Les carrières antiques de turquoise dans le Sinaï, en Egypte

Dans l'Antiquité, les Egyptiens exploitaient des carrières de turquoise au Sérabit el-Khadim, dans le sud du Sinaï, sous la protection de la déesse Hathor

Rendu célèbre par la découverte d’inscriptions protosinaïtiques, le Sérabit el-Khadim faisait partie des sites d’exploitation des pierres que recelait le territoire égyptien. La turquoise en était extraite et ces travaux étaient entrepris sous la protection de la déesse Hathor, pour qui un temple avait été élevé à proximité de la carrière.

Ce site minier et cultuel du sud du massif du Sinaï se trouve à une altitude de 1100 m au-dessus du niveau de la mer. Il fut fréquenté à partir du Moyen Empire égyptien, probablement à partir du règne de Sésostris Ier. C’est l’archéologue britannique, Flinders Petrie qui, en 1905, découvrit ces vestiges et les premières inscriptions protosinaïtiques.

Les premières expéditions au Sinaï

Les pharaons de l’ancien empire, à partir du règne de Djoser ( IIIe dynastie ), exploitaient d’autres carrières de turquoise du Sinaï situées dans le ouadi Maghara, se trouvant, à vol d’oiseau, à une cinquantaine de kilomètres du Serabit el-Khadim.

Les expéditions vers les carrières de turquoise du Sinaï furent interrompues temporairement à la fin de l’Ancien Empire, en raison des troubles qui eurent lieu à cette époque et qui menèrent à la première période intermédiaire. Elles reprirent ensuite au Moyen Empire (XIIe dynastie), lorsque la situation politique était redevenue stable dans le pays.

Les temples d’Hathor

De nombreuses stèles et inscriptions furent placées à l’intérieur de ce sanctuaire, pour commémorer les différentes expéditions pharaoniques organisées vers le Serbit el-Khadim, afin d’extraire de la turquoise pour les besoins du roi.

La construction de ce lieu de culte date du Moyen Empire (XIIe dynastie), au moment où cette carrière commença à être exploitée. Des travaux de réaménagement eurent lieu durant le Nouvel Empire.

Une enceinte rectangulaire, de 70 x 37 m, entourait l’espace sacré et l’isolait du reste du site et l’entrée principale était marquée par un pylône.

Un spéos fut également creusé et aménagé dans la montagne en l’honneur de la divinité. Il date de la XIIe dynastie, comme le sanctuaire. Cette chapelle creusée dans le grès mesure 4,60 x 2,90 m, et le plafond est soutenu par un pilier central sculpté dans le rocher. Un autel était placé devant le pilier. Une avant-cour a ensuite été délimitée par un portique, devant l’entrée de ce temple rupestre.

Un second spéos, plus modeste (1,40 x 1 m), a été ajouté au sud du précédent, sur la même paroi rocheuse, par Amenemhat III, à la fin de la XIIe dynastie. Il était consacré à Ptah, le patron des artisans.

Il est probable que chaque jour, les turquoises extraites de la carrière étaient consacrées à la divinité et placés sous sa protection. Des offrandes diverses devaient aussi être régulièrement offertes à Hathor.

La chapelle des rois

Cet autre lieu de culte était dédié à certains anciens pharaons. Il se présente sous la forme d’une esplanade taillée dans la roche et ornée d’un portique. Une décoration sculptée représentait la passation du pouvoir royal, du dieu Geb au nouveau roi, selon la mythologie égyptienne. Plusieurs effigies royales peuplaient ce sanctuaire.

Le protosinaïtique

Le protosinaïtique est une écriture dont certains signes furent inspirés des hiéroglyphes égyptiens. La langue inscrite et probablement une langue sémitique, mais elle n’a pas encore pu être déchiffrée. Il pourrait s’agir de la première étape de l’élaboration du système d’écriture que nous utilisons encore aujourd’hui : l’alphabet .

Pour aller plus loin

C. Bonnet, D. Valbelle, Le Sanctuaire d’Hathor maîtresse de la turquoise , Paris, 1996.

L. Pantalacci, Un été à Serabit el-Khadim , dans Göttinger Miszellen , t. 150, 1996, p. 87-91.

P. Tallet, "Notes sur la région minière du sud-Sinaï au Nouvel Empire",dans Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale , t. 103, 2003, p. 453-486.

P. Tallet, "Notes sur le ouadi Maghara et sa région au Moyen Empire", dans Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale , t. 102, 2002, p. 371-387.

P. Tallet, Sésostris III et la fin de la XIIe dynastie , Paris, 2005 ( Les Grands Pharaons ).

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