Bruno Huisman ou Basil, le peintre calligraphe

Calligraphies chinoise, japonaise et arabe, écritures anciennes, logos et autres icônes, fascinent et inspirent cet artiste belge hors du commun. Rencontre.

L’univers étrange de Bruno Huisman - alias Basil - est composé de formes et de signes étranges qui rappellent les écritures chinoise, japonaise ou arabe, les hiéroglyphes égyptiens, et les logogrammes abstraits de Christian Dotremont et de Pierre Alechinsky . « Écrire est la façon la plus efficace que l’homme ait trouvé pour donner du sens aux choses », explique-t-il. « C’est avant tout un outil. Et la calligraphie, littéralement ‘l’art de bien écrire’, consiste donc à mettre un maximum de beauté dans un outil. Et c’est ce mélange, à la fois rare et détonnant, de beauté et d’efficacité, qui me fait rêver »

L’esthétique avant le sens

Bruno Huisman s’intéresse essentiellement à l’esthétique des écritures et signes . Il s’attache surtout aux impressions et sensations qu’ils peuvent produire. « Paradoxalement, c’est surtout quand on ne connaît pas l’écriture, que l’imagination s’envole. On est tout de suite emporté par les myriades de significations possibles, on se demande qui a bien pu être l’auteur, si tel détail qui nous paraît étrange est fondamental, ou simplement une petite bavure de l’encre, de l’auteur, ou du papier. On se retrouve sur les bancs de l’école, à suer sang et eau pour faire correctement nos lignes. On n’ose à peine imaginer le temps qu’il nous faudrait pour apprendre à nouveau d’autres signes, souvent porteurs de civilisations très différentes, ou même disparues depuis la nuit des temps. Et à partir de là, notre raison raisonnante lâche enfin prise, on se laisse emporter par la beauté intrinsèque de ces signes alignés, et la rêverie prend son envol ».

Signe de base, puis enluminure

Une grande partie de ses peintures sont construites à partir d’une série de traits simples qui forment une sorte de lettre ou un symbole. Il travaille avec une languette de carton trempé dans de la peinture acrylique de couleur généralement sombre, et se laisse guider par l’humeur du moment. Mais alors que la plupart de ces « signes de base » sont issus de son imagination, Bruno Huisman se plait aussi à repérer et à capter l’essence des toiles d’autres artistes, à en extraire et à en reproduire les traits fondamentaux. C’est le cas de « Mucha » (ci-dessous), qui s’inspire d’une peinture d’ Alphonse Mucha (« Danse »).

« Si je me trouve devant une peinture de paysages, bien que ce soit un genre très loin des lignes épurées, je ne peux pas m’empêcher malgré tout de m’abstraire de ma première vision, d’essayer de décrypter les lignes de forces, les points de fuite, les parties que l’artiste a essayé de mettre en valeur, le sens du mouvement, la répartition de la lumière… Et j’essaie d’extraire de tout cela ce que j’appelle un signe de base. Ce qu’on pourrait appeler les plans de la toile. Ce faisant, j’ai l’impression de percer un secret, d’avoir en main la clé du mystère ».

Une fois le signe de base achevé, le travail principal de l’artiste consiste à le décorer avec toutes sortes de couleurs, à l’ « enluminer » à la manière des moines copistes du Moyen-âge.

Fasciné par les idéogrammes chinois

L’artiste est attiré tout particulièrement par les idéogrammes chinois, qu’il décrit comme une source inépuisable de matière à rêver et à méditer. « C’est un magnifique exemple de ce qu’on pourrait appeler la simplicité dans la complexité, toujours les mêmes traits mais qui s’articulent à l’infini comme pourrait le faire un Lego. On part d’une simple brique et on empile dans tous les sens possibles pour exprimer les plus d’idées possibles. Car c’est bien d’idées qu’il s’agit. C’est sans doute cela aussi qui me fait rêver. La calligraphie chinoise passe directement du papier à l’esprit sans passer par la case « prononciation ». Pas étonnant qu’on s’en serve comme technique de méditation ! »

La simplicité et l’efficacité des logos

La richesse inouïe de la calligraphie arabe, véritable expression du Sacré, émerveille Bruno Huisman également, comme l’attestent bon nombre de ses peintures. Plus étonnante peut-être est l’attraction qu’éprouve l’artiste pour l’environnement visuel commercial de son époque: logos, enseignes, publicités, couvertures de livres et de journaux et affiches de toutes sortes imprègnent son univers pictural.

« Les logos sont des petits concentrés de sens et d’esthétique. C’est leur simplicité, leur pureté, qui me fascine. Quelques lignes, une couleur et tout est dit...Le logo cherche à toucher sans agresser. Non content d’être simple et efficace, c’est vers la beauté qu’il tend. Cette beauté qu’on cherche tous avec avidité, parfois même sans le savoir, aussi bien dans les traits de nos bien-aimés, que dans les lignes de notre matériel de cuisine. Et je ne fais pas exception à cette règle ».

La musique, son premier amour

Né à Bruxelles en 1958, Bruno Huisman s'est retrouvé paraplégique à l'âge de 22 ans. " Curieusement, ce choc énorme m'a ouvert les portes de la liberté " , explique l'artiste.

Il décide alors d'abandonner ses études de droit, se consacrant d’abord à l’apprentissage des techniques du dessin animé. Parallèlement il développe d'innombrables projets musicaux . Mais en 2002, ses problèmes de santé s'aggravant, et il est obligé d'abandonner progressivement la musique. C’est alors qu’il entreprend de perfectionner sa maîtrise des techniques graphiques. " La vie est ainsi faite que chaque porte qui se ferme ouvre bien souvent de magnifiques fenêtres ", dit-il en souriant.

Ce n'est qu'en octobre 2010 qu'il se sent prêt pour une première exposition de ses œuvres dans le cadre d’un parcours d'artistes qui se déroule régulièrement à Nivelles, où il habite. Son travail y rencontre un franc succès. Aujourd'hui Bruno Huisman consacre tout son temps à la peinture.

Plus d’informations : www.bruno-huisman.be

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