve les sujets de prédilection de Dalla: la mer, le mal-être des adolescents, l'amour et l'amitié. Son dernier album, Work in Progress , a été écrit avec la complicité de De Gregori.

Touche-à-tout, Dalla avait aussi dirigé un orchestre philarmonique pour la Rai (télévision italienne), écrit de nombreuses musiques de films, créé des programme pour la télévision et ouvert une galerie d'art à Bologne...

Il chantait : " Se io fossi un angelo , (...) parlerei con Dio, gli ubbidirei amandolo a modo mio, gli parlerei a modo mio e gli direi: "Cosa vuoi tu da me tu? " (Si j'étais un Ange, je parlerais avec Dieu, je lui obéirais à ma façon, je l'aimerais à ma façon, je lui dirais : "Que veux-tu de moi ?")

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