L'Amour, magie ou chimie?

Le coup de foudre serait-il plus lié aux hormones que notre corps sécrète qu'aux flèches de Cupidon? Zoom sur les explications scientifiques de l'Amour...
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Comme nous tous, les scientifiques se creusent la tête pour comprendre cet incroyable mystère: pourquoi tombons-nous amoureux d’une personne? «Entre 5 et 8 ans, nous commençons à construire notre "carte de l’Amour", une liste inconsciente de caractéristiques physiques, comportementales et culturelles, explique le professeur René Zayan, spécialiste de l’étude du comportement humain à l’UCL. Plus tard, si quelqu’un correspond à notre carte, le flash se produit!»

Dans le film Du baiser au bébé , le professeur revient sur les avancées dans la «science de l’Amour». Si notre histoire personnelle influence fortement le choix de notre partenaire, les scientifiques insistent sur le fait que notre attirance serait aussi conditionnée par le but ultime pour lequel nous sommes «programmés»: nous reproduire.

La séduction, une affaire de femmes!

Secouer sa chevelure, se remettre du rouge à lèvre, émettre un sourire de «réceptivité», voilà trois des cinquante-deux gestes et mimiques faciales que nous utilisons inconsciemment pour séduire, selon le professeur Zayan qui a étudié la «parade amoureuse» humaine. D’après lui, c’est bien la femme qui sollicite l’attention sexuelle des hommes et pas le contraire, comme les «lois de la drague» pourraient nous le suggérer! «Malheureusement, 75% des hommes ne captent pas ces signaux!», ajoute René Zayan. Selon lui, les femmes actives dans la séduction et les hommes qui le remarquent auront donc plus de succès, même s’ils sont moins «beaux».

La beauté, une histoire d’hormones?

Autre équation sur laquelle les scientifiques se sont penchés: la beauté. Pour les hommes, elle serait synonyme de fertilité. Ils sont attirés par les bas de visage petits et les lèvres charnues qui leur signalent inconsciemment que la femme est fertile, car elle produit beaucoup d’œstrogènes. Le calcul instinctif de notre ratio taille-hanche leur permettrait d’ailleurs de savoir si nous avons le taux de testostérone idéal pour la reproduction!

Côté femme, nous sommes sensibles, surtout au moment de l’ovulation, aux marqueurs de testostérone comme le menton accentué «à la Stallone». Mais un homme viril ne suffit pas. Nous apprécions les grands yeux pour la sympathie, un sourire aimable pour la sociabilité et les vêtements de prix pour le statut social. «Les femmes seraient conditionnées par l’évolution à choisir les hommes en fonction de leurs ressources parce qu’elles cherchent un partenaire pour les aider à élever leurs enfants», analyse J. Balthazart, neurobiologiste à l’ULG. Nous serions donc bien sensibles au «portefeuille» des hommes, mais seulement pour leur capacité à subvenir aux besoins de notre futur bambin!

Pourquoi lui?

Et ce fameux coup de foudre? «Les phéromones fournissent une explication plausible à toutes ces rencontres fulgurantes», estime la neurobiologiste Lucy Vincent dans Comment devient-on amoureux , un livre dans lequel elle passe l’amour au microscope. Ces substances chimiques inodores, présentes notamment dans la sueur, influenceraient notre sélection d’un partenaire sexuel en fonction de notre compatibilité génétique. «Les phéromones stimulent directement les actes instinctifs pour provoquer un comportement reproductif», explique Lucy Vincent.

Si leur existence et leur rôle dans l’accouplement est prouvé chez les animaux, ce n’est pas le cas chez l’homme, mais plusieurs expériences vont dans ce sens. Lorsque des scientifiques ont fait «renifler» à des femmes des tee-shirts imprégnés de sueur d’hommes, elles étaient systématiquement «attirées» par ceux dont le propriétaire avait un système immunitaire différent du leur. Ainsi, leur enfant potentiel serait mieux armé contre les maladies!

L’état amoureux, un «shoot» hormonal?

Le cœur qui bat la chamade, l’impression «d’être sur un petit nuage», la passion dévorante... de simples réactions chimiques? Si la plupart des scientifiques sont très frileux à répondre, par manque de preuves, quelques irréductibles comme Lucy Vincent se lancent abondamment sur le sujet. Selon elle, il existe dans le cerveau un «seuil de déclenchement» pour l’histoire d’amour, qui dépendrait d’abord de l’influence «primitive» et ensuite de facteurs «cognitifs», comme l’intelligence ou le sens de l’humour. Une fois ce seuil atteint, nous serions «dopés» par la dopamine, puis «shootés» par une libération d’endorphines dans le cerveau, comme une «bouffée de bonheur».

«Certains symptômes de l’état amoureux rappellent l’action des amphétamines ou de la cocaïne», compare L. Vincent. Comme avec une drogue, nous ressentirions une forte réaction de manque quand nous n’avons pas notre «dose». Ainsi, la dopamine ferait naître chez nous le désir de passer le plus de temps possible près de notre partenaire et nous serions récompensés quand nous sommes dans ses bras par une libération d’endorphines. Les montagnes russes de l’amour...

L’Amour, un contrat à durée déterminée?

La passion est pourtant éphémère. Une étude des anthropologues Fischer et Jankoviak a estimé la durée limite de «l’attraction» à trois ans. Une expérience menée par des neurobiologistes italiens vient d’ailleurs conforter le caractère temporaire de cet état particulier: les changements hormonaux enregistrés chez des personnes amoureuses au début de leur relation étaient revenus à la normale après douze à dix-huit mois. Pour expliquer la fin de ce «cocktail hormonal», Mme Vincent évoque à nouveau sa théorie: «L’émission de dopamine et d’endorphines étant en grande partie liée à la nouveauté, on observe, après un certain nombre de rencontres, un tassement de l’effet.» À force de voir l’autre, il ne nous ferait plus autant tourner la tête!

Des câlins pour entretenir la flamme

Si la passion s’évanouit, pourquoi des couples restent-ils ensemble toute leur vie? «L’ocytocine permettrait de transformer le sentiment amoureux en quelque chose de plus solide», répond le professeur Legros, psycho-endocrinologue au CHU de Liège. Libérée dans le cerveau lors du contact humain, cette hormone provoque une sensation de bien être et influence positivement notre capacité d’attachement. Les couples qui continuent à avoir une activité sexuelle, mais aussi à s’échanger des baisers et des caresses, renforceraient donc leur relation à long terme grâce à la libération d’ocytocine. Le fait de «passer à l’acte» avec quelqu’un impliquerait donc qu’on s’attache plus? «Exactement. Ce ne serait pas aussi bénin qu’on veut nous le faire croire!», met en garde le professeur Legros.

Pour Lucy Vincent, l’ocytocine empêcherait également la désensibilisation aux endorphines. Faire l’amour régulièrement nous permettrait donc de nous assurer des doses de «sentiment amoureux», même après le cap fatidique des trois ans. Enfin pas encore de quoi nous assurer les noces d’or mais une bonne piste pour commencer…

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