Lutte anti-moustiques : les scientifiques se grattent toujours !

Personne n'aime les moustiques et nous cherchons tous à nous en débarrasser. Petit coup d'oeil sur les nouvelles "armes" qu'expérimentent les chercheurs.
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Je pèse environ 2,5 milligrammes, mesure de trois à dix millimètres en moyenne, suis présent dans le monde entier (et quelquefois un vecteur réputé de maladies telles que le paludisme) et vous provoque des boutons accompagnés de terribles démangeaisons. Je suis, je suis... ? Le moustique, bien joué ! Qui ne s'est jamais claqué en constatant la présence d'un de ces suceurs de sang (ou plutôt d'une de ces suceuses de sang...) sur une partie de son corps, aspergé de répulsif anti-moustique à toute heure du jour et, une fois la nuit venue, qui n'a jamais déposé de feuilles de citronnelle près de son lit ? Depuis des années, la guerre est déclarée et tous les moyens sont bons pour éviter de servir de garde-manger. Toutefois, l'évolution étant plus rapide chez les moustiques que chez les humains, les moustiques deviennent de plus en plus robustes. C'est pourquoi les chercheurs proposent de nouvelles solutions ingénieuses ou saugrenues, à vous d'en juger !

Rendre les moustiques incontinents ?

Comme si il ne suffisait pas à Madame Moustique de nous piquer, une fois son repas terminé celle-ci nous fait pipi dessus avant de s'envoler. Pourquoi ? Car après nous avoir pompé le sang, elle est trop lourde pour redécoller ; ainsi, l'insecte urine afin de se débarrasser de l'excès d'eau et de sels contenus dans son repas. Un scientifique américain du nom de David Schooley a découvert que ce phénomène est sous le contrôle d'une hormone qui ne s'active qu'au moment des repas. C'est pourquoi on envisage maintenant de se servir de cette hormone comme répulsif anti-moustique : l'insecte urinerait avant même de se servir en sang, ce qui pourrait entraîner sa déshydratation puis sa mort.

Un vaccin pour les moustiques ?

Dans certaines régions du monde, les moustiques sont vecteurs de maladies graves, voir mortelles. Mais il très coûteux et difficile de vacciner des populations entières contre ces maux tels que le paludisme ou la dengue, c'est pourquoi Scott O'Neill, un biologiste australien, a eu l'idée de vacciner les moustiques. Il a découvert que lorsqu'un moustique était infecté par la bactérie Wolbachia, celui-ci devenait non seulement résistant à la dengue, mais il était en plus incapable de transmettre cette maladie. Qui plus est, cette résistance se retrouve aussi chez les descendants du moustique infecté. Des essais sont en cours sur différentes régions du globe pour vérifier si la vaccination des moustiques a bien un effet sur la transmission ou non de la dengue sur l'homme.

La conquête de l'espace... Pour les moustiques ?

Le Centre National d'Etudes Spatiales (Cnes) se lance lui aussi dans la lutte contre les moustiques avec... Le pistage par satellite ! Ce moyen ne permet pas de repérer les individus eux-même, mais il cerne les endroits où les conditions sont favorables à leur développement. A partir de là, une opération d'éradication peut être lancée sur la zone, évitant ainsi le gaspillage de milliers de tonnes de pesticides. Cette méthode, dite télé-épidémiologique, a déjà été testée quatre fois depuis l'an 2000 et semble prometteuse. Toutefois, nous pouvons nous poser la question des éventuelles effets sur les écosystèmes locaux, eux aussi touchés par les pesticides dans les zones ciblées.

Déclarer la "Mosquito War" ?

Eric Johanson et Nathan Myhrvold sont deux chercheurs qui ont mis au point une arme technologique plutôt inattendue dans cette lutte : le laser anti-moustiques. Il s'agit d'une machine dotée d'une caméra couplée à un logiciel de reconnaissance des moustiques ; ce dernier les différencie des autres insectes grâce à la mesure de la fréquence de leurs battements d'ailes. Lorsque la caméra, installée sur un bras articulé, détecte un moustique, celui-ci est instantanément grillé par un faisceau laser dirigé vers lui. Et comme toutes les zones ne disposent pas d'électricité, le système de la machine fonctionne à l'énergie solaire ! Toutefois, les seuls tests réalisés jusqu'à présent l'ont été en laboratoire.

MGM : Moustiques Génétiquement Modifiés ?

Enfin, de nombreux chercheurs penchent pour une toute autre solution : la modification génétique. Le procédé consisterait à modifier des gènes ou à en introduire de nouveaux chez les moustiques pour les rendre moins virulents, les empêcher de voler, modifier leur préférence pour l'homme vers les animaux ou encore les rendre naturellement résistants à certains agents infectieux. Ainsi Didier Fontenille, un spécialiste des moustiques, a réussi à « créer » un moustique OGM porteur d'un gène qui fait que tous les descendants de ce moustique mourront avant d'atteindre l'âge adulte. Le premier test a permis de diminuer de 80% la population de moustiques sur les îles Caïmans.

Malgré toutes les (bonnes ?) idées qui germent dans la tête des scientifiques du monde entier et dans leurs laboratoires, 3523 espèces de moustiques sont à ce jour répertoriées (mais toutes ne piquent pas) et 225 millions de personnes étaient atteintes du paludisme en 2009 (cette maladie est principalement transmise par les moustiques). Cependant qu'ils soient dangereux ou simplement à l'origine de démangeaisons désagréables, faut-il pour autant éradiquer les moustiques de la surface de la Terre ? L'idée en elle-même serait-elle réalisable ? Quoiqu'il en soit, et pour de nombreuses années encore, la citronnelle reste sûrement notre meilleure alliée.

Sources et liens :

Magazine "Ca m'intéresse" - Juillet 2011

Site "science et avenir" pour en savoir plus sur la vaccination des moustiques

Blog "Le Monde" pour en savoir plus sur le laser anti-moustiques (avec une vidéo)

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