Ligue des Champions : Madrid 0 Messi 2

Au terme d'une rencontre de moyenne facture, le FC Barcelone a remporté la bataille des deux grands d'Espagne.
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Il y a des matchs qui promettent beaucoup mais qui n'offrent que très peu au final. Ce fut le cas mercredi soir. Toutefois, les grandes rencontres sont l'apanage des grands joueurs et l'Argentin Lionel Messi en est le plus grand exemple. Grâce à lui, cette sombre guerre de rue que nous avons vue ce soir s'est transformée en un show magique.

Une bataille psychologique

Peu avant la rencontre, les deux entraîneurs se sont livrés à une guerre des nerfs par médias interposés. Mourinho, fidèle à lui-même, presque arrogant et fort de sa victoire en Coupe du Roi, a tenté de déstabiliser les Catalans. Guardiola, calme, a confirmé les grandes capacités de communication du Portugais et lui a donné rendez-vous sur le terrain. Suite aux deux premiers matchs en Liga et en Coupe, on pouvait s'attendre à une rencontre hachée, Mourinho n'ayant trouvé d'autres solutions que d'organiser des attentats en règle contre les dribbleurs barcelonais.

Un Real qui déjoue

Un Real violent et retranché dans sa moitié de terrain, cela ne plaît pas aux grands noms du club qui en ont fait l'histoire, comme l'Espagnol Alfredo Di Stefano, qui l'a bien fait savoir aux dirigeants madrilènes et à la presse. De longs ballons vers l'avant, peu de un contre un tentés mais toujours une énorme agressivité, cela caractérise effectivement peu une équipe composée de joueurs réputés si techniques.

Les Madrilènes, forts d'un physique plus imposant que les Barcelonais, ont tenté, ce soir, de canaliser les tentatives d'offensives de leurs adversaires en se resserrant sur chaque possesseur de ballon adverse. C'est ainsi que Messi a navigué sur le front de l'attaque, décrochant très souvent de son rôle d'attaquant pour se transformer en ailier droit, laissant la création à Xavi, très à son aise dans ce rôle.

José Mourinho n'avait sûrement pas imaginé pareil scénario et cette position originale du génie argentin a bien gêné sa défense, poussant très souvent celle-ci à la faute.

Des Madrilènes pris au piège

Les Catalans ont rapidement compris la tactique du Real et ont redoublé de passes courtes et de gestes techniques afin d'énerver un peu plus leurs adversaires. Sergio Ramos, le premier, fut averti pour une faute grossière qui le privera du match retour. Pepe, anti-joueur par excellence, beaucoup trop agressif comme en témoignent ses coups de sangs répétés en Liga, va s'essuyer les crampons sur la cheville de Dani Alves. Le défenseur portugais obtient là son carton rouge tant mérité.

Diarra, au milieu lui aussi, a trop souvent cumulé les fautes sans jamais peser réellement sur le jeu. Xabi Alonso a beaucoup tenté mais en vain, cédant lui aussi à l'énervement en fin de match. L'animation offensive du soir devait être organisée par Di Maria et Ronaldo. Le premier fut à l'origine de bonnes séquences de jeu ternies par de tristes simulations et d'éternelles provocations. Le second eut une belle occasion de marquer mais fut magnifiquement contenu par un Puyol extrêmement motivé. Ses rares opportunités furent sur coups de pied arrêtés mais aucune n'inquiéta le portier catalan.

Un Barça des grands soirs

Au contraire de son homologue madrilène, le FC Barcelone n'a pas déjoué, tentant toujours et encore. Ce jeu fait de passes courtes et de gestes techniques a continué de faire des merveilles ce soir, reléguant les joueurs du Real au statut de spectateurs.

Sans Andrés Iniesta, blessé, le Barça s'est présenté avec Xavi en milieu relayeur et organisateur du jeu, Messi décalé sur l'aile droite et Villa intercalé entre l'aile gauche et la pointe de l'attaque.

Sans réel et pur attaquant de pointe, les Catalans ont surpris les Merengue qui s'attendaient visiblement à une grosse opposition au centre de leur surface, comme lors des deux dernières rencontres.

David Villa, trop peu efficace lors de ses dernières sorties, semble avoir trouvé une nouvelle envie grâce à son nouveau poste, moins exposé à la pression. Ses dribbles, ses débordements et ses frappes subites ont bien souvent failli faire la différence plus tôt dans le match. Au milieu du terrain, c'est à Seydou Keita qu'incombait la lourde tâche de remplacer Iniesta. Celui-ci n'a jamais tremblé et a distillé de très bons ballons à ses ailiers, dont Dani Alves, omniprésent dans tous les bons coups offensifs et à l'origine de l'expulsion de Pepe.

La gestion du jeu fut confiée à Xavi, toujours aussi exceptionnel avec un taux de déchets quasi nul. Le Barcelonais, fort d'un sens tactique et d'une aisance technique rare, a toujours su orienter le jeu dans le bon sens. Assisté d'un très bon Busquets, qui n'était pourtant pas à son aise lors des deux derniers matchs, Xavi a une nouvelle fois démontré qu'il était un pilier essentiel au jeu de son équipe. Pedro a quant à lui largement pesé sur la défense adverse par ses débordements et sa vitesse.

En défense Piqué s'est montré impérial et en confiance, tandis que Puyol, de retour de blessure, a su apporté cette âme de gagneur qui manquait tant au club ces dernières semaines.

Messi, au-dessus du stade

Comme bien souvent, la décision est venue du prodige tant choyé par ses socios. Leo Messi a une nouvelle fois fait parlé la poudre et a rendu fou le stade Santiago-Bernabeu par des gestes venus d'ailleurs. L'Argentin a su modifier son poste pour se retrouver sur l'aile, comme la saison dernière. Sa position de gêneur a obligé les Madrilènes à veiller sur lui durant toute la première mi-temps, offrant le champ libre à Villa de l'autre côté tout en ouvrant de nombreux espaces aux passes en profondeur de Xavi. La première période fut celle de l'observation pour les Catalans.

Dès le retour des vestiaires, Messi s'est fait plus entreprenant, visiblement conscient de l'attentisme des joueurs du Real. Le prodige a multiplié les courses croisées, les appels sur tout le front de l'attaque et les dribbles chaloupés pour provoquer des adversaires déjà bien énervés par l'événement. Les fautes sur le joueur se sont multipliées, obligeant le Real a laisser plus d'espaces au meilleur footballeur du monde, par crainte d'une suspension préjudiciable pour le match retour au Camp Nou.

C'est à ce moment que l'Argentin en a profité pour dérouler. Tout d'abord à la réception d'un superbe débordement d'Affelay, fraîchement entré en jeu, Messi trompait Casillas d'une reprise du plat du pied qui passait entre les jambes du portier madrilène.

Quelques minutes plus tard, l'Argentin, seul face à cinq Madrilènes, se lançait dans une série de dribbles exceptionnels conclue par une frappe croisée du pied droit dans le petit filet opposé. Magnifique!

Messi, fervent catholique, pouvait se signer et remercier le ciel. Aussitôt après ce but, Santiago-Bernabeu s'est éteint et la planète football a applaudi celui qu'Arsène Wenger considère comme le meilleur joueur de tous les temps.

Mourinho, dans les tribunes suite à son exclusion, rit jaune et retourne bien vite au vestiaire après le coup de sifflet final.

Ce soir c'est le jeu qui a triomphé au détriment de l'anti. Lionel Messi et son club ont fortement marqué les esprits avant un match retour à Barcelone qui s'annonce tendu et très ouvert pour les Catalans, qui auront certainement de nombreux espaces pour attaquer. Souhaitons que le football triomphe une nouvelle fois.

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