Bye Bye Blondie

Encore une fois Virginie Despentes adapte elle-même son roman.

Virginie Despentes n'est pas cinéaste, elle l'a prouvé avec son précédent " baise-moi". Une histoire de femme déjà, et de violence absolue version sex, drug et RMI, qui avait néanmoins réussi à s'imposer, notamment par la censure. Elle n'est pas scénariste non-plus, car dans ce nouvel opus les grosses incongruités du récit ôtent toute vraisemblance à l'histoire qui se déroule sous nos yeux. Alors, qu'elle est son modus operandi pour que nous nous laissions berner sans trop y croire, ce qui est en soi un exploit.

Syd and Nancy

A Nancy, Gloria (Béatrice Dalle) la quarantaine sur le déclin et border-line assumée vient de se faire lourder. Elle trouve refuge auprès de ses amis, dans un bar associatif où elle semble avoir ses habitudes. L'ambiance est sympathique, chatoyante, à l'image des personnages pittoresques, un peu " almodovararesques " sur les bords. Les dialogues sonnent bien malgré ce petit air " à côté de la plaque", qui fait le charme Despentes, doublé de la dégaine pataude de Béatrice Dalle. Et puis déboule comme par enchantement, Frances (Emmanuelle Béart), star d'un talk-show culturel pour la télévision. Et hop là, en un tour de main elle emballe Gloria (qui est pourtant du genre pitbull), et la ramène avec elle dans son luxueux appartement parisien qu'elle partage avec un mari de façade, un ami homosexuel comme elle (Pascal Grégory excellent comme toujours). D'emblée, autant de clichés dans une mise en scène comique (on flirte quand même parfois avec "la cage aux folles"), nous laisse penser que les intentions politico-sociales restent la préoccupation principale de l'auteur.

La romance des deux femmes rencontrées à l'adolescence en HP est crédible, lorsqu'elle est racontée en flash-back et interprétée par les deux excellentes Soko et Clara Ponsot (déjà remarquée dans Les infidèles ). Elles s'aiment d'un amour vache, à coup de docks Martens et de Béruriers noirs . Ça claque, ça clash et ça fonctionne bien. Les retrouvailles quant à elles, manquent un peu de verve quand les échanges physiques semblent complètement artificiels. Il n'y a pas vraiment d'alchimie entre les actrices, visiblement pas très à l'aise dans le registre (malgré un potentiel évident). Par conséquent, pas de sentiments palpables entre les personnages.

Victor Victoria

L'envie de raconter une histoire d'amour lesbienne supplante le récit initial qui était celui " d'un premier amour " (rompu in extremis par un Bye Bye Blondie ), toujours vibrant après 25 ans de séparation, et atteignait des sommets de romantisme en devenant " l'amour de la dernière chance ". Cette histoire transposée entre deux femmes est en effet la bienvenue puisque très peu représentée au cinéma. Mais c'est à la truelle que Béart - Dalle - Despentes, colmatent les brèches d'un scénario foutraque, en nous faisant avaler des couleuvres, même teigneuses. Quand les intentions prennent toute la place, il ne reste pas grand chose à se mettre sous la dent, car tout semble pré-mâché pour atteindre ce but ultime et néanmoins louable. Alors, même si nous regrettons qu'à l'image, Virginie Despentes se leste décidément de son mordant, tellement rafraîchissant sur le papier, nous serons cependant conquis par la sincérité qui transpire de ce folklore sociologique.

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