Présidentielles 2012 : vers une nouvelle cohabitation ?

Le scénario n'a rien de fantaisiste, mais les candidats ne veulent même pas y penser...
16 Déc

La France depuis l'adoption de la Constitution de 1959 a connu trois périodes de cohabitation, c'est-à-dire de coexistence d'un chef de l'État élu au suffrage universel sur un programme politique et d'un Premier ministre s'appuyant sur une majorité parlementaire élue pour soutenir une politique opposée. Le pouvoir exécutif, exercé par le président de la République et un Premier ministre dirigeant l'action du gouvernement, est alors assuré par deux adversaires politiques, tous deux choisis démocratiquement, mais à des moments différents, par le corps électoral.

Bien qu'ils aient souhaité une « dyarchie » à la tête de l'État, les auteurs de la Constitution de 1958 n'avaient en aucun cas envisagé ce cas de figure. La question se pose une première fois en 1967 : les résultats attendus des partisans du général de Gaulle aux élections législatives de mars paraissent incertains. Mais le général n'envisage pas que des « élections locales » mettent à mal un mandat issu d'un scrutin national.

La question revient sous le mandat de G. Pompidou, lors des législatives de mars 1973, car la gauche se présente unie sur la base d'un programme de gouvernement. Pompidou refuse de dire quelle serait son attitude en cas de victoire de l'opposition, mais la gauche affirme qu'elle ne remettrait pas en cause son mandat.

Lors des élections législatives de 1978, la question de la cohabitation est au cœur du débat. V. Giscard d'Estaing, dans un discours pré-électoral , déclare que la Constitution n'offre au président de la République aucun moyen de s'opposer au «programme commun» voulu par la gauche en cas de victoire.

Mais ce n'est que vingt-sept ans après l'adoption de la Constitution qu'a lieu la première cohabitation, et c'est un président de gauche – F. Mitterrand – qui désigne un Premier ministre du camp adverse – J.Chirac – à la suite de la victoire de la droite aux élections législatives de 1986 . Le président opte pour la position de défenseur des «avantages acquis» et utilise la cohabitation pour la reconquête du pouvoir. Il est effectivement réélu en 1988. Cependant, en 1993, il est contraint d'accepter une 2nde cohabitation lorsque la droite remporte les législatives, et désigne É. Balladur comme Premier ministre. Cette cohabitation se révèle plus facile que la 1ère, et est surnommée la « cohabitation de velours ». Mitterrand est politiquement affaibli, mais il ira au terme de son mandat.

La 3e cohabitation survient sous le mandat de J. Chirac : après avoir dissous l'Assemblée (la majorité parlementaire qui soutient le gouvernement Juppé est écrasante mais divisée) et assisté à la victoire de la gauche aux législatives, le président nomme L. Jospin le 2 juin 1997 à la tête d'un gouvernement de « gauche plurielle » (socialistes, verts, communistes). Cohabitation « surprise » découlant d'une dissolution surprise, elle n'a pas été préparée. J. Chirac affirme que la Constitution donne la possibilité au président d'avoir toujours le « dernier mot », ce que conteste à mots à peine couverts le Premier ministre. Par la suite, J. Chirac ne manquera pas une occasion de faire connaître ses désaccords , se posant ainsi, comme Mitterrand lors de la 1ère cohabitation, en gardien des intérêts du peuple.

Ces « expériences » ont été vivement critiquées par de nombreux observateurs, qui n'ont vu dans la cohabitation qu'une situation empêchant l'application d'une politique cohérente. En 2000, par référendum, la réforme de la réduction du mandat présidentiel à un quinquennat est adoptée, afin de rendre plus difficile le retour d'une situation de cohabitation.

Pourtant, à quelques mois des présidentielles, la question ressurgit dans le débat : si N. Sarkozy remporte les élections de justesse, et si les électeurs envoient à l'Assemblée une majorité d'opposition – en temps de crise, beaucoup rêvent d'une «union nationale», et il faut aussi compter sur les querelles internes du P.S. –, le président devra se résoudre à choisir comme partenaire... son adversaire.

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