Sophie Scholl de Marc Rothemund

Un bouleversant portrait d'une jeune étudiante munichoise face à la machine totalitaire du parti national-socialiste.
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Sophie Scholl (Die Letzten Tag) est une œuvre filmique s'inscrivant dans la mouvance du renouveau du cinéma allemand, à l'instar des Good Bye Lenin, Head-on et La Vie des Autres .

Primé au Festival International de Berlin 2005 où il obtint un Ours d'argent ainsi que le Prix de la meilleure réalisation, meilleure comédienne et Prix œucuménique, le réalisateur Marc Rothemund relate les derniers jours de Sophie Scholl, jeune étudiante munichoise devenue une héroïne pendant la Seconde Guerre Mondiale.

L'histoire. Munich, 1943. Sophie (Julia Jentsch) et son frère, Hans (Fabian Hinrichs) appartiennent à La Rose blanche. Ce mouvement pacifiste résiste à la frénésie nazie en distribuant des tracts et en inscrivant sur les murs de la ville des slogans. Mais un jour d'avril, Sophie et Hans sont arrêtés par la Gestapo, après avoir été aperçus par le concierge de l'université, semant des tracts dans les couloirs de l'université. Ils sont immédiatement arrêtés et emprisonnés.

Le cinéaste a voulu retranscrire sur grand écran les six derniers jours de la vie de Sophie - depuis l'organisation de distributions des tracts à l'université de Munich, jusqu'à son arrestation, son interrogatoire - puis sa condamnation et son exécution.

Une femme de foi

Dès l'ouverture du film, on peut apercevoir Sophie Scholl s'adonnant à la chanson en compagnie d'une amie sous les rimes résonnant au son d'une liberté chimérique ("Freiheit", sorte de ritournelle tout au long du film). Sophie est une fille comme les autres filles de son âge. Au demeurant, Marc Rothemund précise: "il ne s'agit pas d'atteindre à une épure censée présenter Sophie Scholl comme une sainte, mais comme la jeune femme qu'elle était: aimant la vie, courageuse et fervente, totalement impliquée dans son combat au sein de La Rose Blanche contre la nazisme". Julia Jentsch (aperçue dans Edukators et La Chute ) est remarquable de sobriété et de justesse en campant une Sophie Scholl perçue d'abord par l'opposition comme une suiveuse (elle niera sa participation jusqu' à ce que son frère avoue), et révèlera par la suite être l'un des piliers de ce réseau.

Grâce à une mise en scène épurée, Rothemund nous fait découvrir une jeune femme de foi; ballottée entre force et fragilité. Comment réagir face à l'injustice? Jusqu'où est-on prêt à s'impliquer personnellement? Telles sont les questions que nous pose le cinéaste. "Il y a encore des guerres et des dictatures de nos jours partout dans le monde. Mais nous sommes aussi confrontés à la question du courage civil dans notre vie quotidienne. S'élever contre l'injustice. Refuser de fermer les yeux, cela doit rester un combat incessant." Ajoute le cinéaste.

Plus qu'un film historique

Avant d' être un film historique relatant les derniers jours de la vie d'une jeune étudiante devenue promptement une héroïne en Allemagne, ce film porte sur la foi et les convictions intrinsèques à l'être humain. Cette foi semble manifestement visible sur les habits de Sophie, parée d'un gilet rouge tout au long de sa condamnation: le rouge; couleur de la passion, de la force, du courage et de la révolte mais surtout du sang. Le sang s'identifiant à nos valeurs, nos origines mais aussi celui se répandant sur les terres nappées de cadavres (la couleur du drapeau du parti nazi et de la robe du juge Freisler est également rouge). La couleur du droit de tout être humain de vivre, de l'appartenance à une même identité; celle de la race humaine; que l'on soit chrétien, protestant, islamique, juif....

Outre le contexte historique, ce film dépeint très soigneusement le courage et l'implication totale dans son combat contre le nazisme. Au demeurant, de nombreux documents de procès-verbaux d'interrogatoires inaccessibles depuis des décennies n'ont été rendus publiques que dans les années 1990. (Notamment les photos de la vraie Sophie Scholl que l'on peut voir au générique de fin).

Jusqu'au bout, Sophie Scholl gardera en elle ses convictions, sa foi et son amour de la vie et c'est dans cet état émotionnel que l'on ressort plus que convaincu. Entre cette geôle dans laquelle Sophie nous chante la liberté et les partisans nazis s'emprisonnant dans leurs propres mensonges, l'on peut se demander qui est le plus libre des deux?

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