Sauver la musique grâce au vinyle: une illusion ?

Face à Hadopi, le vinyle est-il une échappatoire à la crise de la musique enregistrée?
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En 1887, grâce aux travaux de Thomas Edison sur le phonographe, Emile Berliner parvient à reproduire un contenu musical (Tchaïkovski) sur un 78 tours en zinc recouvert de cire, et à l'écouter en le passant sur son gramophone. La production musicale s'annonçait onéreuse et restrictive: jusque dans les années 50 l'écoute de la musique à domicile passe par la radio – seuls les élites sociales peuvent se permettre l'achat d'un phonographe. Inventé en 1948 aux États-Unis, le 33 tours connait son moment de gloire dans les années 60.

En 2009, un internaute français sur six âgé de 16 à 34 ans télécharge régulièrement, et de manière illégale, des contenus musicaux (étude Ipsos/MediaCT). Quelles conséquences sur l'industrie du disque? Entre 2003 et 2008, les ventes de CD ont chuté de moitié, perte non compensée par la relative hausse des ventes de musique dématérialisée, c'est-à-dire numérique (enquête Ipsos/MediaCT, mai 2008).

De nouveaux comportements face au téléchargement

On assiste depuis une dizaine d'années au come-back d'une vieille connaissance; le 33 tours ravive les passions. Support musical ou objet de collection? Empreint d'une aura délicieusement rétro, adaptée à la génération Mad Men naissante, le vinyle «rematérialise» la musique, lui confère une pérennité et une qualité d'écoute disparue avec le CD.

Comme pour confirmer que la musique est avant tout une réelle performance, les grands artistes ont adopté un nouveau comportement. La diminution de la fréquence des concerts rappelle que la musique est une rareté - ce qui justifie l'augmentation du prix des billets, avec le besoin de compenser les pertes dues à la baisse des ventes de CD - et que la banalisation opérée par Internet représente un danger pour le spectacle vivant. Le nouvel enthousiasme pour le vinyle exprime l'intérêt pour cette rareté, ce qui justifie là aussi l'augmentation du prix des albums - en moyenne 20Francs (3€) dans les années 70 contre environ 20€ aujourd'hui.

Mais pour les artistes montants, Internet a la capacité d'offrir une notoriété gratuite et rapide. Il est donc plus facile de convaincre les publicitaires de financer des campagnes de promotion d'albums ou de concerts.

Sauver la musique grâce au vinyle ?

Il suffit de se rendre sur Deezer ou YouTube pour constater que la publicité envahit les plates-formes d'écoute musicale. Progressivement la musique devient un produit joint, un prétexte pour faire passer des messages, ce qui n'est pas sans influences sur la qualité du contenu - certains jeunes artistes en difficulté n'iront-ils pas jusqu'à enregistrer des titres uniquement pour attirer les annonceurs, sans aucune motivation artistique?

Internet permet le téléchargement de titres à l'unité, sans aucune logique autre que celle de la préférence ou de la popularité. L'album, en tant que pièce d'art pensée et organisée par l'artiste, devient fragmenté et dématérialisé. La réflexion esthétique menée sur l'enchainement des chansons ne représente plus rien, ce qui diminue la qualité de l'œuvre. Avec le vinyle, impossible de séparer les pistes ; le contenu musical est indivisible et garde son sens.

Le vinyle est-il pour autant le garant de l'industrie musicale? Il souffre d'un réseau de distribution marginal, et reste contraignant sur des aspects comme la portabilité, le changement de piste, la conservation, la fragilité à l'écoute...

Les solutions face à la «crise»

La musique a aujourd'hui l'occasion de s'exprimer indépendamment de tout support, ce à quoi elle pouvait aspirer de mieux. Il lui reste à trouver un moyen efficace d'encourager la création et de retrouver sa splendeur des années 60, sans tomber dans une nostalgie incompatible avec les bouleversements de la génération Internet.

Certains sites web proposent déjà de télécharger gratuitement des albums en format mp3 après l'achat du 33 tours. D'autre part une décision gouvernementale du 12 janvier 2011 prévoit que les auteurs, compositeurs, artistes perçoivent une partie du prix d'achat de tous les outils de stockage numérique (disques durs, clé USB, smartphones, certaines tablettes). Autant de solutions non répressives qui pourraient mettre un terme à la querelle entre le vieil analogique et l'insolent numérique...

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