Chemtou (Tunisie) : carrière de marbre, ville et musée

Le marbre jaune de la carrière de Chemtou, dans l'ouest de la Tunisie, fut exploité de l'Antiquité à l'époque contemporaine.
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Ce site majeur de l’archéologie antique en Tunisie se situe au nord-ouest du pays, non loin de la frontière algérienne, sur les rives de la rivière Medjeda.

Chemtou, c’est à la fois une carrière de marbre jaune de Numidie , les vestiges des civilisations antiques, numide et romaine, et un musée archéologique, qui fait découvrir au public les résultats des fouilles tunisiennes et allemandes, qui eurent lieu sur ce site de 1965 à 1996.

La carrière

Le marbre jaune de l’antique Simitthus était réputé dans tout l’empire romain. C’est sans doute le roi numide Micipsa (fin IIe s. av. n. ère), qui débuta l’exploitation de la carrière. Parmi les monuments de l’époque romaine pour lesquels ce marbre a été utilisé, figuraient une colonne dressée sur le forum romain par la plèbe en l’honneur de César, peu après son assassinat (Suétone, César , 85).

A l’époque romaine, les ouvriers qui extrayaient la précieuse roche étaient des esclaves et des condamnés. Leur espérance de vie était assez brève, en raison de la difficulté de la tâche et de la poussière que ces ouvriers devaient respirer en permanence.

Les vestiges antiques

Les archéologues ont mis au jour les restes d’un pont et plusieurs édifices du forum romain, ainsi que des tombeaux numides.

La première occupation du site correspond à la période Numide de la cité et date du Ve s. av. n. ère. Des tombes numides ont été mises au jour sus le forum romain. De cette période, les archéologues ont aussi retrouvé un monument érigé par Micipsa au sommet d’une colline. Il date de 139 av. n. ère. Il s’agit du premier édifice construit avec du marbre de la carrière de Chemtou. Ce monument avait probablement une fonction de commémoration d’une victoire militaire. A partir du Ier s. ap. J.-C., il fut utilisé comme temple à Saturne Africain par les Romains.

A l’époque romaine, un mur séparait la ville du secteur dans lequel vivaient les esclaves de la carrière, afin de protéger les citoyens romains des nuisances que pouvait causer cette industrie. Quelques vestiges de ce mur de séparation sont encore visibles.

Sur le forum romain, le visiteur peut voir les vestiges d’une basilique, d’un portique, d’un nymphée (fontaine monumentale),… autant d’édifices qui témoignent de la parfaite romanisation du site. Quant au théâtre, il a été identifié, mais il est encore à fouiller.

Sur la rivière, un pont fut élevé sous le règne de Trajan. Il est toujours visible, bien qu’écroulé. Sa dédicace est exposée dans le musée.

Juste à côté de ce pont, les archéologues ont découvert les vestiges du premier moulin à turbine de l’histoire. Il date de la même époque que le pont.

Face à la carrière, le visiteur pourra observer les vestiges du camp des esclaves et les ruines d’un aqueduc, qui alimentait la ville en eau.

Le musée

Il ouvrit ses portes en 2000. Outre une présentation didactique des marbres qui étaient utilisés par les Romains, il présente la reconstitution du monument de Micipsa et divers objets découverts lors des fouilles de Chemtou. Parmi les stèles, plusieurs présentent des inscriptions en langue et écriture libyque.

Comment s’y rendre ?

Le site est accessible en voiture à partir de Jendouba. Si vous ne disposez pas d’une voiture, vous pouvez louer un taxi pour 2 ou 3 h, afin de réaliser cette excursion en toute liberté.

Jendouba est accessible en train ou en louage.

Dans la même région, vous pouvez également visiter Bulla Regia, Dougga et le Kef.

Les publications de la mission

F. Rakob, Simitthus I. Die Steinbrüche und die antike Stadt , Mainz, 1993.

F. Rakob, Simitthus II. Der Tempelberg und das römische Lager , Mainz, 1994.

M. Mackensen, Militärlager oder Marmorwerkstätten : neue Untersuchungen im Ostbereich des Arbeits- und Steinbruchlagers von Simitthus. Simitthus III , Mainz, 2005.

F. Rakob, Chemtou - Aus der römischen Arbeitswelt , dans Antike Welt , t. 18, 1997.

M. Mackensen, Erster Bericht über neue archäologische Untersuchungen im sog. Arbeits- und Steinbruchlager von Simitthus/Chemtou (Nordwesttunesien) , dans Römische Mitteilungen , t. 107, 2000, p. 487-503.

Le site officiel de la mission archéologique Germano-Tunisienne

Le site officiel du musée archéologique de Chemtou

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