Les émotifs anonymes

Cette petite comédie désuète nous invite sur un terrain assez inédit et sans prétention, ce qui donne envie de la soutenir, mais est-ce vraiment suffisant ?

Nous allions à la séance le coeur léger, gonflés de l'allégresse que provoque la joie d'aller voir une comédie qui semble créer l'unanimité, d'autant que le teaser bien amené, laisse présager quelques bons moments comiques, quelques sketches cocasses, mais voilà…

Le chocolat

Scénario léger, pour ne pas dire inexistant - comme si une comédie sentimentale pouvait en faire l'économie - Angélique, membre des émotifs anonymes et fondue de chocolat, est embauchée (sur un malentendu) comme commerciale dans la chocolaterie de Jean-René, également hyper-émotif.

Ces deux là comme deux jumeaux sont attirés l'un par l'autre, mais alors comment réunir deux personnes qui ne peuvent naturellement courir l'une vers l'autre ?

Nous avons déjà oublié tant cela est bâclé. Ah oui, c'est avec le concours de la fine équipe de Jean-René et de sa chocolaterie d'un autre temps (limite après-guerre). Ses employés pittoresques, ont découvert qu'Angélique est une chocolatière géniale, mais incapable d'assumer son talent tant l'idée d'être reconnue est vertigineuse, et la meilleure candidate pour moderniser la boutique poussiéreuse. En somme un méli-mélo insipide aux ressorts dramatiques aussi insupportables qu'ils paraissent improvisés dans l'instant.

Le montage incohérent accumule des saynètes plus ou moins drôles, empruntant parfois mais sans grande originalité du côté de la comédie musicale (histoire d'injecter un peu de burlesque, l'ingrédient nécessaire). Par exemple, la reprise des yeux noirs -  incontournable chant Tzigane - par Benoît Poelvoorde, qu'il interprète sous les yeux ébahis de sa bien-aimée, est aussi réussie qu'inopportune et résume parfaitement les faiblesses et les points forts du film.

Les acteurs

Les "émotifs anonymes" est un modèle du genre : celui du film entièrement porté par ses acteurs (principaux).

Benoît Poelvoorde dont le talent et la présence magnétique, ont le pouvoir de rendre attractif n'importe quel navet (ou presque), semble être trop souvent, la seule motivation de certains films. La facilité avec laquelle il étoffe, voire caricature à l'excès ses personnages dans ses comédies - prestations recyclées jusqu'à l'overdose, comme dans le très oubliable Podium  de Yann Moix - demeure un sésame précieux. Dans ce cas précis, son personnage nous épargne son habituel numéro de free-styler fortississimo, car dans quelques répliques irrésistibles, ce sont des nuances plus subtiles soumises à un timing d'enfer, comme un pianissimo à l'orchestre qu'il exécute en duo avec Isabelle Carré.

Le couple qu'ils forment, sauve du naufrage cette histoire fragile, dont le sujet était un bon point de départ pour un film. Mais Jean-Pierre Améris compte trop sur ses acteurs au détriment du reste, qu'il prend pour quantité négligeable et n'en tire rien de vraiment remarquable. On ne rappelle jamais assez, à quel point la comédie est un genre sérieux, exigeant.

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