Les tatouages marocains au henné

Rituel traditionnel ou souvenir de vacances au Maroc, le décor des mains au henné est une pratique ancestrale toujours très en vogue.
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Le henné fait partie du quotidien marocain, en tant que soin de beauté pour les cheveux et la peau et comme plante sacrée accompagnant les célébrations. Tels des gants de dentelle brune ou des bijoux de peau, les motifs de henné ornent les mains des femmes lors des fêtes. Les voyageurs ne connaissent, bien souvent, que les tatouages réalisés à la va-vite dans les lieux touristiques. Chez les Marocains, ce rite s'entoure d'un cérémoniel à caractère sacré et convivial.

Invité d'honneur lors des fêtes

Le henné (henna en arabe) est présent dans toutes les festivités marocaines, car il est censé apporter la «baraka», c'est-à-dire la chance: il éloigne le mauvais œil. Cependant, l'aspect esthétique de la parure au henné l'emporte progressivement sur les croyances traditionnelles.

Le henné est employé lors des fêtes de l'Aïd et de la nuit sacrée du Ramadan (le 27e jour). La veille d'un mariage, la future épouse fait décorer ses mains, ses pieds et parfois son cou. Les jeunes filles du cortège reçoivent un dessin plus discret sur une main. Ce travail revient aux negafat (femmes chargées de la mise en beauté générale des mariées) ou encore aux nekachat et aux hennayat (deux mots désignant les professionnelles du henné).

Les femmes enceintes ont droit à la cérémonie du henné au cours du huitième mois de grossesse. A la naissance, le bébé se fait envelopper le corps de henné et si c'est un garçon, il aura les pieds et les mains couverts de henné au moment de la circoncision. Ces pratiques sont censées attirer la protection divine et écarter les infections.

La préparation du henné

Il existe différentes catégories de henné, selon les emplois auxquels il est destiné. La poudre de henné servant aux dessins sur la peau est produite à partir des feuilles hautes de l'arbuste. Broyées finement, elles sont plus colorantes.

Si les tatouages sont souvent réalisés par des hennayat lors des cérémonies importantes, certaines femmes sont expérimentées dans cet art sans pour autant en faire leur métier. Préparer le henné consiste à malaxer la poudre verte avec de l'eau chaude, jusqu'à obtenir une pâte lisse et onctueuse. Seule une pratique courante permet de connaître la texture idéale et de réaliser les motifs avec dextérité.

Les recettes varient d'une femme à l'autre, mais le mélange de henné est souvent additionné de sucre ou de jus de citron, censés favoriser une meilleure tenue de la couleur. On y trouve parfois des épices (clou de girofle, poivre) ou de l'eau de fleur d'oranger (pour les mariées). Une fois mouillée, la poudre de henné s'oxyde et prend sa teinte caractéristique brune. Elle doit être utilisée rapidement.

Parure des mains

Dans un passé relativement proche, les tatouages au henné marquaient l'appartenance d'une femme à sa tribu, chacune ayant ses motifs propres. Les motifs arabes ou berbères, musulmans ou juifs sont distincts mais tendent aujourd'hui à être employés indifféremment. La possibilité de choisir le thème prévaut désormais.

Religion musulmane oblige, les dessins ne représentent pas d'êtres vivants. Ce sont des ornements géométriques (cercles, points, boucles, traits) ou floraux. Autrefois, ils étaient effectués à l'aide d'un fin bâtonnet enduit de pâte de henné.

De nos jours, c'est généralement une seringue qui est employée, à la manière d'une poche à douille. L'aiguille (grosse) dépose un filet de henné sur la peau et permet un travail précis. Pour la hennaya, la difficulté réside dans le dosage de la pression. La consistance de la pâte (ni trop fluide, ni trop épaisse) est également primordiale pour un flux homogène. Les femmes moins expérimentées ont recours à des pochoirs (le henné est alors appliqué à la spatule) ou à des motifs en décalcomanies.

Dans l'attente d'une révélation

Une fois que le décor au henné est terminé, il doit sécher et poser au moins une heure. Lorsqu'il est sec, la hennaya le tamponne de sucre et de jus de citron pour optimiser l'intensité de la couleur. L'idéal est de laisser poser toute une nuit (notamment pour les futures mariées). Les pieds et les mains sont alors enveloppés dans des bandelettes de toile.

Le lendemain, le henné sec est retiré avec un racloir (une lame de couteau fait généralement l'affaire). Les résidus sont éliminés à l'eau froide. La teinte définitive se révèle au fil des heures, passant de l'orangé au brun plus ou moins profond.

La couleur prend mieux sur une peau préalablement exfoliée et assouplie (par exemple avec une goutte d' huile d'argan ). Les motifs tiendront en moyenne trois semaines, le lavage quotidien des mains n'ayant pas d'influence sur la durée.

Le tatouage comme souvenir de vacances

Un tatouage au henné digne de ce nom passe par un processus long, qui demande de la patience. Pour des questions pratiques, les personnes qui proposent des tatouages aux touristes ne peuvent pas retenir ceux-ci plusieurs heures et leur imposer les étapes habituellement requises pour un résultat de qualité.

D'autre part, la demande et la préférence générale se portent sur les tatouages au henné noir (jugés plus esthétiques) et durables, sans temps de pose prolongé. Les préparations destinées au tatouage rapide ou noir ne sont pas faites avec du henné pur, mais avec des additifs chimiques qui, bien souvent, n'ont rien à voir avec des produits à usage dermatologique. Certaines peaux les supporteront, d'autres plus sensibles risquent de développer allergies et réactions plus ou moins sérieuses.

Aussi, une odeur de solvant devrait alerter tout candidat au tatouage rapide. D'autre part, il vaut mieux éviter d'appliquer du henné sur les ongles car la couleur orangée s'y imprègne définitivement et sera visible plusieurs mois, le temps que les ongles se renouvellent.

Utilisé à bon escient et selon la tradition, le henné est une plante aux vertus curatives appréciables. Elle est notamment astringente, antiseptique et cicatrisante.

Lien utile :
La tradition du henné au Maroc


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