Elliott Erwitt ou le charme discret du talent

Elliott Erwitt est un des meilleurs photographes de sa génération. Témoin de son époque, il a su s'adapter aux évolutions techniques et garder son identité

Elliott Erwitt fait partie de la grande famille Magnum. Cette agence est créée par Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, George Rodger et David Seymour en 1947. Ils ont ainsi inventé le photojournalisme indépendant et ont contribué à la richesse et à l'intégrité de ce métier. Entre témoignage journalistique et création artistique, ces professionnels de l'image sont des piliers de l'information dans la seconde partie du XXe siècle.

Son histoire, intimement liée à son parcours professionnel

Elliott Erwitt est né le 26 juillet 1928 à Paris. Ses parents sont juifs d'origine russe. Il passe ses dix premières années en Europe, entre la France, l'Italie et l'Allemagne. En 1939, la famille fuit le nazisme et émigre aux Etats-Unis, d'abord à New-York puis à Los Angeles. Il reviendra ensuite officiellement à New-York, même si "s'établir" signifie pour lui " Où on est pour le moment présent pourvu que l'on n'aille pas autre part ". Il gardera toujours ce goût des voyages qui donne certainement sa richesse et son audace à son Œuvre. Il travaillera d’abord dans un laboratoire et développera des clichés des stars hollywoodiennes. 1949 marque le début de sa carrière avec un retour en Europe et ses premiers clichés professionnels. Pendant son service militaire en 1951, il continuera à publier. A son retour aux Etats-Unis, Robert Capa le repère et lui donne sa chance. Pour preuve de sa confiance et de leur amitié, Elliott Erwitt intègre l'agence Magnum en 1953 et en sera président de 1957 à 1960.

Son Œuvre, témoignage d'une époque

Les photographies d'Elliott Erwitt sont autant de témoignages des grands moments de ces dernières décennies que des scènes du quotidien, banales et exceptionnelles à la fois. Il a su garder un regard naïf et incisif. Sa tendresse et son humanité donnent à ses photographies la poésie des amoureux. Car Elliott Erwitt aime la photographie et ses clichés en sont des témoins criants. La beauté des constructions graphiques et des luminosités côtoient des mises en scène choquantes, étonnantes, toujours émouvantes. Car Elliott Erwitt n'est pas un photographe de la banalité, ni dans son métier, ni dans son activité personnelle. Il est d'ailleurs l'un des seuls à avoir gardé une productivité privée si riche. Dans tous les cas, l'ensemble de ses clichés forment un formidable diaporama de la société occidentale depuis les années 50 : les grands évènements politiques et sociaux qu'il a couverts mais aussi la famille, les enfants et nos compagnons canins.

Un regard unique

Ce qui fait la qualité d'un photographe, c'est son regard. Mais ce qui fait le talent d'Elliott Erwitt, c'est sa philosophie de l'instant présent, son humanité à toute épreuve. Son travail est un subtil mélange de satire et de mélancolie, de joie et de tristesse. Il commente d'ailleurs avec humour : " Certaines personnes disent que mes photos sont tristes, d'autres les trouvent drôles. Drôlerie et tristesse, c'est un peu la même chose, non? ". Parce que l'observateur met aussi de ce qu'il est dans l'œuvre qu'il voit, on ne peut s'étonner des différentes réactions face aux photos d'Erwitt. Mais il arrive malgré tout à imposer avec douceur sa vision, son opinion même, que l'on peut deviner derrière le rideau de l'humilité et de la pudeur. Le photoreporter, comme tout journaliste, est un équilibriste : il oscille entre dénonciation et neutralité. Dans ses photographies personnelles, Elliott Erwitt se permet un peu plus de légèreté à travers sa passion pour les chiens et le lien qui le tient à l'Homme. Le sujet des enfants est le ciment entre les thèmes graves et plus naïfs qu'il a traités.

Touche-à-tout de génie passionné par l’image, il réalise plusieurs documentaires au cours des années 70 puis produit des programmes de télévision comiques et satiriques dans les années 80. A ce jour, il est l’auteur de plus d’une vingtaine de livres de photographies. Il a exposé, et continue d’exposer, dans le monde entier. Sa dernière exposition parisienne , à la Maison Européenne de la Photographie , fût une réussite, en témoignent les éclats de rire que l’on pouvait y entendre.

Sur le même sujet