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CAROLINE VALBRUN

Publié dans : Les articles Politique Société & Médias de Caroline Plume

Oradour-sur-Glane : le village martyr va-t-il disparaître ?

Le village d'Oradour, conservé en l'état depuis sa destruction par une unité de Waffen SS le 10 juin 1944, doit-il être préservé dans son intégralité ?

Le 10 juin 1944, le village d'Oradour-sur-Glane était rayé de la carte. 642 personnes étaient massacrées par une unité de la division "Das Reich", qui menait des actions de représailles contre la Résistance dans la région du Limousin.

Le village fut choisi au hasard. Il n'en restait rien au soir du 10 juin. Habitants massacrés, édifices et habitations incendiés... Oradour n'était plus qu'un champ de ruines, qui sera conservé en l'état sur ordre du Général de Gaulle. Mais aujourd'hui, après 70 ans, on s'interroge : qu'adviendra-t-il des ruines d'Oradour dans l'avenir, qui ne peuvent être conservées ? Faut-il redéfinir le périmètre de conservation du village martyr ?

Un anéantissement orchestré avec méthode par le commandant Dickmann

Le 8 juin, la Résistance fait sauter un pont de chemin de fer à Saint-Junien, dans le but de retarder les troupes allemandes qui convergent vers le front de Normandie. 2 soldats allemands sont tués. Le premier régiment « der Führer », de la division « das Reich », commandé par l’officier SS Dickmann, est chargé d’une action de représailles, probablement commanditée par le général Lammerding, qui a ordonné le 9 juin les 99 pendaisons de Tulle, et finira une vie tranquille à Düsseldorf, à la tête d’une entreprise prospère. Son concept est simple : rayer un village de la carte, et éliminer tous les témoins.

Le choix se porte sur le village limousin d’Oradour, au bord de la Glane, un bourg tranquille et bucolique, à l’écart des axes routiers majeurs. C’est un convoi restreint qui converge sur Oradour vers 13h30 le 10 juin 1944. Les soldats de l’unité de Waffen SS en présence ne sont âgés que d’une vingtaine d’années.

Femmes et enfants brûlés vifs dans l’église d’Oradour

Le bourg est encerclé et les personnes croisées en chemin ramenées vers le village. Sous prétexte d’un contrôle d’identité, les habitants sont extraits de leurs domiciles, les enfants de leurs écoles, et tous sont rassemblés sur le Champ de Foire, à l’exception de quelques-uns qui parviennent à se cacher. Femmes et enfants sont séparés des hommes, et conduits jusqu’à l’église, dans laquelle on les enferme. Les soldats allemands y installent une caisse d’explosifs et la font sauter en fin d’après-midi.

On doit à Madame Rouffanche, seule rescapée de l’église, l’unique récit de ce qui se passa à l’intérieur. La fumée dégagée par l’explosion fait se réfugier femmes et enfants dans la sacristie. Les Allemands abattent froidement ceux qui y ont trouvé refuge. De la paille, des fagots et des chaises sont jetés pêle-mêle sur les corps. Bientôt l’église n’est plus qu’un brasier et des centaines de femmes et d’enfants, dont le plus jeune n’a que 8 jours, meurent brûlés vifs ou asphyxiés. Madame Roumanche réussit à s’en extraire en passant à travers un vitrail. Blessée, elle se cachera dans un champ de petits pois durant 24 heures.

Les hommes sont fusillés à la mitraillette

Les hommes, quant à eux, ont été répartis en 6 groupes, et amenés à différents endroits du village, granges, chai, garage… où ils sont mis en joue par des mitraillettes et, après un temps d’attente, froidement exécutés. Les morts et blessés – qui sont nombreux car les SS ont pris soin de viser les membres inférieurs - sont recouverts de foin et de fagots et incendiés. 5 miraculés réussissent à s’extraire des brasiers : sauvés par la chute des corps sur eux, qui leur procurent un rempart de protection, ils proviennent tous de la grange Laudy.

Une fois ces exécutions méthodiques achevées, une chasse à l’homme est organisée dans les rues d’Oradour. Bientôt, le village entier est en feu. Auparavant, les Allemands ont pris soin de le piller. Ils épargnent une maison, dont la cave est riche en vins fins, pour boire et y passer la nuit. Ce que les survivants et habitants des villages voisins découvriront dès le lendemain est insoutenable : aux monceaux de cendres humaines, s’ajoute une odeur terrible de chair brûlée. Le massacre d’Oradour a fait 642 victimes. Seules 6 personnes ont survécu, dont une seule femme.

Seuls quelques-uns des tortionnaires seront jugés, lors des procès de Bordeaux en 1953, et de Berlin, en 1983. Les principaux accusés ressortent libres du procès de 1953, au nom de la réconciliation nationale. Au nom d’Oradour, le maire Monsieur Fougeras, rend la Légion d’Honneur remise au village martyr. Oradour rompt ses relations avec l’Etat, durant 17 années. L’Association Nationale des Familles des Martyrs commémorera seule le 10 juin, en refusant d’y associer les autorités.

Le souvenir, au centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane.

Après sa visite du site en 1945, le Général de Gaulle prend 2 décisions : il souhaite que les ruines soient conservées en l’état afin que nul n’oublie et que soit honorée la mémoire des vicitimes, et qu’un nouveau village soit reconstruit, à proximité du premier. Le nouvel Oradour est inauguré en 1953, et le bourg doit porter le deuil : murs et volets sont peints en gris et la couleur est absente.

Près d’un demi-siècle après la tragédie, le centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane, village martyr, voit le jour. Il invite à une réflexion universelle sur la paix, grâce à un équipement d’interprétation à vocation pédagogique et militante. Le « parcours de mémoire » retrace les étapes de la montée du nazisme et du réarmement du 3e Reich, la guerre, la débâcle, le gouvernement de Vichy, les 2 journées des 9 et 10 juin 1944, la renaissance et la reconstruction.

Son centre de documentation regroupe des archives, ouvrages, vidéos et photographies liés à l’histoire d’Oradour, dans le contexte de la 2nde Guerre Mondiale. Des ateliers sont proposés aux élèves des collèges et lycées, ainsi que des animations au sein de leurs établissements scolaires. Un cycle annuel de conférences et d’expositions contribue à l’activité du centre.

Les ruines d’Oradour menacées ?

Avec le temps, les nombreux vestiges d’Oradour sont menacés de destruction, malgré les 200 000 €/annuels versés par l’Etat pour leur conservation. La municipalité envisage de ne préserver que les lieux les plus symboliques dans un périmètre restreint, en laissant le temps détruire le reste.

Les derniers survivants sont scandalisés. Le maire actuel depuis 1995, Raymond Frugier, rectifie : « Rien ne justifie la polémique : l’Etat ne se désengage pas et continue à accompagner l’entretien des ruines. Mais près de 70 ans après le massacre, il est temps de s’interroger : que seront les ruines d’Oradour dans un siècle ? Les bâtiments les plus éloignés de la rue centrale, qui n’ont pas été consolidés, s’effondrent un peu plus après chaque hiver. Il faudra bien se dire à terme, que si l’ensemble ne peut pas être consolidé, il faut déterminer rapidement le périmètre et les bâtiments qui seront conservés. »

La préfecture et la municipalité ont entamé, depuis la fin Avril 2013, des discussions sur l’avenir du site.

Sources : Oradour-sur-Glane, le drame heure par heure, de Robert Hébras, rescapé de la grange Laudy, Wikipédia

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À propos de l'auteur

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CAROLINE VALBRUN

Formation : Guide-interprète

Secteurs d'activité : tourisme ( guide-interprète), rédactrice/auteur (un roman publié), musique (prof de piano)
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