Villes américaines et étalement urbain

L'étalement urbain pose un grave problème environnemental. Le modèle de développement des villes nord-américaines en question...
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L’étalement peut être culturel et revendiqué, comme c’est le cas en Amérique du Nord: par exemple, l’aire métropolitaine montréalaise pèse 3,4 millions d’habitants sur 4 360 km², à comparer avec l’unité urbaine parisienne et ses 9,6 millions d’habitants sur 2 723 km². La morphologie des villes d’Amérique du Nord ne se fonde pas sur les mêmes enjeux que le système urbain parisien.

Dans le premier cas, l’espace n’est pas compté, et les villes américaines sont récentes, fondées par des vagues coloniales européennes successives, qui exportent, en quelque sorte, leur modèle urbain.

Le modèle nord-américain, un étalement par choix puis par nécessité

Les villes fondées par les Anglais sont des ports maritimes à vocation commerciale et économique. Les villes de la côte est sont bâties autour d’un vaste parc et d’un hôtel de ville. C’est en 1785 que l’on ordonnance ces villes selon un plan orthogonal (le Land Ordinance Act ), créant ainsi des îlots ( blocks ).

Durant la révolution industrielle, une vaste politique d’aménagement de zones portuaires, d’industrialisation le long des cours d’eau et d’aménagement de canaux permet d’attirer de la main d’œuvre nombreuse et de mettre en réseau les villes de la côte est. Une vague d’immigration sans précédent, en provenance d’Europe, amène la ville à se construire en îlots de plus en plus éloignés du centre, dans des logements de très mauvaise qualité. Les communes voisines sont annexées et connectées à la ville-centre.

Durant le premier tiers du XXe siècle, l’essor de l’automobile et des transports en commun par voie ferrée poussent les classes moyennes à quitter les centres urbains qui sont alors considérés comme invivables et industrieux. Dans les années 1950, le phénomène s’accentue encore par l’apparition des réseaux autoroutiers. Cet étalement toujours plus important des banlieues ( suburbs ), connu sous le nom de sprawl , va ruiner les centre-villes, car les rentrées d’argent ne seront plus suffisantes, ce qui poussera les municipalités centrales, dans les années 1970, à réaménager leurs villes pour attirer de nouveau des habitants.

Tandis que les centres sont dévolus au commerce puis au tertiaire, sous la forme d’un urbanisme vertical très reconnaissable - les downtowns ou Central Business Districts - l’organisation globale de la ville se mesure en strates successives autour de ce centre.

On y trouve les quartiers dits intermédiaires, partagés entre industries plus ou moins déshéritées, lofts, ghettos et habitats pour classe moyenne, et suburbs , quartiers essentiellement pavillonnaires sur des kilomètres carrés.

Le paysage pavillonnaire est la principale constituante des villes américaines. On y trouve des relais commerciaux, des équipements de service, des zones industrielles, qui n’induisent pourtant pas de polycentrisme stricto sensu.

Cet étalement se produit au détriment des zones rurales, qui sont urbanisées progressivement au fur et à mesure de l’aménagement des autoroutes. Du fait que le centre des Etats-Unis est une réserve agricole à la surface quasi inépuisable, les villes n’ont pas la même économie de l’espace qu’en France.

La crise de ce modèle urbain

Reste que ce modèle urbain est actuellement en difficulté: la spécialisation industrielle, touchée parfois de plein fouet par la crise, la difficulté à aménager un territoire très étendu et peu dense, le relatif manque de rentrées fiscales dans les centres, ont perpétré de nombreuses crises urbaines entraînant une paupérisation sévère des quartiers centraux et une désertion progressive des centres.

D’autre part, les franges urbanisées souffrent souvent d’un manque d’équipement, de pollution due à la nécessaire utilisation de l’automobile, de saturation des voies de communication, et de destruction irraisonnée des paysages naturels.

Ce phénomène peut être accentué par les réseaux de villes qui désormais forment un ensemble mégapolitain (sur la côte est, de Boston à Baltimore en passant par Philadelphie, New York et Washington, sur la côte ouest de San Diego à San Francisco en passant par Los Angeles, ou au bord des grands lacs).

Les villes françaises, pour des raisons historiques, n’ont pas suivi ce modèle d’expansion urbaine et ont pu contenir pendant longtemps leur étalement. Ce n'est plus le cas depuis les années 1970.

Lire Paris et l'étalement urbain

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