Reconversion réussie d'un enseignant

Comment sortir de l'enseignement et changer complètement de vie ? Voici pas à pas l'exemple d'une reconversion réussie.
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Il rêvait de devenir instituteur mais la dure réalité de ce métier et les bouleversements qui n'ont cessé de le transformer depuis quelques années ont brisé son désir, transformant son rêve en cauchemar. Après une période de transition qui lui a permis de préparer sa réorientation professionnelle, Antoine, instituteur de 40 ans a décidé de changer de vie, prouvant qu'une reconversion réussie est possible.

Le métier d'enseignant, une vocation en voie de disparition

Il y a quelques dizaines d'années, lorsqu'on interrogeait les enfants sur ce qu'ils désiraient faire lorsqu'ils seraient adultes, le métier d'instituteur venait souvent en tête.

Respecté par les familles, les institutions et les élèves, l'instituteur avait alors une véritable place dans la société. Tel n'est plus le cas aujourd'hui.

Les enseignants sont considérés comme des privilégiés en raison des vacances dont ils bénéficient, mais on leur envie aussi en ces temps de crise la sécurité de l'emploi.

On oublie trop souvent que les congés sont nécessaires pour évacuer le stress d'un métier de plus en plus difficile à exercer en raison des nombreuses réformes qu'il subit. Fermetures de classes, effectifs en hausse, intégration d'élèves handicapés ou très en difficulté sans aide véritable, sont le quotidien de la plupart des professeurs des écoles (voir cet article pour plus de détails).

Les salaires des professeurs stagnent depuis des années et ont même connu une baisse depuis janvier 2011 en raison d'une hausse des cotisations sociales et du gel du point d'indice. Partir en vacances est coûteux, car les dates de congés, évidemment imposées, obligent à choisir les périodes les plus chères. La récente modification de la formation des enseignants depuis la rentrée 2010 a mis un coup de frein décisif aux vocations ayant encore résisté aux tempêtes précédentes.

Le résultat est une baisse significative des inscriptions au concours et un désir de plus en plus obsédant pour nombre d'enseignants de quitter ce métier, le recul de l'âge de départ en retraite ayant ajouté à l'angoisse de beaucoup d'entre eux, car l'idée de s'occuper d'enfants à plus de 60 ans avec la même patience et la même énergie est absolument inconcevable.

Se reconvertir, une nécessité pour survivre

C'est en arrivant à la quarantaine qu'Antoine, jeune professeur des écoles exerçant depuis 17 ans a décidé de mettre un terme à sa carrière d'enseignant.

Il avait pourtant choisi ce métier depuis son plus jeune âge et c'est empli d'espoir et de plaisir qu'il y est entré en 1991.

Très vite il s'est aperçu que la réalité ne correspondait pas à l'idée qu'il se faisait de la profession d'instituteur. Confronté aux difficultés quotidiennes de la classe, à la rigidité de la hiérarchie, au manque de respect des familles et des enfants, il a fini par détester la façon dont il devait exercer son métier et par redouter chaque journée qui commençait.

Il a alors pris conscience qu'il ne pouvait continuer dans cette voie.

Quels métiers pour les enseignants ?

L'une des difficultés pour un enseignant qui souhaite se reconvertir est très justement la spécificité de son métier. Un professeur des écoles doit tout connaître y compris les nouvelles technologies. Dans la réalité, il connait nombre de choses mais pas assez en profondeur pour les utiliser ailleurs que dans l'enseignement.

A moins d'avoir une autre passion dans la vie qui ne soit pas forcément liée à son métier, il lui est difficile de se reconvertir sans formation.

Par chance, Antoine avait deux passions: la cuisine et l'Italie. Il a décidé d'en vivre en ouvrant un restaurant.

Une reconversion bien préparée, gage de sa réussite

Bénéficiant d'une mise en disponibilité pour une durée d'un an, Antoine s'est mis à l'écart de l'Education Nationale . Il a changé de région pour acquérir l'expérience professionnelle nécessaire à la construction de son projet en travaillant sur le terrain. Plongeur, serveur, livreur, vendeur à domicile, professeur particulier, il a cumulé plusieurs emplois pour réussir à rassembler un salaire inférieur à celui qui était le sien lorsqu'il était enseignant.

Il est parvenu, à force de volonté et d'acharnement à décrocher un emploi à temps plein dans un restaurant semi gastronomique dans une région touristique. Il a impressionné ses employeurs qui lui ont fait confiance malgré son absence de diplômes dans le domaine de la restauration et son manque d'expérience.

Après un an de travail acharné, il s'est senti prêt à se lancer dans sa propre aventure.

Démissionner de l'Education Nationale, une grave décision

Avant de franchir le dernier pas, c'est à dire démissionner définitivement de l'enseignement, il a cherché un local susceptible d'accueillir son projet. Puis, aidé de professionnels de la finance et du commerce, il a réalisé une étude de rentabilité. Et le parcours du combattant du jeune entrepreneur sans qualification et avec peu d'économies a commencé. Les banques se sont montrées pour la plupart intéressées par ce projet et impressionnées par la détermination de ce jeune homme courageux, mais pas pour autant prêtes à lui accorder un prêt.

Loin de se décourager, il a continué ses recherches jusqu'à ce qu'il trouve un établissement financier qui accepte de le suivre dans l'aventure.

Ne restait plus que le dernier pas à franchir, le plus décisif et si riche en symboles: démissionner de l'Education Nationale.

Il a pu bénéficier d'une aide de l'état ( IDV ) contre l'engagement de ne plus jamais solliciter un poste au sein de l'administration.

Créer sa propre entreprise, une expérience riche et palpitante

Aujourd'hui, le deuxième rêve d'Antoine est devenu réalité. Il a ouvert son restaurant voici quelques semaines et déjà le succès est au rendez-vous. Il se lève chaque matin avec le sourire pour aller effectuer les achats de produits frais, puis retourne dans sa cuisine afin de mijoter des spécialités italiennes.

Si vous lui demandez s'il regrette son ancienne vie, ses vacances, son salaire, il vous suffit de voir la lueur de bonheur au fond de ses yeux pour comprendre que pour lui, c'est du passé. L'avenir est autour de lui, dans les odeurs d'huile d'olive et de tomate, dans le sourire satisfait de sa clientèle. Une reconversion réussie.

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