Robert Doisneau: le regard du siècle

Retour sur la vie du plus célèbre des photographes humanistes.
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Robert Doisneau est né à Gentilly,dans le Val de Marne, le 14 Avril 1912. Issu d'une famille aisée, il se dirige, dès 1925, vers des études de lithographe. En 1929, il sortira diplômé de son cursus et intégrera quelques mois plus tard l'atelier Ullmann en tant que dessinateur de lettres puis entamera une formation de photographe publicitaire dans le milieu pharmaceutique.

En 1931, Doisneau devient l'opérateur attitré d'André Vigneau, photographe, peintre, sculpteur, avec qui il apprendra les rudiments du métier de photographe social.

Les premiers pas dans le monde de l'image:

C'est en 1932 que Robert Doisneau vendra son premier reportage photographique au journal l' Excelsior crée en 1910 par le journaliste Pierre Lafitte. Cette revue fut à l'époque pionnière en matière de photojournalisme et cette première expérience significative dans la carrière de Doisneau aura sans nul doute un impact très important dans sa vision de la photographie.

En 1934, Doisneau, âgé d'une vingtaine d'années accepte une proposition de photographe industriel pour les entreprises Renault , à Billancourt.

Durant ses cinq années de service pour la marque automobile, le jeune photographe enchaînera les retards, préférant stopper ses trajets professionnels sur le bord des routes pour photographier la "vraie" vie, au lieu de se rendre au travail. Il sera licencié en 1939.

Cette même année, Robert Doisneau devient photographe illustrateur indépendant suite à sa rencontre avec Charles Rado, le fondateur de l'agence Rapho .

L'intérêt pour la photographie humaniste:

La seconde Guerre mondiale bousculera quelques peu les plans de carrière du photographe parisien. Toutefois une rencontre en 1942 avec Maximilien Vox, plus connu sous le nom de Theodore Monod, lui permettra de réaliser de nombreux reportages.

En 1945, il collaborera également avec Pierre Betz, fondateur de la revue Le Point .

Il fera la connaissance, cette année-là à Aix-en-Provence, de Blaise Cendrars, écrivain suisse qui deviendra sujet de plusieurs de ses clichés.

En 1946, Robert Doisneau intègre officiellement l'agence Rapho dirigée dorénavant par Raymond Grosset. Pour elle, le photographe réalisera de nombreux reportages sur Paris, son monde ouvrier et sa province. C'est le début de la notoriété pour Doisneau avec des parutions dans de grandes revues comme Paris Match , Life ou l'hebdomadaire Action .

En 1947, il rencontre le poète, journaliste et écrivain Robert Giraud avec qui il collaborera de longues années sur divers projets. Doisneau publiera une trentaine de recueils photographiques, sur Paris, entre autres, avec des textes signés Blaise Cendrars.

Toujours en 1947, sa rencontre avec Jacques Prévert entraînera plusieurs reportages sur l'écrivain, ainsi qu'une belle amitié.

Il remportera le Prix Kodak cette année là.

En 1949, Robert Doisneau signe un contrat avec le magazine Vogue , avec qui il sera lié jusqu'en 1951 et pour qui il réalisera plusieurs clichés de mode.

En 1956, il sera honoré d'une nouvelle récompense, le Prix Nièpce .

Par la suite, il réalisera de nombreux reportages aux Etats-Unis, au Canada et en URSS.

En 1973, le film " Le Paris de Robert Doisneau " ,de François Porcile, est réalisé, mettant en exergue la vision humaniste du photographe.

En 1983, à l'âge de 71 ans il reçoit le Grand prix national de la photographie et le Prix Balzac , trois années plus tard.

Un regard devenu mythique:

Robert Doisneau s'est très vite intéressé à la condition humaine en France, plus précisément dans son Paris natal. Des clichés de situations, aussi révélatrices qu'émouvantes, que seul le sentiment de compassion peut remarquer, ont fait du photographe humaniste une sorte d'historien de la vie.

Ses réalisations en noir et blanc, d'un couple dansant ou bien d'écoliers assis sagement sur leur pupitre se sont fait connaître du monde entier. Un temps, on a reproché à Doisneau de créer des situations pour mieux les photographier, mais qu'importe, son talent résidait dans l'atmosphère d'une scène et non uniquement dans ses acteurs, diront les plus observateurs. Et c'est bien vrai, tous avons au regard de l'oeuvre de Doisneau ce sentiment de nostalgie d'un temps passé que certains d'entre nous n'ont même pas connu. Cette faculté du photographe à engendrer des sentiments à la vision d'une photographie, à dévoiler une histoire sans la conter, là est bien le talent incontestable que tous pouvons reconnaître à ce grand maître de la photographie argentique qu'il est devenu.

Le cliché le plus connu de Doisneau est sans conteste celui intitulé " Le baiser de l'hôtel de ville ". Celui-ci mettant en scène un homme et une femme s'embrassant langoureusement devant l'hôtel de ville de Paris est connu du monde entier. Cette photographie fut réalisée pour le magazine Life , en 1950, et c'est aujourd'hui devenu le tirage dont les reproductions se sont le plus vendues au monde. De nombreux exemplaires étaient même monnayés "sous le manteau" à la sortie du métro parisien, témoignage de son immense succès.

Cependant ce cliché l'ayant rendu si populaire entraînera sans nul doute la plus grande désillusion de sa vie. Au regard des ventes liées à cette photographie, plusieurs couples diront s'y reconnaître. Doisneau n'osera jamais les contredire, par gentillesse.

Toutefois un procès retentissant aura lieu durant l'ultime année de la vie du photographe. L'actrice jouant la scène du baiser réclamera les bénéfices des ventes devant les tribunaux. Robert Doisneau aura gain de cause mais il est dévasté. Lui, qui a tant usé son regard pour raconter le monde et ses inégalités est profondément atteint par le procès qui, sans aucun doute, engendrera sa mort.

Une crise cardiaque aura raison de Robert Doisneau quelques mois plus tard, le 1er Avril 1994.

Avec Ronis, Izis, Cartier-Bresson ou Brassaï, il a été de ceux qui ont fait de la photographie un art majeur, devenu légendaire.

Ses nombreuses amitiés avec les grands noms du siècle, Prévert, Sartre, Cendrars, ainsi que ses talents à immortaliser ses scènes appartenant aujourd'hui à l'Histoire, font de Doisneau l'un des grands conteurs du siècle passé.

C'est tout le monde artistique qui a pleuré cet artiste de l'image, ayant donné de son mieux pour faire vivre, au travers de ses photographies, le Paris qu'il a tant aimé.

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