Les chants de gorge inuit ou jeux vocaux, une coutume ancestrale

Le chant de gorge inuit tient une grande place dans la culture autochtone canadienne. Cette étonnante mélodie s'inspire de la nature et des ancêtres inuit.
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Parmi les différentes traditions constituant la culture des autochtones de l'Arctique canadien, les chants de gorge - katajjait en langue inuktitut - demeurent une coutume à laquelle la communauté inuit tient particulièrement.

Les Inuit, en quelques mots

Le peuple inuit est constitué d'environ 125 000 personnes, réparties dans quatre pays : le Canada (Territoires du Nord-Ouest, Nunavik, Nunavut et Nord du Québec), les États-Unis (Alaska), le Danemark (Groënland) ainsi que la Sibérie (extrémité orientale de la presqu'île des Tchouktchas). Même si les Inuit mangent effectivement de la viande crue afin d'être plus résistants au froid, l'appellation Esquimaux - "mangeurs de viande crue" - a une connotation péjorative pour ces peuples du Grand Nord qui ont une nette préférence pour le terme Inuit (Inuk au singulier), signifiant, en langue inuktitut, "le peuple", "les êtres humains".

La christianisation des Inuit a eu un effet destructeur sur leur identité culturelle, interdisant durant plus d'un siècle la pratique et la transmission de leurs coutumes ancestrales. Fort heureusement, depuis quelques temps, la culture inuit connaît une véritable renaissance et un intérêt marqué à travers la planète. Les Inuit font d'ailleurs partie des peuples les plus photographiés au monde.

Les chants de gorge inuit, une affaire de femme

Il serait presque faux de dire qu'un chant de gorge inuit s'écoute... Pour apprécier un katajjaq ("chant de gorge" au singulier) et saisir au mieux la culture inuit, il faut entendre et voir le chant. La complicité visuelle et physique qu'implique cet échange de sons pratiqué entre deux femmes - sons très particuliers, dantesques même pour une oreille habituée aux bruits urbains et à la voix d'Etienne Daho - fait partie intégrante de cette coutume, de ce spectacle exclusivement féminin.

Les femmes inuit qualifient bien souvent ce chant de jeu, et, à les observer chanter, on constate qu'elles ont effectivement beaucoup de plaisir à partager ce moment. Autrefois, elles utilisaient les katajjait pour divertir les enfants lors des longues veillées hivernales, lorsque les hommes étaient partis à la chasse. Les jeunes Inuit tentaient alors d'identifier la nature des sons reproduits par leurs mères.

Le principe du katajjaq

Tout au long du chant, les deux femmes inuit sont debout, l'une face à l'autre. Elles se tiennent les mains ou les bras en dodelinant et émettent des sons qui, vous l'aurez deviné, proviennent de leur gorge. Elles ne se quittent jamais des yeux et demeurent en parfaite symbiose. Le spectateur aura beau se concentrer sur leurs mouvements buccaux, il est résolument impossible de distinguer clairement qui fait quoi... Le katajjaq dure pendant quelques minutes et se termine soit par l'essoufflement, soit par le rire de l'une des deux partenaires qui n'est alors plus capable de se concentrer.

Traditionnellement, les lèvres des femmes étaient en contact. Ainsi, l'une utilisait la bouche de l'autre afin de produire un effet de résonance. Aujourd'hui, cet aspect du chant s'est perdu et le le contact reste uniquement visuel et manuel.

L'origine des chants de gorge inuit

Les katajjait doivent leur naissance à Mère Nature, tout simplement. Ce sont en effet les sons environnants (le vent, l'eau, le bruit des pas et des traîneaux dans la neige, les chiens, les voix animales de l'Arctique canadien...) qui ont inspiré ces jeux musicaux. Quelquefois, ce sont des mots qui sont utilisés. Il s'agit alors bien souvent de noms d'ancêtres ou d'évènements en cours.

La magie du 21e siècle...

Grâce à Internet, et plus particulièrement You Tube, il est désormais possible d'assister à un chant de gorge inuit sans avoir à se déplacer dans le Grand Nord canadien ou en Sibérie orientale. Vous pouvez donc ajouter cette tradition inuit à votre culture musicale en cliquant ici . Très différent d'Etienne Daho...

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