La primaire : désignation d'un candidat à la présidentielle

Objectifs et fondements des élections primaires des partis politiques. Quelle légitimité pour le candidat élu?
04 Juil

Le mandat de la fonction présidentielle a été réduit à 5 ans suite au référendum sur le quinquennat présidentiel du 24 Septembre 2000. Avec l’arrivée de la sélection du candidat par le biais d’une primaire, la bataille pour la présidence débute un an avant. Mais est-ce que ce processus accorde une légitimation au candidat élu? A-t-il une valeur juridique ?

L'élection du président de la République en France

Le principe édicté par la constitution de la Ve république décrète que le président de la République est élu lors d’un scrutin majoritaire à 2 tours; à moins qu’il n'obtienne la majorité absolue dès le premier tour, soit 50% + 1 voix des électeurs inscrits sur les listes électorales.

Ainsi, l’intégration du processus de désignation du candidat à l’élection présidentielle par le biais de primaire, soulève certaines réflexions, sans entrer dans des polémiques partisanes.

Les primaires inspirées du modèle américain

Le processus des primaires a une inspiration américaine. Aux Etats-Unis, le président américain est désigné par un collège de grands électeurs. Les primaires ont pour objectif d'éviter que les voix se dispersent après l’élection de ce collège.

En France, celui-ci est apparu en 1995, il était alors réservé aux militants et Lionel Jospin remporta les primaires face à Henri Emmanuelli. En 2002, aux yeux du PS, les primaires sont devenues une nécessite devant l’échec de Lionel Jospin à l’élection présidentielle de 2002 qui a vu le candidat du Front national accéder au second tour. Afin d’éviter que ce séisme politique ne se reproduise, certains partis ont adopté un processus de désignation pour choisir un candidat présent au second tour.

Choix d’un leader pour président?

Ce processus permet de choisir le meilleur candidat pour l’élection présidentielle. Il est mis en place dans des formations politiques qui ont besoin de trouver un leader politique et charismatique permettant de porter un projet politique incarné par une personne. L’élection politique est certes un choix de programme politique avec une vision; mais lorsqu’on examine la Constitution de 1958 on peut noter que c’est aussi un choix d’une personne. De Gaulle, Pompidou, Mitterrand étaient de grands hommes accompagnant un projet politique, capables de rassembler un peuple derrière eux.

De nos jours, peu de personnes semblent capables de fédérer les citoyens dans notre société. Cette fonction pourrait avoir perdu, d’une certaine manière, ses lettres de noblesse. Le projet politique a pris le dessus sur la personnalisation de cette fonction, émanant de notre constitution. Désormais, la primaire permet à un candidat potentiel d’affirmer sa personne et sa capacité à rassembler derrière lui un projet.

Primaires : un processus démocratique?

La primaire est présentée comme un processus démocratique de désignation d’un candidat. Certes, cette période pré-électorale permet de constater les différences de visions sur certains points d’un programme commun ; ce qui permet de choisir selon ses convictions personnelles. Néanmoins, peut-on accorder une légitimité électorale à un candidat élu d'une part, par des militants du parti concerné et d'autre part, par le peuple moyennant une participation financière d'un euro environ (*)?

Peut-on s’appuyer sur la sincérité d’un résultat, lorsque celui-ci résulte d’un électorat large? Il est légitime que les militants et partisans des idées soulevées choisissent, mais le fait que quiconque puisse voter ne peut-il nuire à cette sincérité de désignation ?

Quelle légitimité constitutionnelle de ce processus de désignation?

Lorsque l’on entend certains candidats à une primaire, on pourrait penser que le passage par l’étape de la désignation est indispensable pour se présenter à l’élection présidentielle. Le feuilleton Dominique Strauss-Kahn en est le parfait exemple. En effet, la polémique concernant la date de clôture des candidatures à la primaire ressemblerait plus à de la démagogie partisane entre personnes. Une impression qui se renforcerait depuis que DSK a été libéré sur parole, en attendant un éventuel non lieu prononcé par la justice américaine.

Effectivement, la primaire n’a aucune valeur constitutionnelle. Aucune disposition de la Constitution de 1958 ne fait référence à cette procédure pour désigner un candidat à la présidentielle. Elle n’est pas indispensable à la candidature présidentielle et cette procédure n’est qu’une possibilité ouverte à un parti.

Sa seule légitimation est celle issue par le parti, en interne, pour la désignation du candidat. La primaire s'inscrit donc dans la recherche d’un leader.

Un candidat peut-il se présenter sans passer par les primaires de son parti ?

Il est possible de se présenter à l’élection présidentielle dès que sa candidature recueille les signatures d’au moins 500 élus d'au moins 30 départements.

En conséquence, le match Sarkosy–DSK peut avoir lieu et ce, même si DSK ne se présente pas aux primaires socialistes. Ce dernier peut se présenter à la présidentielle au même titre que le «perdant» des primaires Europe Ecologie les Verts.

Certes ce serait un candidat dissident, car il n’aurait pas l’agrément du parti, mais est-ce que celui-ci est nécessaire, lorsque le candidat choisi à l’issu des primaires est issu d’un vote au-delà de son propre parti?

Sources:

L'Express, Le coût de la primaire socialiste , 01/07/2011

Legifrance.gouv.fr Loi constitutionnelle n°2000-964 du 2 octobre 2000 constitutionnelle relative à la durée du mandat du Président de la République

Vie-Publique.fr Comment est élu le président de la République et pour combien de temps ? , 08/04/2010

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